Ian Hawgood : Éloge de la patience

Débuté au détour d’un simple échange au sujet de Home Normal, en vue de préparer une expédition radiophonique qui lui fut consacrée sur les ondes d’Amplitudes, cet entretien s’est construit naturellement à l’image de ce que Ian Hawgood veut transmettre à travers la musique qu’il propose sur son label depuis 2009. Un mélange fluctuant de patience, de spontanéité et d’honnêteté. Une instabilité fondamentale qui donne vie aux plus beaux accidents. Une histoire mouvementée pour le meilleur et pour le pire, et désormais un recul sur celle-ci qui pourrait mener à l’intemporalité. Retour sur le parcours de cet homme, dont la discrétion n’égale peut-être que l’empreinte durable que sa vision de la musique aura laissé, et laisse encore dans le monde de l’ambient.


Quelle est l’histoire derrière Home Normal ?

Comme avec tout dans la vie, il y a plusieurs moments où Home Normal a commencé plutôt qu’à partir d’un seul évènement. Je ne suis jamais vraiment rentré dans les détails de ces moments alors autant se lancer ici.

J’ai joué au Bellingham Electronic Arts Festival après avoir été invité par un très bon ami (Corey Fuller), et j’y ai rencontré Sébastien Roux, Greg Davis, Chihei Hatakeyama et quelques autres remarquables artistes. C’était une période étrange dans le sens où c’était un festival qui représentait pour les organisateurs un défi à monter dans une zone aussi locale, et pourtant les gens qui ont assisté aux divers concerts étaient si attentifs et absorbés dans la musique que j’ai juste trouvé ça très inspirant.

À la fin du festival, j’étais dans les bois face à la maison où j’étais hébergé. Il neigeait très lourdement tout le week-end, et un ami et moi sommes juste restés dans la neige à regarder les flocons tomber sous les feux de croisement de la voiture. Je me rappelle distinctement ce moment, et lui dire que je voulais diriger un label qui présentait une musique aussi calme, subtile et magnifique. Je ne savais pas comment le faire ni ce que ça signifiait réellement au-delà de vouloir aider à partager cette musique avec les autres.

Quelques mois plus tard j’ai à nouveau déménagé au Japon, pour refaire de la musique avec des amis (comme je l’ai fait juste après l’université). Durant la première année, je me suis retrouvé à passer de plus en plus de temps seul, incapable de dormir la nuit, et je les passais à marcher, faire du skateboard et du vélo dans Tokyo en écoutant pas mal d’ambient. J’ai aussi commencé à vraiment m’intéresser à la scène bourgeonnante des net-labels, et étais en relation avec un vieil ami qui tenait un magasin de musique que je fréquentais à Londres des années auparavant (Mike à Smallfish Records). Faisant partie de cette scène, j’étais en contact avec d’autres artistes bien établis sur les mêmes labels comme Konntinent, offthesky, Celer, et Nicolas Bernier pour en nommer certains. Will et Dani de Celer m’ont envoyé quelques uns de leurs CD-r’s faits maison ainsi que de petites éditions que des net-labels pressaient pour promouvoir leurs travaux ; j’ai passé la majorité de cette année à aller chez Tokyu-Hands (ils ont une super section sur plusieurs étages pour les travaux manuels près de mon ancien lieu de travail), et à jouer avec des matériaux pour des lots physiques après avoir été inspiré par ces superbes cadeaux.

Un ami et moi avons imaginé le concept pour Nomadic Kids Republic très tôt, mais lors d’une visite que je rendais à ma famille au Royaume-Uni, j’ai eu le désir de créer un label avec une perspective différente. Je me sentais seul et sans l’impression de ce que « chez soi » était vraiment après un temps, et je pensais à l’album Home Is in Your Head par His Name Is Alive. Je me demandais juste où j’en étais dans la vie et ce que « normal » signifiait car j’avais du mal avec ces idées, et le nom Home Normal semblait définir exactement ce que je ressentais et ce que je voulais produire : à savoir une musique qui retenait cette idée de « chez soi » peu importe où l’on se situait.

Tandis que je réfléchissais à ces idées, je suis revenu à des amitiés que j’avais construites, et repensais à cette première conversation avec mon ami Sam dans la neige à Bellingham. L’idée de quelque chose de simple et minimal en procédé mais pas forcément en conception a vraiment touché une corde sensible, tout comme l’idée de nature et un sentiment de travail organique. Ça peut paraître bizarre, mais après une nouvelle balade dans des bois près de ma maison familiale à Londres, toutes ces pensées se sont immédiatement assemblées. Je suis rapidement revenu vers la maison de mes parents que je visitais à Noël en 2008 et a tout de suite écrit à Christian Roth et Jeremy Bible pour partager ces idées. En 24 heures, Christian a monté une ébauche de site web et Jeremy avait un ensemble de lots qui était juste parfait.

Les éditions initiales avaient pour but de refléter les lignes dans un arbre, et l’oiseau de Home Normal de représenter la vie, le mouvement, un sentiment de quiétude et de chez-soi, mais aussi quelque chose de libre et de sauvage. Le magnifique site que l’on avait à ce moment-là était fait de blocs colorés qui s’entremêlaient pour former un motif à chaque nouvelle sortie pour créer une approche « globale ».

Les choses évoluant, ces éditions devenaient moins uniques et les artistes avec lesquels nous travaillions (en majorité issus de la scène des festivals et des netlabels) commençaient à apparaître sur d’autres labels qui émergeaient et montaient leurs affaires de manière très similaire à ce que nous avions en style et en musique. Home Normal a en quelque sorte grandi bien plus rapidement que ce que nous pouvions gérer, et on s’est retrouvé à travailler avec des distributeurs et des gens qui ne faisaient honnêtement juste pas l’affaire sur le long terme. Ce qui devait être un petit label présentant les travaux d’amis a pris le dessus sur nos vies, et mon partenaire Ben Jones a claqué la porte à cause du stress et du fardeau financier après la première année.

La triste vérité est que j’ai passé de nombreuses années complètement épuisé et sans sommeil à cause de la charge de travail d’un emploi quotidien, d’un long trajet vers mon travail à Tokyo (cinq heures au total chaque jour) et du fait d’essayer de diriger des labels pour satisfaire jusque là quelques distributeurs et artistes. La pression était énorme durant plusieurs années et ça a eu un impact négatif sur ma propre vie, comme je pense que ça peut le faire pour beaucoup de propriétaires de labels s’ils ne s’arrêtent pas, ne font pas le point, et ne disent simplement pas « non ».

