Evan Caminiti – Meridian. Hémodialyse extra-corporelle

Evan Caminiti - Meridian 450x450La saison estivale est quelque peu synonyme de vache maigre pour les fossoyeurs de sonorités nouvelles. Qu’à cela ne tienne, on n’est pas connus pour faire dans la ponctualité (on n’est pas connus tout court, en fait), alors on prend un peu de recul et par la même occasion un peu de notre temps pour vous toucher deux mots de Meridian. Et ce n’est pas uniquement parce que nous sommes lents, ou en manque d’inspiration, c’est aussi (et surtout) parce qu’on ne pouvait pas ne pas vous en parler.

Prophétique bastion du mélange des sens, le dernier album d’Evan Caminiti regorge de gargarismes soniques. Point de balbutiements à l’horizon, ne tortillons pas du popotin pour déféquer en ligne droite, Meridian se trouve à la rencontre parfaite entre le modeste et le grandiose. La recette naît des précédents projets d’Evan Caminiti (Barn Owl et Painted Caves notamment), ambiance folle et cascade organique rythment ses morceaux dans leur déstructure la plus millimétrée. Début d’album plus qu’engageant avec l’introduction Overtaken, le très bon Curtains avant d’arriver à Collapse, la perle rare qui a tout fait basculer.

Il y a quelque chose que l’on pressentait avec Curtains mais dont il faut attendre Collapse pour arriver à le formuler, c’est cette impression qui parfois se dégage d’une oeuvre (impression qu’on apprécie particulièrement chez Tartine), qui laisse suggérer que son créateur s’en branle. Pas que le morceau soit jeté en pâture sans aucune considération, pas que le créateur soit aigri au point de considérer qu’aucun auditeur ne sera à la hauteur de son oeuvre, mais plutôt un truc comme… « peu importe que tel synthé fasse trop « new age », peu importe que telle nappe m’attire les foudres des puristes de l’ambient, c’est ce que j’ai envie de faire plus que ce que l’on attend de moi, vous en ferez ensuite ce que bon vous semblera. »

Et de fait, Evan Caminiti construit ses morceaux comme des classiques de drone/ambient, couche par couche, nappe après nappe, mais en y laissant libre court aux glitchs et petites destructurations que recherchent tellement les producteurs d’IDM qu’ils poussent parfois à la nausée. Si la lenteur, de mise, imprègne l’oppression jusque dans les sens, le mouvement est là, parfois par la brutalité d’une coupure impromptue (Steam), parfois par l’introduction d’un rythme étouffé qui se cherche (Excelsior). Le genre d’exercice capable d’électriser un live, de transcender un album déjà sublime en une experience rare.

Point de grandiloquence non plus, juste ce qu’il faut d’outillages divers et variés pour n’y voir ni queue ni tête et sombrer sur un sofa gris fluo dans l’antichambre la plus VIP de la musique électronique. Rencontre intime de la physique ondulatoire et de la biologie, Meridian semble utiliser les ressources hospitalière d’un effet Doppler pour mieux tâter de votre poul et – éventuellement – le réajuster. Chaque capillaire en conviendra, cela faisait longtemps que de telles nappes n’avaient pas autant raisonné avec nos fonctions circulatoires vitales.

Evan Caminiti réussit le tour de force de produire une oeuvre inclassable, indépendante de toute mouvance, et dont l’écoute complète laisse repu, avec l’idée oppressante que plus rien d’autre n’est possible après. Ce n’est évidemment pas le cas, sinon on serait bien dans la mouise, mais c’est la marque des albums qui savent se suffire à eux-même, qui ne nécessitent aucune justification, voire aucune explication, et qui savent s’affranchir du contexte de l’oeuvre globale de l’artiste, ou du label. A ce titre, Thrill Jockey, et son catalogue prolixe mais à la cohérence peu visible, est probablement un support étonnant mais néanmoins tout adapté.

Evan Caminiti sort sans conteste un incontournable de l’année 2015. Disponible en digital sur sa page Bandcamp ou en physique chez Thrill Jockey, Meridian se doit d’intégrer votre discothèque sur le champ. Si ce n’est pas déjà fait.

Adrien & Ehoarn

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