Trompette boréale au Café de la danse

Dans le noir presque complet de la scène, on distingue à peine les trois musiciens. Une trompette, une batterie, une guitare. Formation simplissime. Derrière la trompette, Nils Petter Molvaer. Première note, un souffle délicat sort du tuyau, feutré comme seul cet instrument peut le faire.

Nous sommes assis par terre, avec les quelques énergumènes qui ont préféré être au plus près de la scène plutôt que confortablement vissés sur un siège ou surplombant la salle depuis le balcon-bar du Café de la danse. Il me faut quelques minutes pour vraiment rentrer dans la musique. Mais une fois cette progression achevée, c’est un délice. Qui nous fait rapidement oublier la demi-heure d’attente dans la pluie et le froid de la rue de Lappe.

Sur le papier, Nils Petter Molvaer fait du « nu-jazz » : les sonorités du jazz passées au tamis des outils de l’électro. Derrière la douceur du timbre de sa trompette, ça grince, ça siffle. On est toujours sur le fil, jamais bien loin de la dissonance. Parfois, il est accompagné d’une guitare lancinante, diaboliquement régulière. Le genre qui fait basculer lentement, très lentement, tout mon corps d’avant en arrière. Sur d’autres, je me contente de rester presque allongé, pendant que le guitariste fait glisser un archet sur ses cordes. Le batteur, lui, soupire dans son micro. Il y a des musiques sur lesquelles je veux danser. Sur lesquelles il FAUT. Celle-là, c’est tout le contraire.  Les yeux fermés, je suis tout ouïe. Elle fait le vide et m’emplit de sa présence.

A un moment, Nils s’éclipse et laisse la scène à ses deux compagnons. Le batteur abandonne les baguettes, se saisit lui aussi d’un archet et commence à le balader sur son égoïne. Ca grince encore plus. Les yeux toujours clos, je me laisse entraîner loin, très loin. Entre les deux musiciens, la tension monte. Puis d’un coup, brutalement, un troisième son s’ajoute. Il est revenu. Toujours aussi délicat et pourtant, sa trompette me transperce. Un frisson parcourt mon corps.

Un instant plus tard, la musique s’énerve pour de bon. La guitare est violente, presque rock. Le batteur se révèle, tout simplement brillant. Nils devient acide et nous balance des aigus bien électriques. Puis la pression retombe. Retour au calme, on y goûte encore mieux maintenant.

Pendant tout le concert, des images sont projetées derrière le trio. Au départ, ce ne sont que des lumières, puis des traits balbutiants sur la brique. Des silhouettes apparaissent tour à tour, celles de musiciens, retravaillées et diffusées instantanément. Il n’y a que les contours, en un trait frissonnant et électrique qui transperce l’obscurité de la salle. Comme un Sfar fantomatique. Porté par la musique du trio, c’est totalement hypnotisant…

J’avais déjà croisé Nils Petter Molvaer il y a quelques années, au BBC. C’était bien. Je ne connaissais de lui qu’un seul disque, Khmer. J’aimais bien. Pourtant, jeudi soir, c’était clairement un cran au-dessus. Il faut écouter son dernier album, Baboon Moon. Mais, c’est en concert qu’on prend vraiment la mesure de son génie.

Colin

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