En 2015, j’ai fini par souffrir d’une dépression en conséquence de la pression permanente sous laquelle j’étais placé. Je n’avais pas pris de repos depuis le décès de mon père et le tremblement de terre de Tōhoku avait détruit mon studio. Durant toute cette période où j’ai essayé de prendre des congés, deux ou trois artistes étaient essentiellement en train de me maltraiter vu que j’avais laissé le travail à des amis pour un moment afin d’essayer de faire une pause, et ouais, j’ai pratiquement tout perdu mentalement et spirituellement à ce moment. Nous n’avions pas été payés par beaucoup de distributeurs depuis des années et là je travaillais 24/7 pour aider à financer le label, et l’impact était énorme sur la durée vu que c’est allé crescendo.

J’ai fini par me couper de tout pendant un certain temps, et étais une sorte de carapace durant quasiment un an. J’étais incapable ne serait-ce que d’écouter de la musique, et encore à ce jour, cette période me donne des frissons dans le dos et j’essaye juste de la laisser partir. Je pense que de nombreux propriétaires de labels comprendraient, mais la pression constante sous laquelle certaines personnes vous mettent personnellement est parfois vraiment trop grande.

J’étais sur le point de fermer le label. Mes amis ne pouvaient pas m’aider vu que j’étais encore submergé d’emails et que je ne pouvais pas m’en occuper, et ils ne savaient pas quelle direction emprunter avec le label donc c’était toujours sur mes épaules. Durant cette période, je me suis pourtant fait parmi mes meilleurs amis en raison de leur patience et de leur générosité. Oui, je me suis senti redevable envers eux pour être sûr que leur travail ne soit pas juste démoli comme ça arrive souvent avec les labels, mais j’avais aussi besoin de prendre du temps pour voir si j’étais d’accord avec ça.

Le Berger est la seule raison pour laquelle Home Normal existe encore, et il était ma lumière à une période très sombre. Je connais Samuel depuis un moment et suis juste un grand fan de sa musique, mais aussi de son esprit sauvage et tout simplement du fait que c’est un type bien. Il m’a envoyé Music for Guitar & Patience et ça a signifié bien plus pour moi qu’il ne l’a réalisé lui-même. Il a basé son album sur Music for Piano & Patience par Ithaca Trio, que nous avions sorti sur Home Normal en 2013. Cet album a été ma sortie préférée jusque là, et Oliver a attendu des années pour la publication, et jamais il n’a poussé pour ça, ou entraîné un problème à cause de la longue attente. Samuel m’a rappelé le plaisir qu’a été cette sortie initiale, et aussi à quel point certaines des sorties qu’on a faites ont été inspirantes pour d’autres.

Tout à propos de Music for Guitar & Patience était magnifique. Samuel m’a laissé revenir à mes racines et créer le design à partir de zéro, masteriser l’album en deux ou trois mois sur un Studer à bobines que je possédais, et c’était globalement un processus créatif très ouvert. Après des années où je me sentais utilisé pour financer les projets personnels de quelques personnes avec très peu de respect, j’éprouvais là beaucoup de reconnaissance et il y avait de la confiance des deux côtés.

J’en ai aussi profité pour fermer nos chaînes de distribution vu que ça a été une tâche ingrate durant toutes ces années. On a monté une sortie sur Bandcamp, travaillant seulement avec deux distributeurs au Japon qui étaient des amis et nous payaient (p*dis et Linus), sans aucune attente. Et ça a juste explosé. On a reçu tellement de mails après tout ce temps à l’écart, et les gens se sont vraiment attachés à la musique et le lot physique dans lesquels nous avons mis tant d’âme. Et ça a réellement relancé le label.

Ça a pris du temps de se sentir à l’aise avec le label depuis, et j’ai permis à des amis de s’investir et aider où je le pouvais, prenant des congés après avoir quitté le Japon pour laisser nos amis et distributeurs japonais faire marcher les choses un petit moment. Après être finalement revenu au Royaume-Uni mi-2019, j’ai pris un long moment pour considérer si je pouvais seulement diriger le label d’ici, ou si je devais juste laisser les amis au Japon sortir très lentement un album de temps à autre au Japon seulement.

Home Normal a encore une fois changé cependant, et nous sommes maintenant résolument de retour à nos racines. J’ai finalement décidé (durant le confinement à vrai dire) que Home Normal devrait continuer et être basé ici au Royaume-Uni pendant que j’en suis le curateur. J’ai juste trouvé beaucoup de plaisir à travailler avec des amis comme James Murray, Stijn Hüwels, Stefano Guzzetti, Anthéne et plein d’autres, d’une manière si gratifiante et respectueuse. Le label se concentre plus ou moins sur de la musique ambient de source analogique qui se détériore, et est exclusivement masterisée sur bandes dans mon studio au bord de la mer. Ça a pris 11 ans d’en arriver là, pour revenir « chez soi » je dirais, mais ça semble juste.

Tu donnes l’impression d’avoir trouvé une réponse à la meilleure définition de ce qu’est « chez soi » aujourd’hui ; comment décrirais-tu ce qu’est (être) « normal » alors ?

Pour moi, « chez soi » signifie notamment être à l’aise dans sa peau, peu importe où tu es, peu importe avec qui tu es je dirais. Pour beaucoup de gens, ça vient d’un lieu spécifique qui procure un sentiment de familiarité qu’ils associent au sens classique du « chez soi ». Cependant, je pense que pour n’importe qui ayant beaucoup voyagé ou vécu à l’étranger, ta connexion avec cela change et tu dois apprendre à voir quelque chose en ton propre sein.

« Normal » est très similaire. Ce n’est pas être conforme à ce qui est dicté autour de toi, mais plutôt ce qu’est ta propre norme. Il n’y a pas d’anormalité de soi-même, seule la société tente d’imposer ça aux individus. Le « normal » en question ici est de comprendre que ce qui pourrait ne pas être normal pour certains (des gens voyant quelqu’un vivant dans différents pays, loin de leur définition du chez-soi, comme anormal), l’est parfaitement pour d’autres.

