Driftmachine – Colliding Contours. Infrabrises cavernicoles

Driftmachine - Colliding ContoursCela fait belle lurette (10 ans, pour être exact) que la respectable corporation mexicaine Umor Rex s’est imposée comme le sacro-saint temple du son qualitatif devant l’éternel, alliant avec force identités musicale et visuelle irréprochables, toujours à la pointe, sans jamais tomber dans le trop, et très rarement dans le trop peu. Bref, du pain béni pour des bonnes gens comme nous.

Après avoir lancé Driftmachine sur leur premier format long en 2014, Umor Rex ne s’est une nouvelle fois pas trompé en réitérant leur collaboration pour la sortie de Colliding Contours, le deuxième long du duo berlinois composé de Andreas Gerth et Florian Zimmer (que l’on retrouve également au sein de la formation Saroos). On notera au passage que leur fameux Nocturnes fait l’objet pour l’occasion d’une réédition vinyle qui soulignera avec élégance votre décoration d’intérieur.

D’emblée, le morceau Radiations mérite toute notre attention, et ceci pour plusieurs raisons. D’une part parce qu’il n’explore pas tout à fait le même répertoire que le reste de l’album. Il est donc assez peu représentatif, ce qui peut paraître étonnant pour un morceau placé en tête de tracklist, mais pas dénué de sens pour autant. Ambiance minimaliste, réduite aux simples pulsations de la machine, Driftmachine laisse ici une place importante aux silences, offrant ainsi à chaque battement un espace de résonance colossal. Downtempo devant l’éternel, le calme parait biologique, bien vivant mais assoupi.

Une réverbération cavernicole qui n’est pas sans rappeler – dans un style plus deep – les excellents travaux de Martin Nonstatic ou de Robert Heele. Un outil efficace, et qui tend bien souvent vers la dub, que l’on retrouvera de manière assez claire sur Observant Sirens, ou de façon plus éthérée sur Lost Travelers ou Ambler (et pour ainsi dire sur à peu près tous les morceaux, en fait). Soyons honnêtes avec nous-même, Colliding Contours porte bel et bien le tag « dub », et il lui est même indissociable, bien que cela soit infiniment réducteur et insuffisant pour cerner l’ampleur de l’ambition de Driftmachine ici.

Si l’omniprésence de basses et d’infrabasses reste donc bel et bien la marque de fabrique de cet album, son intérêt réside aussi dans ce qu’il incorpore de plus contradictoire. Des sonorités abstraites, froides se mêlent à la chaleur et à la rondeur environnante : grincements indus, envolées techno et autres glitchs ponctuent cette trame et empêchent à l’auditeur de tomber dans l’overdose d’overbasses. Il n’est évidemment pas question de trancher clairement entre morceaux « dub » et morceaux « indus », chaque parcelle de Colliding Contours étant un mélange savamment dosé des deux (voire de plus). Pour autant, Sans Soleil et Dogov Godov sont sans conteste les pistes plus représentatives de cette tendance anti-dub avec laquelle elle se marie pourtant si bien.

Au final, que retenir de ce nouvel album de Driftmachine ? Assez connement, j’aurais envie de dire « tout ». Un album bien fini, sans rature ni coquille à l’impression, et ceci jusqu’à la cover. Un léger vent de nouveauté, sans pour autant partir dans l’expérimental outrancier. Un album que l’on pourrait donc qualifier de « post-dub indus » (lol) qui vient enfoncer le clou une fois de plus : si les mecs d’Umor Rex ne plaisantent pas, autant vous dire que Driftmachine non plus.

Adrien

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