Ben Frost : Seuils de tolérance

Le plus islandais des australiens est passé au Trianon le 4 octobre, pour présenter son nouvel album The Centre Cannot Hold en ouverture de la Biennale Némo. Non contents de s’être pris des uppercuts de déménageurs slaves pendant une heure qui aurait probablement pu s’étirer si le staff n’était pas venu calmer les ardeurs insatiables de l’artiste, nous avons eu l’opportunité de nous entretenir avec Ben Frost juste avant sa représentation. L’occasion de discuter de sa musique, mais aussi des doutes, des frustrations et de l’instabilité qui l’ont infiltrée.


Salut Ben. Comment vas-tu ?

Ça va, je vais bien ouais.

Comment te sens-tu concernant ton prochain concert ?

Je suis emballé par cette musique et impatient de la jouer en live. C’est nouveau, et toute nouvelle chose m’est toujours intéressante.

À part répondre à nos questions très professionnelles, qu’as-tu fait ou pas fait aujourd’hui pour te préparer à jouer ? As-tu profité de cette journée dans Paris ?

J’apprécie toujours Paris. J’aime cette ville et son tempo, c’est le bon tempo. Ce n’est ni trop rapide ni trop lent, les gens se déplacent au bon rythme oui, j’apprécie toujours ça.

Je suis sûr que tu dis ça parce que tu ne connais pas Paris ! T’as déjà passé un peu de temps ici ?

Oui, je suis sur place au moins quelques fois par an.

Pour des projets professionnels ou pour ton propre plaisir ?

Non, surtout pour le travail.

Donc tu viens d’Australie, et habite maintenant en Islande…

J’habite en Islande depuis… 13 ans maintenant ?

Et désolé si c’est une question que tout le monde t’a posé avant, mais qu’est-ce qui t’a emmené en Islande ?

C’est bien la question que tout le monde me pose tout le temps, félicitations ! Je dirais que c’était il y a très longtemps, j’étais un homme très jeune et ça paraissait juste être une bonne idée. C’était très facile tu vois ? Pas de responsabilités, pas de famille, pas vraiment d’affaires… J’ai juste déménagé de l’autre côté du monde, ça ne semblait pas si difficile. J’avais 23 ans.

Là où je voulais en venir avec cette question c’est : est-ce que ça a le moindre rapport avec ta musique maintenant ? Est-ce que tu sens que ça a quelque chose à voir avec ce que tu crées ?

C’est la grande question à laquelle on m’a demandé de répondre depuis plus d’une décennie maintenant, la relation entre la géographie et la production artistique. Où habites-tu et quel effet est-ce que ça a sur toi en tant qu’artiste ? La réponse courte est que je ne sais pas, mais ça pourrait être deux ou trois choses… Je pense que la relation entre juste profiter de ta vie, être heureux tu vois… Il y a encore une idée fausse et grossière que d’une façon ou d’une autre, afin de faire du travail sérieux à la manière de quelqu’un comme moi en fait, tu as besoin de souffrir. C’est un peu une idée romantisée que tu as besoin d’être un pitoyable bougre pour faire du bon boulot…

Pour faire de la musique pitoyable ?