Je pense qu’on pourrait aller bien plus loin que ça comme je crois que notre développement retardé et le poids du consumérisme ont impacté notre idée de ce que « chez soi » et « normal » sont intrinsèquement. Nous sommes nés pour êtres nomades ; pour apprendre, pour découvrir et travailler ensemble. Ceci est vu comme l’opposé d’être chez soi quand la vérité est très différente.

En lien avec ces discussions de ce qui est « chez soi » et « normal », comment t’es-tu adapté au Japon en tant qu’étranger ? Il semble y avoir beaucoup de fantasmes concernant ça ; à savoir qu’il est difficile de plusieurs manières de s’intégrer quand tu es de l’extérieur etc., mais je ne sais pas si c’est vrai.

Le Japon est un super pays pour se planquer, malgré le fait que dans certains endroits tu es toujours vu comme un étranger. Et tu es toujours un étranger, c’est important à considérer je pense. Étant quelqu’un qui se sentait de toutes façons comme ça en grandissant au Royaume-Uni, ça me convenait et j’ai été capable de profiter d’une culture largement différente au passage. Beaucoup de personnes n’arrivent pas à bien gérer le sentiment d’isolation que tu ressens initialement, mais je n’ai jamais eu de souci avec ça.

Ma femme et moi sommes tous les deux du Royaume-Uni, donc certains aspects d’être les seuls étrangers vivant dans une communauté sont poussés à l’extrême. Nous n’avons jamais eu d’expérience très négative une fois qu’on a appris à connaître les gens, mais nous en avons eu quelques unes d’incroyablement positives. On a habité deux ou trois ans aux côtés de fermiers au milieu de rizières, et on a construit des amitiés avec différentes générations de gens là-bas. Et je pense que ça allait avec qui nous sommes, malgré tous nos amis habitant à Tokyo qui étaient troublés avec notre décision de vivre là. Après un certain temps, la communauté locale venait nous voir comme de vrais voisins vu que nous faisions les mêmes balades, que l’on admirait les crépuscules du Fuji, la quiétude des grenouilles et des chauve-souris l’été, tous ensemble. Et ils ont simplement commencé à nous voir comme des personnes plutôt que de simples « étrangers ».

Nous n’avons plus eu des voisins comme eux ou comme ceux que l’on a connu dans une partie très calme du nord de Tokyo depuis. À chacune de ces occasions il y a eu des groupes de gens nous pleurant dans le camion de déménagement, cuisinant des choses, nous offrant des cadeaux, et étant juste très impactés par le changement. On conserve cela dans nos cœurs depuis notre départ et ces incroyables personnes nous manquent toujours, tout comme l’endroit qu’on a appelé notre chez-soi durant un moment.

Quel est le souvenir le plus précieux que tu gardes de l’aventure Home Normal jusqu’à maintenant ?

Il y a tellement de souvenirs, mais ils gravitent tous vraiment autour de la création d’amitiés. Et ils suivent tous un motif familier dans lequel ces personnes, qui sont devenues des amis sincères, ont pris l’opportunité non pas de me mettre sous pression de quelque manière que ce soit, mais de soutenir et créer ensemble avec confiance et amour. J’en citerai quelques uns (parmi beaucoup) qui me viennent à l’esprit :

Les deux jours du festival Home Normalism furent réellement une expérience incroyable, mais il a eu lieu à une période où ma mère revenait à la maison après le décès de mon père, et j’étais épuisé par la fin du trimestre à mon travail. Je m’occupais seul de tous ces artistes qui arrivaient par avion, essayant de faire garder le piano familial vu que je ne pouvais pas le faire expédier au Japon, et c’était très onéreux d’héberger ça. Ma femme a du annuler son vol pour nos congés comme les dépenses nous ont juste ruinés. Ça peut sonner comme une mauvaise expérience, mais la beauté était ici de rencontrer toutes ces merveilleuses personnes.

Je me suis retrouvé à passer beaucoup de temps avec Stefano Guzzetti et sa (désormais) femme Tania. C’était un de ces moments où les choses étaient juste si parfaites, et Stefano pouvait voir sous la surface que j’étais très préoccupé. Ce fut le début d’une superbe amitié que l’on chérit encore aujourd’hui, et ça a eu personnellement un gros impact sur moi vu qu’on se voit amicalement presque tous les ans.

Le développement et la création de Music for Piano & Patience par Ithaca Trio et Music for Guitar & Patience par Le Berger furent tous les deux de belles expériences. Travailler avec des artistes très patients sur de la musique aussi magnifique, et pouvoir soigneusement masteriser ces albums sur de l’ancienne technologie était un acte de pure collaboration. Ce sont les deux albums qui rejoignent vraiment ce que Home Normal représente.

Plus récemment, James Murray, Heine Christensen (ghost and tape), Stijn Hüwels, Pieter Dudal (Dauw) et moi-même nous sommes rencontrés et avons joué à Prague pour le Festival Spectaculare. On a passé un super moment et nous avons créé un petit groupe qui se soutient mutuellement. Stijn et James font maintenant presque partie intégrale de la famille Home Normal, m’aidant à développer musicalement les choses à partir de 2020. On a tellement créé ensemble, et ça n’aurait pas pu arriver sans le label et l’invitation à jouer par le remarquable Josef Sedloň.

Et le pire souvenir ?

Je ne rentrerai pas dans les détails à ce propos comme ça a été majoritairement positif. Mais oui, des points négatifs ont impacté ma vie personnelle de manières que je n’aurai jamais imaginées. J’ai fait une dépression suite à ma prise de distance du label et le harcèlement que j’ai subi à cause de ça. Mon père est décédé très soudainement et un artiste m’a malmené via email, alors que j’essayais de mettre les choses en suspens pendant que je m’occupais de ma famille durant cette période. Le tremblement de terre a eu lieu plus tôt cette année et a détruit mon nouveau studio (j’ai littéralement déménagé la veille), donc faire face à ça puis le décès de mon père pendant que des gens (et notamment des distributeurs) me mettaient la pression ont eu de lourdes conséquences plus tard, alors que j’essayais de jongler avec ces émotions pendant un moment après. Ces choses sont juste des personnes qui oublient que nous sommes tous humains, et elles ont vraiment besoin de voir plus loin qu’elles-mêmes avant de devenir si violentes. Certains oublient que derrière la musique, les labels, les blogs ou quoi que ce soit, il y a des gens excessivement optimistes et pleins d’espoir qui luttent pour survivre comme n’importe qui d’autre.

