Dronny Darko – Abduction | Rencontres du troisième type

Comme d’habitude, difficile pour moi de résister à mon créateur de dark ambiances favori. Depuis ses débuts chez Cryo Chamber avec l’indétrônable Outer Tehom en 2014, je n’ai pas réussi à snober une seule des créations de Dronny Darko. L’ukrainien a en effet proposé depuis le retournement de la matrice Neuroplasticity et la vénération des ténèbres Spira Igneus, d’une patte tout à fait reconnaissable dans le genre ; une prouesse en soi dans un style homogénéisé au possible de nos jours. On parle aujourd’hui d’Abduction, qui se veut être une suite spirituelle à Neuroplasticity et son voyage intracérébral associant drones sans fond et textures enregistrées à bout portant.

On émerge de notre trip intérieur dans la piste éponyme, passant d’un coma médicamenteux à un état de veille relatif, où instants de lucidité et absences incontrôlées se succèdent chaotiquement ; le milieu de la piste retranscrit parfaitement ce réveil difficile, quand nos yeux ne supportent pas les lumières chirurgicales intenses qui clignotent et nous aveuglent au rythme des bribes de souvenirs épars affluant violemment dans notre tête, quand notre esprit déboussolé n’arrive pas encore à correspondre avec le corps, mais que le corps nous porte en pilotage automatique d’un endroit à un autre totalement différent (en témoigne le break joliment orchestré à 5:18). Une fois en phase avec l’environnement, l’album peut enfin entrer dans une description affinée de l’endroit qui nous accueille : tandis que des murailles colossales de basses fréquences se réverbèrent sans fin dans une cathédrale d’acier à la nef aux perspectives en fuite, on se laisse piquer en permanence par des éléments de sound design incisif et détaillé, dont la première nature électrique dépeint sans effort des machineries extraterrestres à la raison d’être énigmatique, et dont la seconde nature liquidienne nous donne l’étrange impression d’être un sujet d’expérience dans un tube à essai aux dimensions non-humaines. Nous semblons complètement seuls dans cet endroit n’offrant aucun repère fiable et aucune réponse à notre présence ici, il est cependant certain que notre amnésie temporaire n’est pas idiopathique et que des yeux nous observent silencieusement dans les angles morts, grouillant dans l’ombre surnaturelle qui nous entoure en permanence.

Le titre de l’album ne laisse pas de doutes sur ses intentions, illustrant notre enlèvement par une civilisation bien plus évoluée que nous. Si ce sujet pourra en laisser certains sceptiques, il faut quand même concéder à Dronny Darko qu’il l’aborde d’une manière, encore une fois, assez unique. Dans Abduction, son art du contraste et son amour grandissant pour les épaisseurs de textures abstraites franchit un nouveau palier en terme de résolution spatiale, et courbent allègrement les plans limitant couramment le dark ambient qu’on a (trop) l’habitude d’entendre pour leur donner une nouvelle dimension bienvenue. Aidés par le nom des pistes, les univers sonores surgissent des ténèbres et se construisent au-dessus de nos têtes en architectures impossibles pavées de mécanismes au but obscur, le tout nous perdant dans l’exploration solitaire des immenses pièces que l’on parcourt. Des bains bouillonnants à perte de vue dans Vapor Swamps à la bruine électrique de Veils of Static, en passant par des organismes non-identifiés en incubation durant Lactose Chamber, on cherche en vain des signes de vie qui pourront éventuellement nous dire qui nous sommes, où nous nous trouvons et quelles sont nos perspectives d’avenir dans ce qui ressemble à un centre de recherche déserté. Et pourtant, l’instinct chuchote à nos oreilles que nous n’avons jamais été seuls, et qu’au contraire, on ne représente guère plus qu’un numéro dans un jeu que nous ne maîtrisons pas. Abduction sera donc vecteur de cette incertitude latente, de cette peur justifiée de l’inconnu, mais aussi de notre curiosité profonde qui nous poussera à avancer dans la structure cryptique qui suinte la vapeur et laisse un goût métallique dans le gosier. C’est aussi pour cette raison qu’Electrode Salts se termine de manière ouverte face à plusieurs portes qui attendent qu’on choisisse laquelle on franchira, l’artiste ayant déjà glissé qu’un troisième épisode final des pérégrinations de son protagoniste est en chantier. Et pourquoi pas nous faire rencontrer les entités nous ayant converti en sujet d’expérience in vitro afin de mieux nous connaître pour mieux nous contrôler ?

Oleg Puzan réussit encore une fois à me séduire avec son paradigme acoustique défiant les lois installées du dark ambient. Traitez-moi de fanboy si vous le souhaitez, mais écoutez au moins une fois chaque album qu’il a sorti chez Cryo Chamber avant de vous faire un avis définitif sur la question. Abduction, c’est du drone tangent à souhait, un microcosme de science-fiction noire et absconse qui m’évoque d’ailleurs beaucoup le toujours excellent Nostromo d’un certain Sleep Research Facility, et qui excelle à créer un cadre sombre et crispant tout en nous incitant à y retourner par notre propre volonté.

Les versions physique et digitale HD, ça se passe ici, sur la page Bandcamp en éternelle expansion du label américain.

Dotflac

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