Je ne suis pas certain que ça soit le cas, ça ne l’est certainement pas pour moi, je travaille mieux quand je suis dans un meilleur espace. Mais au-delà de ça, je crois que l’influence d’un endroit comme l’Islande est peut-être juste d’offrir un tout petit peu plus de recul, légèrement plus d’objectivité sur l’état du monde parce qu’en fin de compte l’Islande, pour le meilleur ou le pire, et de nombreuses fois pour le pire, ne participe pas vraiment à ça, au moins d’un aspect fonctionnel. Au contraire, je crois que l’Islande a utilisé son isolation géographique d’une manière politique, d’une manière très passive-agressive en fait, pour ne pas s’impliquer dans la crise des réfugiés par exemple. Car la vérité est que tu ne peux pas monter sur un canot pneumatique et voguer vers l’Islande parce que ce n’est pas possible, tu meurs. Les Islandais n’ont donc pas fait face à cette idée de « Qu’est-ce que je fais quand une famille de syriens désespérés débarque sur la plage ? ». Si tu n’as pas à te confronter à cette question, le moyen le plus facile de s’en occuper est de l’ignorer. Tu peux feindre ce genre de position fausse et libérale ; bien sûr que les réfugiés sont les bienvenus, mais en même temps tu ne fais absolument rien de constructif pour rendre la chose possible car l’océan Atlantique te permet de ne pas y prendre part. Et j’ai du mal avec ça, en tant que quelqu’un qui bénéficie directement de vivre dans une telle société. Mais vie est incroyablement privilégiée, mes enfants peuvent grandir dans un endroit virtuellement libre de crimes, on ne peut pas dire qu’il y a de vraie pauvreté, on n’a pas d’armée, les policiers ne portent pas d’armes, il n’y a pas de terroristes ; c’est un peu comme si toutes ces choses, tu les lis dans les journaux et elles se passent au loin. Ça établit un endroit où d’une certaine manière, je me sens plus contraint d’utiliser cette position incroyablement privilégiée que j’ai, ça me donne envie de travailler plus dur et de rendre les choses plus difficiles parce qu’à un certain niveau, je trouve que c’est une responsabilité de le faire en tant que créateur d’art. Le seul moyen que ça paraisse réellement justifié de vivre cette vie extraordinairement extravagante en comparaison est d’être sûr que c’est mérité à un niveau créatif.

Si ta musique n’est pas un produit de ta colère, de ton aigreur ou de ta douleur, qu’est-ce que tu penses y mettre ?

La majorité de mes choix, si ce n’est tous, créativement, sont guidés par une sorte d’instinct que je ne contrôle pas entièrement, pour le meilleur ou le pire. J’ai probablement fait beaucoup, beaucoup d’erreurs, et aurais pu faire les choses bien mieux si je me connaissais plus et si j’avais été plus analytique peut-être, plus objectif. Mais la plupart du temps, les choses et les idées qui m’attirent sont celles qui viennent quand je suis mon flair, il n’y a pas beaucoup de préméditation ici. Comme un chien ! Mais ça pose aussi des problèmes.

Dans quel état d’esprit es-tu quand tu sens que tu es en train de créer quelque chose d’intéressant ? Te dis-tu « Ça y est, je suis content de ça » ou « Je fais ça au hasard et on verra après » ?

Je fais de la musique depuis longtemps maintenant. Peut-être que la seule vraie force dans ce procédé, cette durée, est cette impression de confiance aveugle en cet instinct. Je pense assurément à ce que je fais, mais la plupart du temps c’est en réflexion, essayant de traiter les choses après qu’elles se soient déroulées car quand elles arrivent, je n’y réfléchis pas vraiment. On en parlait aujourd’hui avec mon ingénieur du son, cette salle a un son très différent de celle où j’ai joué il y a trois jours, c’est une pièce très hermétique et sèche, le système d’amplification est bien plus petit, mais le son sur scène est bien meilleur et je n’ai pas eu besoin de le pousser aussi loin pour être content de ce que j’entendais sur scène. Ce n’est pas seulement une question de volume, de « Ça doit exactement être aussi fort pour que j’aime ça », ce n’est pas non plus « Bon ça doit être une salle de concert pour que je sois à l’aise », « Il faut qu’il y ait ce genre de haut-parleurs pour que je sois à l’aise », « Il faut ce nombre de personnes pour que je sois à l’aise » ; il n’y a jamais une seule catégorie de choses qui définit la formule, c’est juste toujours ce… « truc » où c’est « Okay, quand les faders sont là c’est bien, mais si je les pousse là c’est amusant », mais ce n’est pas quelque chose que je peux vraiment mettre sur papier car dans chaque salle, dans chaque endroit, ça change. C’est une combinaison de toutes ces choses et d’autres également, et je suis certain qu’il y a comme un aspect émotionnel à ça.

Donc c’est à chaque fois un défi ?