J’ai tellement appris de ça, et je comprends pourquoi tellement de labels se referment et ne travaillent plus qu’avec des amis désormais. Chaque propriétaire de label que je connais est passé à travers ça, et c’est franchement honteux. Mais tu apprends avec qui tu veux travailler, et tu développes un sens du soi, que dire « non » est tellement important. Tout ça est à propos de respect envers soi-même, de le garder petit, gérable et personnel.

Je sens qu’à travers la musique, Home Normal met un point d’honneur à nous apprendre à prendre le temps, à apprécier ce qui nous entoure, ou simplement à nous poser de temps à autre. Pour résister à une ère d’immédiateté, pour mettre au défi les gens qui courent presque toute la journée ?

Exactement. C’est ce à quoi j’ai toujours destiné la musique : être hors du temps et précieuse. J’ai surtout travaillé avec des gens qui ne seraient pas seulement fiers de leur travail dans l’immédiat, mais conserveraient toujours un niveau de patience avec tout ce qu’ils feraient. C’est probablement plus le cas maintenant que jamais auparavant, mais c’est très important à une époque où les gens ne s’arrêtent jamais de courir physiquement et mentalement.

Comment penses-tu que cette dernière affirmation pourrait tenir dans une période favorisant apparemment les comportements individualistes et les vies agitées ?

Je suppose que tu parles de la nature plus tournée vers soi et pressée de la vie moderne ? On dirait qu’il y a un vrai besoin de quiétude et de patience qui évolue à côté de ça maintenant, vu que les gens réagissent de manière plus positive à de telles choses. C’est toujours la façon dont les opposés réagissent et marchent l’un à côté de l’autre dans la vie. Les réseaux sociaux nous empêchent de penser et d’absorber les rythmes de la vie comme ils sont réellement, mais il y a par réaction des mouvements en place car les gens savent qu’il y a plus que ces obscures formes de « communication » que nous utilisons avec les réseaux sociaux.

J’ai l’espoir que cette période de confinement dans la majorité du monde nous apprenne à chacun à ralentir un peu et à apprécier ce qu’est réellement la vie.

De ce que tu as dit, les collaborateurs et artistes de Home Normal sont une grande famille. Comment dépeindrais-tu un membre typique de cette famille, quelles qualités doit-il/elle présenter et quels traits sont par contre rédhibitoires pour en faire partie ?

Ça a changé après quelques unes des expériences plus négatives pour être honnête. C’est une famille bien plus petite maintenant que je ne peux plus en faire de trop et veux une approche plus centrée sur la musique de nos sorties. Mais oui, une famille malgré tout et j’ai toujours voulu que ce soit comme ça.

Comme dit plus tôt, la patience est essentielle mais surtout, il doit y avoir une réelle amitié avec une confiance et un respect mutuels à un niveau professionnel et personnel. Il y a simplement trop d’artistes qui se concentrent (à juste titre) uniquement sur leur travail, et refusent de considérer la vision d’ensemble pour le label. De la même manière, de nombreux labels semblent ne pas vraiment tenir compte des artistes à un niveau musical avec leurs concepts, et je ne comprends juste pas pourquoi des gens travailleraient ensemble s’ils n’ont pas ce respect et cette ouverture réciproques. Avec ça à l’esprit, on a formé un groupe de personnes avec qui l’on travaille maintenant, et ça ne changera pas dans un futur proche car je ne suis plus capable d’absorber la musique de gens que je ne connais pas vraiment.

Qu’est-ce qui lie ces artistes ? Encore une fois, et désolé de répéter ça encore et encore, mais la patience et la conscience de soi. Chacun des artistes que l’on publie à partir de maintenant a une bonne idée de ce qu’ils sont musicalement et personnellement, et de qui je suis et ce qu’est le label. Il n’y a de supervision d’aucun des deux côtés, seulement de la pure collaboration, de l’ouverture et une grande décence l’un envers l’autre. Nous travaillons avec quelques personnes fantastiques qui voient plus loin qu’elles-mêmes désormais, et c’est vraiment ce qu’on devrait tous faire en art, comme dans la vie.

Tu as fait remarquer que l’écurie Home Normal restera bien définie pour quelques temps. Ça ne t’inquiète pas que les productions du label puissent devenir trop circulaires et s’essoufflent un peu ?

Honnêtement, en tant que label, on a publié tellement de musiques différentes pendant des années. Ça reflétait mon amour pour tout type de genre et comment de la musique organique pouvait se trouver dans n’importe quel domaine je suppose. Cependant, la vérité est que je peux revenir à certaines sorties qui résonnent encore profondément en moi ce jour, et elles sont toutes un produit de patience, de construction soigneuse sans complication et de nature intrinsèquement holistique. On ne va pas sortir quelque chose juste pour être un peu différent d’une sortie à l’autre vu qu’on l’a déjà fait, et en définitive je n’éprouve rien de très fort pour celles-ci. Ce qu’on publiera maintenant est de la musique qui est exclusivement individuelle mais également focalisée sur de l’ambient et du minimalisme plus en déclin. S’inquiéter de quoi que ce soit au-delà de ce que ça dit à mon esprit ne m’intéresse vraiment pas personnellement.

Quel est ton moment idéal pour écouter de la musique ?

Je pense que mon moment favori est la nuit, quand ma femme est partie se coucher. J’éteins les lumières de notre salon et écouterai toujours des enregistrements ou des cassettes spécifiquement là. Je n’écoute pas de musique en dehors de la voiture ou de la maison – je ne l’ai jamais apprécié en marchant ou en courant vu que je préfère juste absorber l’environnement, peu importe où.

Tu utilises des enregistreurs à bobines, entre autres, pour travailler et masteriser de la musique. Quelle est ta relation avec la bande magnétique, qu’a-t-elle que les autres méthodes de travail/composition n’ont pas ?

