Couper court

Depuis le temps que la Tartine vous bassine avec ça… il était temps d’en parler. Le Bien Heureux, ou plus sobrement LBNHRX (à vos souhaits) est un producteur belge résidant à Bruxelles, et sortant son premier album chez Thin Consolation. Bon, on va pas mentir, je ne connaissais ni l’un ni l’autre, alors entrons plutôt dans le vif du sujet… clairement, cet album a pour thème le poil, disons, d’une façon un peu plus fine que la chanson éponyme d’un certain groupe de rap-musette qu’on ne nommera plus (faut pas pousser). Second degré cachant la forêt ou véritable obsession de l’artiste, on ne saurait dire, je laisse à l’auditeur l’entière responsabilité des conséquences de son interprétation.

L’album commence avec une introduction sombre et légère, Awakening Razor. Le son est hésitant, les glitches surgissent ça et là, sans prétention, les beats se testent, le tout est décousu, c’est vraiment un réveil. Et puis tout ceci s’organise doucement. La tête dodeline sur la mélodie qui s’installe. Les sons mécaniques et tranchants nous réveillent, gentiment. Mais ce réveil est lourd, les basses sont plombantes, nous raccrochent à terre, nous empêchent de nous lever. Ici est déjà palpable l’hésitation qui sera le leitmotiv de l’album. Des basses lourdes, lentes, plombantes, et des sons aigus, glitches, snares, claviers tordus, sons métalliques divers, cliquetis, rouages…

Où tout se dérobe

On entre dans le vif du sujet sans avoir vraiment saisi la transition avec Red Sink. Le morceau est la continuité de l’intro, les sons sont repris. La tension monte tout doucement, l’oreille s’accroche aux beats répétitifs mais un peu perturbés. C’est toujours hésitant, et puis le clavier vient marteler quelques petites notes, avant que le tout s’emballe. Les décalages viennent perturber toute la mécanique. On avait mis 9 minutes à se réveiller, à mettre douloureusement un pied devant l’autre, à commencer à marcher en titubant, et puis le sol se dérobe complètement. On ne sait plus où on est, à quel saint se vouer. Quoi suivre ? Mais le morceau ne se perd pas pour autant dans une envolée expérimentale froide et dénuée de sens. La mélodie (ou ce qu’il en reste) s’accroche, essaie de contenir ces beats glitchés qui s’éparpillent dans notre cerveau (ou dans le lavabo, c’est selon).

A l’écoute de Red Sink, on a l’impression de perdre quelque chose, quelque chose qui glisse entre les doigts et que l’on essaie de retenir désespérément. Ce n’est pas violent, ce n’est pas douloureux, c’est simplement inéluctable, même si le morceau nous maintient entre la perte, l’étalement total, le désordre, et un semblant de maîtrise, de structure.

L’ambiance change radicalement avec Cut it ! / or not. Ici foin de perte de contrôle, le morceau se base sur un kick / snare bien tranquille, bien clair, qui met à l’aise. LBNHRX est résolu. A quoi… ça, on interprètera comme on veut, mais l’idée est claire. La techno est légère, gentille, de nombreux glitches et enrobages viennent l’étoffer, pour construire petit à petit une ambiance assez unique, rassurante. La coupure se fait à la 4e minute. L’hésitation revient… les beats s’effacent le temps de laisser sonner les clochettes qui semblent dire « et si… ? » La résignation s’effrite, le doute reprend, mais cette fois-ci, loin d’être une perte totale de moyen, c’est plutôt une échappée libératrice. Les beats s’échappent encore une fois de la structure, mais maintenant on les écoute comme on regarde des oiseaux s’envoler. Cette liberté un peu folle que le morceau s’arroge, après avoir été enfermé dans un schéma technoïde basique mais efficace. C’était rassurant, mais la liberté est plus excitante. Elle l’est d’autant plus après 5 minutes dans ce qui nous paraît maintenant une prison dorée. C’est l’émancipation…

Une précieuse chaleur

Sans vouloir décortiquer tout l’album dans une démarche minutieuse et dictatoriale, mentionnons juste la conclusion, Fu Manchu’s Thunder. Plus question de rythmes binaires, de carcans technoïde rassurants, plus question de repos. Il ne s’agit, dans cette balade expérimentale, que de doute, d’hésitations douloureuses, d’indécisions et d’impuissance face à cette indécision. L’indécision et le passage d’une humeur à l’autre tout au long de l’album ont finalement raison de nous et on finit par s’écrouler d’impuissance, lentement, en 10 minutes, le temps de cette conclusion…

Si l’hésitation et l’inconfort sont palpables tout au long de cet album, il n’en est pas pour autant froid et sombre. Là est peut-être la véritable force de LBNHRX, nous servir une musique incomparable, à la croisée de l’expérimental, du downtempo, de la techno, assortie de glitches et autres sonorités métalliques. Mais parfois, il suffit de peu pour insuffler aux machines et au métal la chaleur humaine des sentiments. Ses machines savent être chaudes et légères comme les humeurs, et dans un monde ou glitch et techno sont synonymes de froideur et de déshumanisation, quelque part, ça fait du bien. Même s’il s’agit d’inconfort.

Et en plus, Tales from the Moustache, de LBNHRX, c’est gratuit.

Lire aussi l’article des Chroniques Electroniques.

 Ehoarn

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Un commentaire

  1. NLB

    Mais mais mais ! mais ça envoi du pâté aux truffes ça !

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