Oui, mais jouer dans un espace et une pièce, juste essayer de quantifier ces choses… D’une certaine manière, j’ai l’impression que c’est impossible pour moi de le faire.

As-tu vraiment besoin de quantifier ces choses ?

C’est parfois séduisant, cette idée que tu peux le quantifier, parce que tu pourrais alors l’écrire et à partir de là, ça serait juste pareil à chaque fois. Mais parfois je pense à l’endroit, le climat, la manière dont les gens entrent dans l’espace, ce que le public apporte avec lui également… Jouer à Athènes au milieu des manifestations du Grexit était électrisant tu vois, les gens étaient furieux et ils ont tout ramené avec eux aux spectacles, ils l’ont apporté en salle et je m’en suis nourri, c’était un truc très puissant.

Que penses-tu spécifiquement du lieu ce soir ?

C’est de loin le plus gros spectacle que j’ai fait en France.

Tu préfères des petits publics et des performances intimistes ?

Là encore, ça dépend vraiment des circonstances. Dans les pires circonstances, je peux me sentir très isolé en jouant dans une grande pièce, mais dans les bonnes circonstances, jouer pour une grande foule peut être irrésistible et puissant.

Une autre question sur un sujet différent : comme tu l’as dit, tu fais de la musique depuis longtemps maintenant. Comment travailles-tu quand t’as déjà sorti des albums qui ont été de gros succès comme By the Throat ? Est-ce que ça influence ta manière de composer ? Est-ce que tu penses que tu dois répondre à un genre d’attente ou est-ce que c’est exactement pareil qu’au début ?

Si je la laisse me pénétrer, la pression est parfois paralysante. Si je suis tout à fait honnête, oui, je la ressens. À chaque fois qu’un de ces albums a du succès, ça établit un genre de seuil.

Tu penses devoir l’atteindre ?

Bien sûr. Tu sais, j’ai grandi dans une famille sportive et il y avait un grand esprit de compétition. Ce besoin de tout le temps faire monter la mise, de toujours pousser le bouchon et de devenir meilleur… Même si je déteste l’admettre, ça empiète sur tout.

Parfois, tu ne peux pas t’empêcher de quantifier le niveau de qualité qu’un album représente, et tu sens que tu as besoin d’atteindre ce niveau et de viser plus haut ?

Évidemment. Tu combines ça avec le fait que la musique en tant que marchandise se fait manger et écarter à une telle vitesse… Qu’est-ce que deux ou trois ans de mon œuvre, deux ou trois ans de ma vie ? Ça se fige en ce gros objet, et puis cet objet est très important, culturellement, pour une seconde et ensuite c’est « Quoi d’autre ? ». Peut-être que le plus difficile ici est juste d’avoir la discipline d’ignorer tout ça.

On sait que pas mal de gens pensent que certains de tes travaux, peut-être pas tous, peut-être pas les mêmes selon la personne, sont intemporels. Quand tu reviens sur tes plus anciens albums, as-tu l’impression qu’ils ont vieilli, qu’ils sont désormais dépassés et que tu ne le ferais plus, ou les apprécies-tu encore ?

Tu sais, je suis très fier d’avoir résisté au fait de laisser trop de choses se révéler au monde, et je pense que moins a définitivement été plus dans mes circonstances particulières. Je suis fier de cette discipline, de ne pas avoir sorti 20 albums avant mes 30 ans et d’avoir laissé beaucoup de choses se reposer sur un disque dur et juste ne pas se frayer un chemin vers l’extérieur. J’entre maintenant dans cette zone dangereuse où beaucoup de bandes originales et de trucs que je fais finissent par sortir, souvent sans que je puisse y faire quoi que ce soit car la nature de l’industrie cinématographique ne me donne pas de réel contrôle sur ces objets. Pour le meilleur ou le pire, beaucoup de choses qui à mon avis sont des travaux mineurs voient le jour, et tu peux te frayer un chemin à travers tous ces objets d’une façon très démocratique où des albums comme By the Throat ou Theory of Machines se trouvent juste à côté de la bande originale de Fortitude ou je sais pas quoi, n’importe lequel de ces foutus trucs que je fais. Et ne te méprends pas, je suis fier de ça, j’ai fait de mon mieux.