La chaleur, la distorsion harmonique, et c’est très agréable de jouer avec la nuit si tu ne peux pas dormir, comparé aux écrans d’ordinateur. Il y a tellement de matériel qui essaye d’émuler ces superbes machines, mais rien ne se rapproche d’enrouler des bobines et de juste les regarder ronronner. Chaque machine a sa propre glorieuse compression naturelle et c’est un véritable cadeau pour les musiciens je pense.

J’ai grandi avec l’enregistrement sur cassette quatre-pistes, et ai commencé à jouer avec un Studer A80 à l’université. Alors que tout le monde semblait plus intéressé par le royaume digital à ce moment, j’allais tôt au studio et étais autorisé à calibrer les machines, et même à les ouvrir et réparer leurs microphones défectueux. J’ai fini par me faire offrir des machines comme moyen de paiement pour le travail au studio, et avais au milieu de ma vingtaine une large collection d’équipement dans laquelle je me suis retrouvé à plonger pour les modifier et les réparer. Je n’ai pas vraiment regardé en arrière.

Comment décrirais-tu ta contribution au travail d’un autre à travers le mastering ? Qu’est-ce que tu cherches à mettre en avant ou essayes de modérer dans leur son ?

La technologie est une chose incroyable mais c’est aussi très prenant en terme de design sonore. Trop de joujoux et tout. J’ai été assez chanceux pour étudier les techniques du son et juste à travers mes expériences et ma connaissance, suis capable de simplifier le processus d’utilisation de technologies analogiques et digitales pour améliorer ou ajuster les sons en conséquence.

Beaucoup d’artistes entendront soudain des choses qu’ils ne soupçonnaient pas dans le processus, et comprendre leur vision est essentielle. Je ne saisis pas l’attirance pour les solutions de mastering automatisées et les ingénieurs qui amplifient juste tout.

À l’université, la partie « mastering » de la formation concernait un TC Electronic Finalizer – un simple limiteur et boost de compression, essentiellement pour la « diffusion radio ». On nous a littéralement dit que c’était ça le mastering et que c’était facile. J’ai été en studio avec des ingénieurs du son plus anciens qui ont fait ça encore et encore, et ça m’a poussé à vouloir masteriser proprement la musique pour moi-même.

J’ai commencé à être réellement impliqué dans la réparation de vieux enregistreurs à bobines et de microphones à cette période où de nombreux studios passaient au digital et n’avaient plus besoin de cet équipement plus vieux. Ils me donnaient juste ces machins pour jouer avec donc mon appartement était rempli de tout ce vieux matériel. J’ai commencé à réaliser comment cela pourrait être incorporé dans mon mastering ici et là, vu que la compression naturelle de certaines machines (en particulier les Studers qui sont toujours mes machines préférées) et la tonalité qu’elles transmettaient était vraiment magnifique pour des installations de design sonore que j’effectuais et de la musique ambient. J’espère apporter du soin, de l’attention au détail, une chaleur organique, et en définitive une seconde paire d’oreilles amicale au travail d’un artiste avec toutes ces expériences.

À part le label, comment vois-tu ton futur idéal ?

Sur une plage, loin des gens à l’exception de ma famille. Je serais très heureux de juste flotter, cuisiner, faire de la musique pour moi-même et pas grand-chose de plus je pense. Musicalement cependant, j’aimerais travailler sur des bandes originales, en particulier pour une quelconque animation obscure car c’est une ambition de longue date.

Et ton futur réaliste ?

Eh bien je ne suis pas sûr que mon futur idéal et réaliste soient vraiment différents, mais de manière plus immédiate je me sens chez moi sur la côte sud de l’Angleterre et en suis très heureux. Je veux juste poursuivre le mastering de musique qui a de la substance, jouer avec mes instruments bizarres, et tripoter de vieilles bobines. Que la musique que je fais soit destinée à une consommation personnelle ou publique n’est plus important pour moi.

On devrait conclure avant d’ouvrir de nouveaux fils de conversations infinies ; j’aime l’idée que la topographie puisse influencer les production sonores de quelqu’un. Après tellement de temps au Japon, quelle est l’identité du label maintenant que tu l’as relancé dans un nouveau pays ?

J’ai passé 10 ans au Japon et la quiétude de ma vie en Saitama rural et en Tokyo urbain ont eu une grande influence sur le label et ma propre musique. Mais ça m’a aussi donné une raison et un but silencieux de me trouver là-bas durant toutes ces années.

Les deux et quelques années à Varsovie ont surtout consisté à masteriser et consommer de nouveaux sons et musique. Je sentais que Home Normal n’était pas la bonne voie à ce moment pour moi, vu que quelque chose en rapport avec la quiétude que je ressentais au Japon et le sentiment d’altérité étaient perdus.

Home Normal semblait pouvoir reprendre à nouveau au Royaume-Uni tandis que je trouvais mon esprit au calme auprès de la mer, et j’étais capable de revoir clairement un chemin pour le label après une longue période d’épuisement et de perte. Ça se résume à la simplicité de profiter du quotidien. Tu ne peux pas voir ça quand tu es pressé et poussé de part et d’autre. Cette impression et le chez-soi se rapportent au fait d’être tranquille.

Maintenant, le futur est un de créativité et de respect mutuel. Ça devrait toujours être comme ça bien sûr, mais en revenir à ce que Home Normal fut au départ et apprécier ce lien entre amitié et conception ensemble, c’est l’essence à laquelle se raccrocher.

Dotflac



English version | Ian Hawgood : Eulogy of patience

Started in the course of a simple exchange about Home Normal, in order to prepare a radiophonic expedition that was dedicated to it on the waves of Amplitudes, this interview formed naturally like what Ian Hawgood wants to pass down through the music he offers on his label since 2009. A fluctuating mix of patience, spontaneity and honesty. A fundamental instability giving life to the most beautiful accidents. A turbulent story for the best and the worst, and now a new perspective on it that could lead to timelessness. Let’s have a look back at the path of this man, whose discretion might only equal the lasting mark that his vision of music has left, and still leaves in the ambient world.


What’s the story behind Home Normal?

As with anything in life, there are various points where Home Normal started rather than any single thing. I’ve never really gone into detail as to what those points were so I may as well give it a go here.

