M.E.S.H. – Piteous Gate. C’est bon ? Tu m’écoutes là ?

M.E.S.H.-Piteous-Gate-PAN-66-1500x1500Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce Piteous Gate n’y va pas avec le dos de la cuiller à soupe. Avec l’air de vouloir bouffer le petit monde des musiques destructurées avec la hargne d’un chaton sous ecstasy un jour d’orage, l’objet bizarre dont il est question (que je me refuse à appeler « album ») s’ouvre avec un titre éponyme, pourtant étonnamment pourvu que de deux maigres minutes et demi. Mais rien à cirer, car si M.E.S.H. (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) commence direct par nous mettre un gnon dans les gencives avec son beat lourd (de conséquences), ce n’est que le prélude à une grandiloquence qui s’enfile en crescendo et dont on se demande s’il va s’arrêter à un moment, où s’il va finir par nous y incorporer tout l’orchestre, tambours et trombones inclus, et le chœur de cantiques qui va avec. Mais non. Ça s’arrêtera comme c’est arrivé, et c’est exactement ce qu’il fallait pour nous faire arrêter toute activité annexe et titiller la curiosité.

Si cette introduction est si réussie, et qu’elle est si lourde de sens, c’est parce qu’elle remplit très exactement, ni trop ni trop peu, son office. Elle dit : « Bon, c’est bon ? Tu m’écoutes là ? T’as fini de te palucher sur Konbini ? Alors on peut y aller. »

Trop d’albums s’y sont lamentablement vautrés, le développement n’atteignant en rien l’impact annoncé. Mais force est d’avouer que ce Piteous Gate tient ses promesses. D’abord parce que Optimate et Thorium forment le cœur d’un propos qui trouve la place de se développer, mais qui ne s’arrête jamais pour répéter deux fois la même chose (contrairement à moi). Si le confort d’un rythme rassurant est établi, ce n’est que pour être soustrait ou remis en question quelques secondes plus tard, forçant l’auditeur à réactualiser son référentiel, c’est-à-dire à lâcher un élément confortable pour savoir en attraper un autre, sous peine d’être complètement perdu. Ce n’est que lorsque l’oreille se sera adaptée à cette jonglerie quelque peu technique que l’on saura capter les textures et les finesses, et apprécier de s’y caler. Bah oui, on va pas se mentir, l’objectif de tout ce bazar, à la base, c’est quand même de se mettre bien.

Et oui, on se la colle sévèrement, même, sur les dix minutes que représentent Optimate, Thorium et The Black Pill. Les gros kicks lourds viennent s’écraser entre les nappes de cordes frottées et de synthés (Thorium), à moins qu’une légère mélodie de piano (ou d’autres instruments que je serais bien en peine de nommer) se fasse fouetter sans ménagement (Optimate). C’est assez jouissif, d’autant plus que les cordes apportent à l’édifice une chaleur plus que bienveillante.

Mais ce serait évidemment trop simple et trop confortable, et M.E.S.H. vient sournoisement foutre par terre son édifice à peine construit en nous proposant un intermède globalement… euh. Bizarre. Bon. En général, les intermèdes servent généralement à annoncer les grosses tueries qui les suivent, mais là, l’effet n’est pas au rendez-vous. Si Epithet a la carrure d’un tube, c’est probablement pour cette raison que c’est le morceau le moins percutant de l’ensemble, pêchant de réutiliser la recette qui fait atteindre des sommets à Optimate et Thorium, proposant quelque chose qui frise le surannéTrop voulue comme la pièce maîtresse, elle en perd son charme, ne nous y attardons pas plus longtemps.

D’autant plus qu’après un autre ovni (Jester’s Visage), Methy Imbiß se développe en un pur exercice de style, tranchant nettement par son dénuement et ses silences, laissant apprécier la pureté d’un rythme asséné qui se meut, et des enrobages qui sont tous dédiés à sa cause, ne servant qu’à insister l’impact de son propos. Il n’est plus vraiment question de se mettre bien, il est simplement question de s’en prendre techniquement plein la vue. Voilà qui est fait.

Et puis le tour de force final, puisque l’on se rend compte avec un peu de honte et beaucoup de délectation (« Ah le gros bâtard. »), que Methy Imbiß n’était qu’un autre prélude, un petit échauffement à Azov Seepage. Et l’on retrouve la grandiloquence originelle, celle qui frappe l’attention lors de l’intro, et qui se développe, enfin, dans toute sa splendeur. Mais encore une fois, plutôt que de nous conforter dans un rythme établi, M.E.S.H. nous le soustraira, nous forçant à vivre la fin du morceau dans le souvenir encore frais des martèlements, celui qui fait dodeliner du chef. Ne restent que les oscillations et une tempête de craquements métalliques.

Piteous Gate est un objet intriguant et bizarre, par son propos autant que par sa forme. Chantre de la destructuration jusque dans l’enchaînement même de ses morceaux, le tout servi par un artwork horrible (faut dire ce qui est…), trop court pour être un véritable album, trop long pour un EP, il offre néanmoins à qui saura s’y servir des plats raffinés et sacrément efficaces. Cet objet représente indéniablement un vent de fraîcheur et d’impertinence dans le monde reclus des musiques destructurées qui évolue trop souvent vers la prouesse technique froide et sans âme.

Ce « truc » est achetable chez PAN. Ici. (d’ailleurs si quelqu’un pouvait me dire une bonne fois pour toutes si ça se dit « panne » ou « pan », ce serait sympa.)

Ehoarn

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