Tu ne les mets juste pas au même niveau.

Oui, ce n’est pas la même chose, ça ne signifie pas la même chose pour moi. Mais en tant que public, en tant qu’auditeur, qui peut vraiment faire la différence, à moins que tu n’y prêtes vraiment attention ?

Il y a beaucoup de gens qui peuvent faire la différence.

C’est sûr, mais je veux dire dans l’ensemble, l’auditeur moyen n’est pas vraiment assez conscient du fait qu’une chose est une bande-son qui est écrite comme une contrepartie à un travail visuel ou autre, et qu’une autre est un album qui a été écrit comme un objet autonome. Je pense que cet aspect est frustrant, et c’est dangereux. Je ne veux pas être compositeur de musique de film, je ne l’ai jamais voulu. C’est quelque chose que je peux faire pour mettre mes enfants à l’école, parfois j’y prends plaisir car c’est un exercice puissant de travailler face à un objet immobile comme un film. Dans sa meilleure forme, ça peut vraiment être stimulant et excitant de travailler avec des films, de collaborer avec des réalisateurs, des scénaristes et des acteurs… Mais c’est un truc différent, ça veut dire autre chose. Ça ne vient pas de la même partie de ma tête.

Parlons de ton dernier album alors. J’ai d’abord vu The Centre Cannot Hold comme une bête sauvage, une histoire de violence, mais il y a aussi un sentiment de beauté et d’innocence dans l’arrière-plan quand tu continues de l’écouter. Ça sonne très ambivalent pour moi, comme si tu te battais contre quelque chose, et je me demande quels sont les monstres dont tu as peur ?

Je crois qu’il y a peut-être deux aspects à la création d’un album, pour simplifier. L’un d’eux est la musique elle-même tu vois, moi en tant que musicien, en tant que technicien du son, quelqu’un qui traite l’audio et la musique comme une entité. Il y a des choses que j’essaye de faire ici qui sont d’avancer sur ces plans, comment faire quelque chose qui est techniquement nouveau, musicalement et compositionnellement excitant, quelles sont les idées pour essayer de forger un nouvel espace qui est différent de ce que tu as entendu avant, ou au moins différent de ce que j’ai fait avant mais aussi différent de ce qu’il y a autour peut-être. Avancer sur le plan musical, c’est un de ses aspects, mais il y a aussi l’autre aspect de « Où j’en suis dans ma vie à ce moment ? De quoi a été faite cette période de deux ou trois ans de ma vie ? Et puis comment ces choses se coupent ? »

Et qu’est-ce que tu y as mis durant ces trois ans ?

Ce fut une période très tumultueuse de ma vie, mais aussi juste culturellement, où en sommes-nous maintenant ? C’est la première fois de ma vie que j’ai ressenti que l’endroit vers lequel le monde se dirigeait a été remis en question. Je sais que je ne suis pas seul à me sentir comme ça, je pense que c’est un truc générationnel, on n’a jamais fait la guerre, en tous cas la plupart d’entre nous ne l’ont pas faite, et on n’a jamais vraiment eu affaire à de vraies épreuves. C’est comme si la génération post-guerre avait eu la vie facile, et on a été bercé dans ce faux sentiment de sécurité et de croyance que cette période dans laquelle nous sommes nés était comme c’est ou comme ça a toujours été ; ce genre de stabilité, de calme relatif est en fait l’exception et non la règle. Et je crois que la manière dont les années Obama nous ont donné ce visage reluisant de politique libérale et progressiste a en fait dissimulé le fait qu’elles étaient très chargées tu vois ? Les drones bombardant sans cesse le Moyen Orient, tout comme l’administration actuelle le fait, c’est juste qu’il l’a réalisé avec plus de grâce, avec un côté plus instruit qui s’exprime bien, et maintenant on a ce monstrueux et hideux visage pour tout ça et c’est contrariant. On a des idéologies nationalistes qui émergent d’une façon qui semble nouvelle mais ce n’est pas nouveau, ça a toujours été là, c’était juste caché, en quelque sorte étouffé. Mais maintenant ça ressort d’une manière ouverte et c’est choquant. L’instabilité que je ressens, ce sentiment de malaise et de fugacité a directement contaminé mon existence en tant que personne, mais plus encore ça a contaminé comment je travaille, et peut-être plus qu’avec d’autres albums. Être conscient de ça, de comment mon corps se sent dans le monde a directement impacté la manière dont j’ai approché la musique. C’était bien plus conscient pour moi et cette musique est agitée, elle est mobile. Toutes ces lignes horizontales en musique ne sont pas statiques, elles sont infiltrées de mouvements et de changements constants. Il n’y a aucun moment stable sur l’album, et j’aimerais croire que les points se connectent d’une façon ou d’une autre, qu’ils s’alignent. Peut-être que c’est un album plus personnel à cause de ça, il est certainement plus transparent.