I performed at the Bellingham Electronic Arts Festival after being invited by a dear friend (Corey Fuller), and met Sébastien Roux, Greg Davis, Chihei Hatakeyama and some really great artists there. It was a strange time in that it was a challenging festival for the organisers to put on in such a local area, and yet the people that did attend the various concerts were so attentive and absorbed in the music that I just felt it was really inspiring.

At the end of the festival, I was in the woods outside the house I was staying in. It was snowing very heavily the whole weekend, and a friend and I just stood in the snow and watched the flakes fall under the drive lights. I distinctly remember that moment and telling him I wanted to run a label that presented such quiet, subtle and beautiful music. I didn’t know how to do it nor what it even really meant beyond wanting to help share this music with others.

A few months after the show I moved back to Japan, again to make music with friends (as I had just after university). During the first year I had found myself increasingly spending time alone, unable to sleep at night, and would spend them walking, skateboarding and cycling around Tokyo listening to all sorts of ambient music. I also started to get really into the burgeoning net-label scene and was in contact with an old friend who ran a record shop I frequented in London years ago (Mike at Smallfish Records). As part of that scene I was in touch with other well-established artists on the same labels such as Konntinent, offthesky, Celer, and Nicolas Bernier to name a few. Will and Dani of Celer sent me some of their handmade CD-r’s and alongside the small editions net-labels would print to promote their work; I spent much of that year going to Tokyu-Hands (they have a great multi-floor craft section by my old workplace), and playing with materials for packages after being inspired by these lovely gifts.

A friend and I came up with the idea for Nomadic Kids Republic quite early on, but while I was back in the UK visiting family, I had more of a desire to create a label with a different perspective. I’d felt alone and without a sense of what « home » really was after a while, and I thought about the album Home Is in Your Head by His Name Is Alive. I just wondered where I was in life and what « normal » meant as I had been struggling with these ideas, and the name Home Normal seemed to define exactly how I felt and what I wanted to produce: namely music that had a sense of « home » no matter where one was.

As I thought about these ideas, I came back to the friendships I’d made, and thought about that first conversation with my friend Sam in the snow in Bellingham. The idea of something simple and minimal in process but not necessarily design really struck a chord, as did the idea of nature and a feeling of organic work. It might sound weird but after a walk again in some woods near my family home in London, it all just came together immediately. I ran back to my parents’ place where I was visiting over Christmas in 2008 and instantly wrote to Christian Roth and Jeremy Bible with the ideas. Within 24 hours, Christian had come up with a website design and Jeremy had a package set that was just perfect.

The initial packages were meant to reflect the lines inside a tree, and the Home Normal bird to represent life, motion, a sense of quietude and home, and yet something that is free and wild. The gorgeous website we had back then was made up of colourful blocks that wove together to make a pattern as each release came out to create a « whole » approach.

As things evolved, these editions became less unique and the artists we were working with (mostly from the festival and net-label scene) began to appear on other labels that started and set things up very similar to how we had in design and music. Home Normal sort of blew up way quicker than we could deal with, and we found ourselves working with distributors and people that honestly just didn’t sit right in the long term. What was meant to be a tiny label presenting work by friends just overtook our lives, and my label partner Ben Jones called it quits due to the stress and financial burden after the first year.

The sad truth is I spent many years utterly exhausted and not sleeping due to the workload of a day job, a long commute to my job in Tokyo (five hours total each day) and trying to run labels to satisfy some distributors and artists by that point. The pressure was intense for a few years and it had a detrimental impact on my own life, as I think it can do for many label owners if they don’t stop, take stock, and simply say « no ».

In 2015 I ended up suffering a breakdown as a result of the sheer pressure I was under. I hadn’t taken time off since my father had passed and the Tōhoku earthquake had destroyed my studio. In that whole period where I tried to take time off, a couple of artists were essentially abusing me as I had left the work to friends for a bit to try to take a break, and yeah, I pretty much lost everything mentally and spiritually by that point. We’d not been paid by a number of distributors for years and I was working 24/7 to help fund the label at this moment, and the impact was huge in time as this built up.

I ended up shutting myself off from everything for a while, and was sort of a shell for about a year. I was unable to deal with even listening to music, and even to this day, that period sends shudders down my spine and I try to just breath it out. I think many label owners would understand, but the constant pressure people put you under personally is really too much at times.

I was at the point of closing the label. My friends couldn’t help me as I was still inundated with emails and I couldn’t deal with them, and they didn’t know what direction to take the label so it was all on me still. Yet during that period I made some of the best friends due to their patience and generosity. Yes, I felt a burden to them to make sure their work wasn’t just taken down as so often happens with labels, but I also had to take time to see if this was ok for myself.

Le Berger is the only reason why Home Normal still exists, and was the light for me at a very dark time. I’ve known Samuel for a little while and am just a huge fan of his music, but also his wildness of spirit and well, just the fact he is a great guy. He sent over Music for Guitar & Patience and this meant more than even he realised to me. He’d based the album on Music for Piano & Patience by Ithaca Trio which we’d released on Home Normal in 2013. That album had been my favourite release to that point, and Oliver had waited years for the release, and at no point had he stressed about this, nor caused any issue with the long wait. Samuel had reminded me of what a pleasure that initial release was, and also how inspiring some of the releases we had done were to others.

Everything about Music for Guitar & Patience was beautiful. Samuel let me go back to my roots and hand-design the package from scratch, master the album over a couple of months on a Studer reel-to-reel I owned, and it was a really open creative process together. After years where I felt like I was being used to fund some people’s personal projects with very little respect, this just felt so rewarding and there was trust on both sides.

I also took the opportunity to close off our distribution channels as it had been a thankless task for so many years. We set up a Bandcamp release, only working alongside two distributors in Japan who were friends and actually paid us (p*dis and Linus), with no expectation at all. And it just sort of blew up. We received so many emails after a long time away and people really connected to the music and package that we’d put so much soul into. And it restarted the label really.

It has taken time to feel comfortable with the label since then and I’ve allowed friends to come in and help where I could, taking time off after leaving Japan to let our Japanese friends and distributors run things a bit. After moving back to the UK finally mid-2019, I took a long time to consider whether we could run the label from there at all, or whether to just let friends in Japan very slowly release the odd album here and there in Japan only.

