Benjamin Hill & Samuel Regan – Untitled | L’inconnu.

Bien qu’il n’y ait aucun lien de causalité entre les deux, ma longue inactivité sur ces colonnes s’accorde finalement assez bien avec l’actualité musicale de ces derniers mois. L’un de mes derniers gros coups de cœur est paru il y a maintenant cinq mois (pour rester poli), et ce n’est pas peu dire qu’il aura depuis reçu une couverture plus que modeste. Je profite donc de la fin de cette campagne présidentielle pour remédier à l’une des plus grandes injustices qu’ait connu l’Occident en cette année 2017, et tout ceci dans l’indifférence la plus générale.
Il faut dire que les pistes ont été bien brouillées dès le départ : Benjamin Hill et Samuel Regan, deux illustres inconnus, qui publient un album intitulé Untitled, sur le label Oklahoman Unknown Tone Records. Tergiverser sur les présentations ne sera donc pas d’une grande utilité, à l’inverse de l’attention que mérite amplement cette sortie. Une déclinaison perfectionnée de diverses facettes sonores, aussi intrigantes que difficilement identifiables.

Pour le commun des mortels, la meilleurs accroche réside probablement dans le second morceau (Untitled II). Une lente ascension cristalline qui n’augure rien de bien fantasque, jusqu’à ce que les deux compères nous plongent à corps perdus dans un bouillon pétillant, féerique. Un grondement lent, organique, qui bulle et éclabousse les tympans. Un instant de félicité subjugué par d’innombrables carillons surpris sur le vif en pleine parade nuptiale. Les flots torrentiels malaxent les sens, une cascade de galets qui s’intensifie jusqu’à vous pétrir la moelle épinière. Le tout sans jamais perdre cette finesse qui offre au rendu une sensation d’exactitude parfaite, presque pointilleuse.

Une démonstration d’amour et d’eau fraîche qui contraste franchement avec le reste de l’album, notamment avec Untitled I. Les amateurs de drone-ambient ne seront pas désarçonnés par le format clairement bourdonnant. Une ambiance de cathédrale qui décrit à la perfection quelque chose de plus grand que nous, d’absolu, et de puissance tranquille. Les quelques rares scintillements qui viennent orner l’ambiance de plus en plus écrasante n’interfèrent en rien à son inéluctable déroulement. Si l’on peut, à mi-parcours, s’attendre à entendre une énième fois la déclinaison du style drone s’étendre à l’infini pour s’émanciper de tout repère temporel, des chœurs annoncent à leur tour un nouvel épisode à la limite de l’épique, à la frontière de l’au-delà. Un décrochage complet vers d’autres cimes. Une perle.

Du haut de ses 2 minutes 20, Untitled III passe ici complètement inaperçu. Si l’on frôle l’interlude, cette transition est probablement la partie de l’album qui me pose le plus de questions. Il aurait certes été plutôt bourrin d’enchaîner l’outro explosive d’Untitled II avec Untitled IV, qui constitue le petit quart d’heure de clôture. Déroulant tour à tour une série d’ingrédients que l’on commence à assimiler doucement comme faisant partie de leurs pattes respectives, cette quatrième piste est en effet bien dense. Chants lointains, carillonnements délicats, cordes frottées grassement, puis touches séquencées jusqu’à l’entêtement clinique, Benjamin Hill et Samuel Regan offrent ici un condensé de ce que leur collaboration leur a permis d’atteindre, à mi-chemin entre la cathédrale et le saloon. Si cette piste finale n’est pas en soit la plus marquante, elle est en tous cas la plus aboutie. Une berceuse grave qui laisse songeur, sans vous inviter à quoi que ce soit, comme une porte ouverte sur vous-même.

Que raconte cet album ? A la fois énormément de choses, et en même temps rien de précis. Un véritable exercice de style, indéfini, qui excelle dans toutes les directions dans lesquelles il s’aventure, sans jamais tomber dans la prétention pure ou la démonstration de force. Benjamin Hill et Samuel Regan ont forgé des pièces minutieuses, irréprochables, et, à mon sens, inestimables. Untitled prouve que les deux artistes sont doués d’une sensibilité musicale extrêmement fine. Reste que, ne les connaissant pas, je dois bien avouer que je ne sais pas auquel des deux je dois accorder telle ou telle influence. Un album rare, vers lequel on reviendra sans hésitations lorsque l’accumulation de musiques crasseuses aura terni les conduits auditifs les plus soyeux.

Adrien

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