Et est-ce encore personnel quand quelqu’un d’autre est impliqué comme dans The Centre Cannot Hold ?

Au contraire, travailler avec Steve Albini c’est rester dans ce moment car le danger de travailler comme je travaille, la beauté, la vraie attraction d’être né dans cette première génération de gens qui a eu accès à des appareils d’enregistrement digital portables, c’est qu’on pouvait s’asseoir dans nos chambres et enregistrer de la musique. J’ai passé toute ma carrière à régler les micros de la guitare que j’allais enregistrer, et je ne l’ai jamais remis en question car c’est juste devenu une partie du processus. Ingénieur du son, compositeur, producteur, mixeur, c’est la même foutue chose, et ça l’a été durant toute ma carrière, jusqu’à maintenant. Et c’est de quoi cet album traite vraiment, à un niveau technique, remettant juste en question cette idée précise disant : « Okay, qui es-tu maintenant si tu enlèves ça ? Et si tu n’enregistres pas tout ? Et si tu n’es pas aux commandes ? Es-tu toujours le même artiste, la même personne, fais-tu la même musique, est-ce que ta musique est bien ? ». C’est comme balancer tout ça en l’air et voir si tu peux toujours le faire fonctionner tu vois ?

Et es-tu parvenu à une conclusion après avoir créé cet album, concernant cet ensemble spécifique de questions ?

Oui, je pense que ça a mis beaucoup de choses que je n’ai jamais vues avant en lumière. Ça m’a forcé à écrire plus de musique, j’ai écrit beaucoup plus de musique que je n’ai jamais écrit avant, bien plus car je me suis interdit la possibilité de toucher les microphones et de finir quoi que ce soit. Tout n’était qu’écrire des mélodies et des chansons, et puis en les emmenant à Chicago pour être enregistrées, ça a séparé ce processus et divisé l’ensemble, donc mon rôle était très différent de ceux que j’avais pris auparavant. De cette manière au moins, j’espère que c’est un album différent, même si je ne sais pas si c’est meilleur.

Dotflac et Ehoarn



ENGLISH VERSION | Ben Frost : Thresholds of tolerance

The most Icelandic of the Australians came to the Trianon the 4th of October, to present his new album The Centre Cannot Hold for the opening of the Biennale Némo. Not content with taking Slav movers uppercuts during one hour that could have probably stretched if the staff didn’t come to calm the voracious ardor of the artist, we had the opportunity to interview Ben Frost just before his show. The occasion to talk about his music, but also the doubts, the frustrations and the instability that penetrated it.


Hello Ben. How are you?

I’m fine yeah, I’m good.

How do you feel about your next performance?

I’m excited about this music and about playing it live. I mean it’s new, and anything new is always kind of interesting to me.

Apart from answering our very professional questions, what did you do or not today to prepare for the show? Did you enjoy the day in Paris?

I always enjoy Paris. I like this town, I enjoy the tempo of the city, it’s the right tempo. It’s not too fast and not too slow, the people move at the right pace yeah, I always enjoy that.