Home Normal has been changed yet again though, and we are now firmly back to our roots. I finally decided (during the lockdown actually) that Home Normal should continue and be based here in the UK while I curate it. I’ve just found myself really enjoying working with friends like James Murray, Stijn Hüwels, Stefano Guzzetti, Anthéne and many more, in a way so rewarding and respectful. The focus of the label is more or less on analog-sourced decayed ambient music, and is mastered exclusively on reels in my studio by the sea. It has taken 11 years to get to this point, to get « home » again I would say, but it feels right.

You seem to have found an answer to what is the best definition of « home » as of today ; how would you describe what is (being) « normal » then?

For me, « home » is very much about being comfortable in your own skin, no matter where you are, no matter who you are with I would say. For a lot of people, it comes from a specific location which provides a feeling of familiarity which they associate with the classic sense of « home ». However, I think for anyone who has travelled extensively or lived abroad, your connection with this changes and you have to learn a sense of something within the self.

« Normal » is much the same. It isn’t about conforming to what is being dictated around you, but rather what is your own normal. There is no abnormal from the self, only society attempts to dictate that onto individuals. The « normal » in question here is to understand that what might not be normal for some (people seeing someone who lives in different countries, far from their definition of home, as abnormal), is perfectly normal for others.

I think we could go much deeper than that as I believe our stunted development and the weight of consumerism has impacted our idea of what both « home » and « normal » inherently are. We were born to be nomadic; to learn, discover and work together. This is seen as the opposite of being home when the truth is very different.

Related to those discussions of what is « home » and « normal », how did you adapt to Japan as a foreigner? There seems to be a lot of fantasies concerning this; namely that it’s hard in several ways to blend in when you’re an outsider etc., but I don’t know if any of this is true.

Japan is a great country to sort of hide, despite the fact that in some places you still get stared at as an outsider. And you are always an outsider, that’s important to consider I think. As someone who felt this way growing up in the UK anyway, this suited me and I was able to enjoy a vastly different culture alongside this. Many people don’t deal with the sense of isolation you feel initially very well, but I never had an issue with it.

My wife and I are both from the UK, so certain elements of being the only foreigners living in a community are pushed to an extreme. We never had a massively negative experience once we got to know people, but we did have some amazingly positive experiences. We lived for a couple of years alongside farmers in the middle of rice paddies, and we developed friendships with different generations of people there. And I think it suited who we are, despite all of our Tokyo-based friends being confused with our decision to live out there. After a little while, the local community came to see us as real neighbours as we would do the same walks, we’d admire the sunset views of Fuji, the quietude of the frogs and bats in the summer, all together. And they just started seeing us as people rather than simply « the outsiders ».

We’ve never had neighbours like them nor the ones we got to know in a very quiet part of north Tokyo, since. On both occasions we had groups of people crying about us in the removal van, cooking things, giving us gifts, and just being really impacted by the change. We’ve held that to our hearts since leaving and we still miss these amazing people, and the place we called home for a while.

What is the most precious memory you keep from the Home Normal adventure until now?

There are so many memories, but they all revolve around developing friendships really. And they all follow a familiar pattern in which these people who have become sincere friends, have taken the opportunity to not pressure me in anyway, but to support and create together with trust and love. I’ll name a few (of many) that spring to mind:

The Home Normalism two day festival was a really amazing experience, but it came during a period when my mother was moving home after my father had passed, and I was exhausted from the end of term at my work. I was looking after all these artists flying in by myself, trying to get the family piano looked after as I couldn’t ship it to Japan, and it was incredibly expensive to host this. My wife had to cancel her flight over for our break as the expense just wiped us out. This might sound like a bad experience, but the beauty here was meeting these amazing people.

I ended up spending a lot of time with Stefano Guzzetti and his (now) wife Tania. It was just one of those moments where things were so perfect really, and Stefano could see under the surface I had so much on. It was the beginning of a wonderful friendship we treasure to this day and it had a big impact on me personally as almost every year we meet up as friends.

The development and creation of Music for Piano & Patience by Ithaca Trio and Music for Guitar & Patience by Le Berger were both beautiful experiences. Working with very patient artists on music that is so beautiful, and being allowed to carefully master these albums on old technology was an act of pure collaboration. These are the two albums that really connect to what Home Normal is all about.

Most recently, James Murray, Heine Christensen (ghost and tape), Stijn Hüwels, Pieter Dudal (Dauw) and I met up and performed in Prague for Festival Spectaculare. The time we had was amazing and we’ve developed into a little group who supports each other. Stijn and James are now very much part of the Home Normal family, helping me to develop things musically from 2020 on. We’ve created so much together, and this wouldn’t have happened without the label and the invite to perform by the great Josef Sedloň.

And the worst memory?

I won’t go into details about this as it has been overwhelmingly positive. But yes, some negatives have come to impact my personal life in ways I never imagined. I had a breakdown as a result of trying to take time off the label and getting bullied about this. My father passed away very suddenly and I actually had an artist abuse me via email as I tried to put things on hold while I looked after my family during this period. The earthquake had happened earlier in the year and had destroyed my new studio (I’d literally moved in the day before), so dealing with this and then my father’s passing while people (and notably a couple of distributors) put pressure on me took a huge toll later on, as I tried to juggle these emotions for a while after. These things are just people forgetting that we are all human, and they need to really look beyond themselves before being so abusive. Some forget that behind the music, labels, blogs or anything, there are overly optimistic and hopeful people struggling to survive just like everyone else.

I’ve learned so much from this, and I get why so many labels close in and only work with friends now. Every single label owner I know has gone through this, and that’s quite shameful really. But you learn who you want to work with, and you get a sense of self, that saying « no » is so important. It is about self-respect, keeping it small, manageable and personal.

I feel like through music, Home Normal quietly makes a point about learning to take the time, to appreciate what surrounds us, or simply to settle every so often. To stand against an era of immediacy, to challenge the people mostly running all day?

Exactly. That is what I always intended for the music: to be out of time and precious. I’ve mostly worked with people who won’t just be proud of their work in an immediate moment, but will always retain a level of patience with whatever they do. That is probably more the case now than ever before, but it is very important at a time when people just don’t stop running around physically and mentally.

How do you think this last statement could stand in a period seemingly favouring individualistic behaviour and restless lives?

