Orgasme brésilien

Disons qu’il m’a fallu une semaine pour digérer cette soirée. Jeudi dernier, j’avais dû renoncer à aller écouter Igorrr parce qu’Amon Tobin était à l’Olympia. Disons-le d’emblée, pour que ce soit bien clair : c’était une tuerie. Il paraît qu’il y avait Lorn en première partie, mais Tobin m’a tellement subjugué que j’ai eu un peu de mal à me le remémorer en sortant.

Sur scène, le brésilien nous jouait donc son dernier album, Isam. Quand il est sorti, je me souviens que je n’avais pas accroché. Ce n’était pas ce à quoi je m’attendais, c’était trop différent de ce qu’il avait fait jusqu’à maintenant. Je ne comprenais pas. Maintenant, si : c’est la bande-son du concert. Parce que le show de Tobin est bien au-delà d’une simple prestation de musique électronique. C’est un véritable spectacle, autant visuel que sonore. Première chose si vous devez aller l’écouter jouer Isam sur scène : n’imaginez même pas danser. Et mettez vous en bonne position pour reluquer la scène.

Un amas de cubes blancs, empilés, les uns sur les autres. Comme un Tetris géant. Un écran tout en volumes anguleux : dessus sont projetés une suite d’images qui reflètent l’univers de Tobin. Fantastique, mécanique, industriel et galactique. Froid par moments, violent d’autre fois. Poétique souvent. Certaines sont figuratives, d’autres complètement abstraites. Du vaisseau spatial très Star Wars – ceux des vieux épisodes, pleins de mécanismes extérieurs, pas ceux tout lisses des récents – à des formes qui se baladent et se métamorphosent au rythme des basses.

Essaim d’abeilles métalliques

Bon, au bout d’un moment, on se dit que c’est bien joli tout ça, mais il manque quelque chose : Tobin. On a le son, on a l’image, il manque l’artiste. Et puis à l’intérieur du grand cube central, une lampe s’allume et révèle la silhouette du Brésilien. Il est au cœur de la structure. On distingue sa barbichette et sa casquette, ses platines. On ne l’aperçoit qu’un instant, avant qu’il ne disparaisse à nouveau, pour réapparaître plus tard, par intermittence, jamais longtemps.

La musique est à l’image de cette ambiance visuelle. Torturée comme si elle était le produit d’une industrie lourde incontrôlée. Glitch parfois, pleine de petits sons qui fourmillent comme un essaim d’abeilles métalliques. Parfois, il n’y a que cet entrelacs de petits sons, parfois une espèce de presse hydraulique vient nous marteler les tympans à coup de grosses basses. Des impressions mécaniques corroborées par les images de turbines et autres machines en symbiose avec la musique. Un seul regret sur le plan sonore : le calage parfait de la musique sur l’image ne laisse aucune place à l’improvisation et à un grain de folie supplémentaire. Le show est millimétré, c’est beau et efficace, mais ce qui fait la richesse d’un concert c’est souvent aussi l’inattendu et la surprise. Même si je dois bien dire que je n’avais pas tout à fait prévu de me prendre une telle claque…

Malheureusement, à un moment ça s’arrête. On se doutait qu’une telle performance ne pourra pas durer trois heures, mais on n’en redemande. Il en redonne un peu, mais ça ne suffit jamais. Abasourdi, on regarde encore la scène quand la lumière s’allume. Chacun se regarde incrédule, comme pour avoir la confirmation de son voisin qu’il n’a pas rêvé. Il semble bien que nous ayons tous vécu la même transe. Je dois même souffler un petit instant avant d’être capable de me retourner et de me diriger vers la sortie.

Colin(avec quelques morceaux de Nils dedans)

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