I’m sure you’re saying that because you don’t know Paris! Have you been spending some time in there?

Yes, I’m here at least a few times a year.

For professional projects or your own pleasure?

No, mostly for work.

So you originated from Australia, and live in Iceland now…

I’ve lived in Iceland for… 13 years now?

And sorry if it might be a question everybody asked you before, but what brought you to Iceland?

Well that is the question everybody is asking me all the time, congratulations! I think, it was a very long time ago, I was a very young man and it just seemed like a good idea. It was very easy you know? No responsibilities, no family, no possessions really… I just kind of moved to the other side of the world, it didn’t seem like a big deal. I was 23 years old.

Where I wanted to go with this question is: does it have anything to do with your music right now? Do you feel it has anything to do with what you are creating?

This is the big question that I’ve been asked to address for over a decade now, the relationship between geography and artistic output. Where do you live and how much effect that has on you as an artist? The short answer is I don’t know, but it could be a couple of things… I think that the relationship between just enjoying your life, being happy you know… There is still a gross misconception that somehow, in order to make serious work in the way somebody like me makes work, you need to suffer. It’s a kinda romanticized idea that you need to be a miserable bastard to make good work…

To do miserable music?

I’m not sure that’s the case, that’s certainly not the case for me, I do better work when I’m in a better space. But beyond that, I think that maybe the influence of a place like Iceland is just a little bit more of withdrawing, slightly more objectivity on the state of the world because ultimately Iceland, through better or worse, and in many cases worse, is not really participating in that, at least in a functional way. If anything, I think Iceland has kind of used its geographical isolation in a political way, in a very passive-aggressive way actually, to not engage with the refugee crisis for example. Because the fact of the matter is you can’t get on a rubber boat and sail to Iceland cause it’s not possible, you die. So Icelanders haven’t had to be confronted with this idea of « What do you do when a family of desperate Syrians lands on the beach? ». If you don’t have to confront that question, the easiest way to deal with it is to ignore it. You can feign this sort of faux, liberal standpoint; of course refugees are welcome, but at the same time you don’t do anything remotely constructive in order to actually make that a possibility because the Atlantic ocean is protecting you from participating to that in any way. And I struggle with that, as somebody who directly benefits from living in a society like that. My life is incredibly priviliged, my kids get to grow up in a place with virtually no crime, there is no real poverty to speak of, we don’t have an army, the cops don’t carry guns, there is no terrorists; it’s very like all of these things, you read about it in the newspapers and they happen at a distance. That sets up a place where in some way, I feel more compelled to use this incredibly privileged position that I have, it makes me want to work harder and make things more challenging because on some level I feel it’s a responsibility to do that as an art maker. The only way it really feels justified to live this extraordinarily extravagant life in comparison is to make sure it’s kind of earned on a creative level.

If your music is not a product of your anger, or bitterness or pain, what do you think you put into it?

Most of, if not all of my moves, creatively, are guided by some kind of instinct that I’m not really fully in control of, for better or worse. I probably made many many mistakes, and could have done things a lot better, had I been more self-aware and more analytical maybe, more objective. But most of the time, the things and the ideas I’m drawn towards are ones that come when I’m following my nose, there’s not a lot of premeditation there. Like a dog! But there are problems with that too.

What state of mind are you in when you feel you are creating something interesting? Do you think « That’s it, I’m happy with it » or « I’m just doing this randomly and we’ll see afterwards »?

I’ve been making music for a long time at this point. Maybe the only real strength in that process, that length of time, is this sense of blind trust in that instinct. I definitely think about what I’m doing, but most of the time it’s in reflection, trying to process things after they have occured because when it’s occuring, I don’t really give it that much thought. We were talking about this today with my sound engineer, this venue has a very different sound than the venue I played three days ago, it’s a very tight and dry room, the PA (Public Address system) is much smaller, but the sound on stage feels much better and I didn’t need to push it as far in order to feel good about what I was hearing up on stage. It’s not just a question of volume, of « It needs to be exactly this loud for me to like it », it’s also not « Okay it needs to be a concert hall in order for me to feel good », « It needs to be this kind of speakers for me to feel good », « It needs to be this number of people for me to feel good »; there is not one kind of thing that is ever the defining formula, it’s always just this… « thing » where it’s like « Okay, when the faders are here it’s okay, but if I push them there that’s fun », but that’s not something that I can really write down on a piece of paper because in every venue, in every place, that changes. It’s a combination of all those things and some others as well, and I’m sure there is like an emotional aspect to that.