I guess you mean the more self-involved and hurried nature of modern living right? It seems there is a real push for quietude and patience evolving now alongside this, as people react in more positive ways to such things. That is always the way as opposites react and work alongside each other in life really. Social media does stop us from thinking and absorbing the rhythms of life as it actually is, but there are movements in place by way of reaction as people know there is more than these obscure forms of « communication » we use with social media.

I would hope this period of lockdown mostly around the world would teach each of us to slow down a little and appreciate what life truly is.

From what you said, Home Normal’s collaborators and artists seem like a big family. How would you portray a typical member of this family, what qualities should he/she display and what traits are on the other hand a deal breaker to be part of it?

It has changed after some of the more negative experiences to be honest. It is a much smaller family now as I can’t spread myself too thinly and want a more musically-focused approach to our releases. But yes, a family nonetheless and I always wanted that to be the way.

As noted before, patience is essential but most importantly there has to be a real friendship with mutual trust and respect on a professional and personal level. There are just too many artists who (understandably) focus only on their work, and just refuse to see the bigger picture for the label. By the same token, many labels sort of overrule artists it seems on a musical level with their own concepts, and I just don’t understand why people would work together if they don’t have that mutual respect and openness. With this in mind, we have a set group of people we are working with now, and that just won’t change in the near future for I no longer am able to absorb music by people I don’t really know.

What ties these artists together? Again, and sorry to repeat this again and again, but patience and self-awareness. Every single artist we release from now on has a sense of who they are musically and personally, and who I am and what the label is. There is no guidance from either side, only pure collaboration, openness and great decency towards each other. We’re working with some amazing people who look beyond themselves now, and that’s really what we should all do in art, as in life.

You noted that Home Normal’s roster will stay quite set for some time. Don’t you worry that the label’s output can become too circular and somehow smothered?

Honestly, as a label, we released so much wide-ranging music for years. This reflected my love of all sorts of genres and how organic music can be within any field I suppose. The truth is though that I can go back to certain releases that still resonate with me deeply to this day, and they are all ones of patience, careful construction without complication, and a holistic nature within themselves. We’re not going to release something just to be a bit different from release to release as we’ve done that before, and ultimately I don’t feel strongly enough about those ones. What we will be releasing now is music that is uniquely individual but is also focused on more decayed ambient and minimalism. Worrying about anything beyond what it says to my spirit is really not of any interest to me personally.

What is your perfect moment to listen to music?

I guess my favourite time is at night, when my wife has gone to sleep. I put the lights out in our lounge and will always listen to records or cassettes specifically then. I don’t listen to music outside the car or house – I’ve never enjoyed it while walking or running as I prefer to just absorb the environment, wherever that is.

You use reel-to-reel machines, among others, to work on and master music. What is your relationship with the tape format, what does it have that other methods of work/composition don’t?

Warmth, harmonic distortion, and such a fun thing to play with at night if you can’t sleep, compared to computer screens. There is so much gear out there that tries to emulate these beautiful machines, but nothing comes close to winding reels and just watching them whir away. Each machine has its own glorious natural compression and that is a real gift for musicians I think.

I grew up on four-track cassette recording, and started playing with a Studer A80 at university. Whilst everyone else seemed more interested in the digital realm at that time, I would go to the studio early and was allowed to calibrate the machines, and even open up and fix their faulty microphones. I ended up being offered machines by way of payment for studio work, and in my mid-20’s had a large collection of equipment I just found myself diving in to mod and fix. I haven’t looked back really.

How would you sketch your input in someone else’s work through mastering? What are you bringing to light or trying to moderate in their sound?

Technology is an amazing thing but it is also somewhat consuming in terms of sound design. Too many toys and all that really. I’ve been lucky enough to study sound engineering and just through my experiences and knowledge, am able to simplify the process of using analog and digital technology to enhance or adjust sounds accordingly.

A lot of artists will suddenly hear things they didn’t know were there in the process, and understanding their vision is essential. I don’t get the push for one-touch mastering solutions and engineers who just pump everything up.

At university, the « mastering » side of the course involved a TC Electronic Finalizer – a simple limiter and compression boost for « radio play » essentially back then. We were literally told that was what mastering was and that it was easy. I’ve been in studios with older mastering engineers who did this time and time again, and it pushed me to want to master music properly for myself.

I started to get really involved with fixing up old reel-to-reels and microphones at that time when many studios were switching to digital and had no need for this gorgeous older equipment. They would just give me this stuff to play with so my apartment was filled with all this old gear. I started to realise how this could be incorporated to my mastering here and there, as the natural compression of certain machines (especially Studers which are still my favourite machines) and the tone they imparted was really beautiful for sound-design installations I was doing and ambient music. I hope to bring care, attention to detail, organic warmth, and a friendly second-set of ears to artists’ work with all these experiences ultimately.

Aside from the label, how do you see your ideal future?

On a beach, away from people except my family. I’d be very happy just floating, cooking, making music for myself and not much else I think. Musically though, I’d love to work on some soundtracks, especially some obscure animation since it is a long-held ambition.

What about your realistic future?

Well I’m not sure my ideal and realistic futures are different really, but more immediately I find myself home on the south coast of England and happily so. I just want to carry on mastering music of substance, playing with my weird instruments, and fiddling with old reels. Whether the music I make is for personal or public consumption isn’t important for me anymore.

We should finish this, before opening new threads of endless conversations; I like the idea that topography might influence one’s creative output. After so much time in Japan, what is the label’s identity now as you restart it in a new country?

I spent 10 years in Japan and the quietude of my life in both rural Saitama and urban Tokyo had a huge influence on the label and my own music. But it gave me a quiet drive and reason for being there during these years as well.

The two and a bit years in Warsaw were mostly about mastering and consuming new sounds and music. I felt that Home Normal wasn’t the right path at that moment for me, as something about the quietude I felt in Japan and the otherness was lost.

Home Normal really felt like it could be started again in the UK since I found my spirit just calm right down by the sea here, and I was able to see a path for the label clearly again after a long period of exhaustion and loss. It boils down to the simplicity of enjoying the everyday. You can’t see that when you are rushed and pushed around. That sense and home is about being still.

Now, the future is one of creativity and mutual respect. That is how it should always be of course, but going back to where Home Normal comes from and appreciating that bond of friendship and design together, that is the essence to hold onto.

Dotflac

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