So it’s a challenge each time?

Yeah, but playing in a space and a room, just trying to quantify those things… In a way, I feel like it’s impossible for me to do that.

Do you really have to quantify those things?

Sometimes it’s alluring, this idea that you could quantify it, because then you could actually write it down and from then on, it would just be like that every time. But sometimes I think about the location, the climate, just the way people come into the space, what the audience brings in as well… Playing in Athens in the middle of the Grexit protests was electrifying you know, people were pissed and they brought it all to the shows, they brought it into the room with them and I fed off it, it was a really powerful thing.

What do you feel about the place tonight specifically?

It is by far the biggest show I’ve ever done in France.

Do you prefer small crowds and intimate shows?

Again, it really depends on the circumstances. In the worst circumstances, I can feel quite isolated by playing in a big room, but then in the right circumstances, playing to a big crowd can be pretty overwhelming and powerful.

One other question on a different subject; as you were saying, you’ve been creating music for a long time now. How do you work when you already released albums that have been a complete success such as By The Throat? Does it influence the way you’re composing? Do you think you have to fill some kind of expectation or is it completely the same as it was in the beginning?

If I allow it in, the pressure is crippling sometimes. If I’m being completely honest, yeah, I feel it. Everytime one of these records is successful, it sort of sets up a threshold.

Do you think you have to reach it?

Of course. You know, I grew up in a sport-oriented family and it was very competitive. This need to keep upping the ante, to keep pushing envelopes and getting better… As much as I hate to admit it, it encroaches into everything.

Sometimes you can’t help quantifying the level of quality an album represents, and you feel you have to reach that level and aim higher?

Yes, of course. You combine that with the way that music as a commodity becomes eaten and pushed aside with such speed… What is two or three years of my work, two or three years of my life? It becomes congealed into this thick one object, and then that object is really important, culturally, for like a second and then it’s « What next? ». Maybe the hardest thing there is just having the disciplin to ignore all of it.

We know a lot of people think that some of your works, maybe not all of them, maybe not the same depending on the person, are timeless. When you go back to your oldest albums, do you feel they have grown older, that it’s passed now and that you wouldn’t do this anymore, or do you still like them?

You know, I’m very proud of the fact that I’ve resisted allowing too much out into the world, and I think less has definitely been more in my particular circumstance. I’m proud of that disciplin, that I didn’t release 20 records before I was 30 and allowed a lot of things to sit on a hard drive and just not make their way to the outside. Now I’m entering this dangerous zone where a lot of the soundtrack work and stuff I’m doing end up being released, often without anything to do with me because the nature of film industry doesn’t give me real control on those objects. For better or worse, a lot of things that in my opinion are minor works are making their way into the world, and you can navigate all of these objects in a very democratic way where albums like By the Throat or Theory of Machines sit right next to the soundtrack to Fortitude or whatever, any of these fucking things that I do. And don’t get me wrong, I’m proud of that stuff, I did my best.

You just don’t put them at the same level.

Yeah, it’s not the same thing, it doesn’t mean the same thing to me. But as an audience, as a listener, who can really tell the difference, unless you are really paying attention?

There is a lot of people who can tell the difference.

Sure, but what I’m saying is by and large, the average listener is not really aware enough of the fact that one thing is a soundtrack which is written as a counterpart to a visual work or something else, and an other is an album which has been written as a standalone object. I think that part is frustrating, and it’s dangerous. I don’t want to be a film composer, I never did. It’s something I can do to put my kids through school, sometimes I enjoy it as it is a powerful exercise to work against a fixed object like a film. In its best form, it can be really challenging and exciting to work with films, to collaborate with directors, writers and actors… But it’s a different thing, it means something else. It doesn’t come from the same part of my head.

Let’s talk about your latest album then. I first saw The Centre Cannot Hold as a savage beast, a story of violence, but there is also a sense of beauty and innocence in the background if you keep listening to it. It sounds really ambivalent to me, like if you were battling something, and I’m wondering what are the monsters you’re afraid of?

I think there are two aspects in making records maybe, to simplify it. One of them is the music itself you know, me as a musician, as a sound technician, somebody who’s dealing with audio and music as an entity. There’s things I’m trying to do there that are about pushing those ideas forward on those fronts, how to make something that is new technically, exciting musically and compositionally, what are the ideas to try to forge a new space that’s different to what you’ve heard before, or at least different to what I’ve done before but also different to what’s around maybe. Pushing forward on the musical front, that’s one aspect of it, but then there is the other aspect of « Where am I in my life at this moment? What has this period of two or three years been about? And then how do those things intersect? »

And what did you put in during these three years?

It’s been a very tumultuous period of my life, but also just culturally, where are we at right now? It’s the first time in my life that I’ve ever felt the place I thought the world was heading to has been turned into question. I know I’m not alone to feel that way, I think it’s a generation thing, we’ve never fought a war, well most of us haven’t, and we never really had to deal with any true hardship. It’s like the post-war generation has had it very easy, and we’ve been lulled into a false sense of security and belief that this period we’ve been born into was how it is or how it’s always been; this sort of stability, relative calm is actually in fact the exception and not the rule. And I think that the way the Obama years gave us this shiny face of liberal, progressive politics has obscured the fact that it was very busy you know? Drone bombing the crap out of the Middle East, just as much as the current administration is, it just that he did it with more grace, with more of a well-spoken educated face, and now we have this ugly monstrous face for all of this and it’s confronting. We have nationalist ideologies coming forward in a way that it feels new but it’s not new, it’s always been there, it has just been hidden, kinda suppressed. But now it’s coming out in a way that’s overt and it’s shocking. The instability that I feel, this feeling of unease and impermanence has directly infected my state of being as a person, but furthermore it infected how I work, and maybe more than with other records. Being conscious of that, of how my body feels in the world has directly impacted the way I’ve approached music. It’s been far more conscious to me and this music is agitated, it’s moving. All of these horizontal lines in music are not static, they’re infiltrated with constant movement and change. There is no stable moment on the record, and I would like to think the dots somehow connect, that they line up. Maybe it’s a more personal record in some ways because of that, it’s certainly more transparent.

And is it still personal when you have someone else involved like you did with The Centre Cannot Hold?

If anything, working with Steve Albini is about staying in that moment because the danger of working like I do, the beauty, the real attraction of being born into this first generation of people who had access to portable digital recording devices, is that we could sit in our bedrooms and record music. I’ve spend my entire career micing up the guitar that I was gonna record with, and I never questionned it because it’s just become part of the process. Recording engineer, composer, producer, mixer, it’s all the same fucking thing, and it has been for my entire career, until now. And that was really what the record was about, on a technical level, just questionning that very idea saying: « Okay, now who the fuck are you if you just take this away? What if you don’t record all stuff? What if you’re not in control? Are you still the same artist, the same person, do you make the same music, is your music any fucking good? ». It’s like throwing that stuff in the air and seeing if you can still make it work, you know?

And have you reached a conclusion after creating this album concerning this particular set of questions?

Yeah, I think it brought a lot of things to light which I’d never seen before. It forced me to write more music, I wrote a lot more music than I’ve ever written before, way more because I denied myself the ability to touch microphones and finish anything. It was all just about writting melodies and songs, and then by taking it to Chicago to be recorded, it separated that process and divided the whole thing, so my role was very different to the ones I’ve taken before. In that way at the very least, it’s a different record I hope, even if I don’t know if it’s better.

Dotflac and Ehoarn

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