Ruby My Dear : «Récupérer les restes et les modeler»

C’est désormais officiel, Remains of shapes to come, le dernier opus de Ruby My Dear, sort le 29 juin… autrement dit : là.

Pour l’occasion, Ruby My Dear a accepté de répondre à certaines de nos questions. Il nous parle (évidemment) de son nouvel album, mais aussi (et surtout) de ses inspirations, de sa vision de la musique, de sa musique, de ses codes et de son avenir.

Pour celles et ceux (oui, il en reste toujours 2 ou 3 dans ce genre de situation) qui ne l’auraient toujours pas écouté, voici Karoshi, le premier extrait livré il y a un mois :

L’album est disponible (à partir du 29, donc) directement sur le site de Ad Noiseam. Vous trouverez également pas mal d’autres infos, notamment ses futures dates, sur son tumblr. Review à venir très prochainement, stay tuned…

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Tartine de Contrebasse : Pour tous les ingrats qui ne te connaissent pas encore, comment te présenterais-tu ? Comment décrirais-tu ta musique en quelques mots (si c’est possible) ?

Ruby My Dear : IDM/Breakcore/Jungle version courte…

Pourquoi “Ruby my dear” ? C’est d’abord un standard de jazz assez éloigné de ce que tu fais ? Est-ce que tu peux nous parler de tes influences musicales ?

J’ai démarré sous le pseudo Doc colibri, mais au bout de 2 ans avec ce nom j’avais envie et besoin d’un nom qui résonne moins comme une blague. je voulais qu’il y ait une référence dans le nom, à cette époque j’écoutais pas mal de jazz. Du coup j’ai cherché par là. Ruby my dear sonne bien, j’aime la manière de jouer de Thelonius Monk.
Il n’y a pas de jazz dans le sens strict du terme dans ma musique, c’est certain. Mais peut-être dans certaines ambiances, lorsque j’essaie de créer des ambiances feutrées et enfumées, de crépitements de vinyl, et j’aime bien le décalage entre la ballade classique de jazz et le breakcore.
Mes influences sont plutôt variées : l’électronique de Planet Mu, Hardcoredigital, Detroit Underground, Jarring Effects bien sur, Warp et Ninja Tune mais également Bigdada et puis il y a tous les projets de Mike Patton, Dan the automator, Radiohead, Portishead, Dillinger, le mythique album de Refused, Amon Tobin, Venetian Snares,  Afx, Squarepusher.

Pourquoi ne pas avoir signé plus tôt ? Par rapport à tes travaux précédents, quelle différence cela fait-il d’avoir signé chez un label comme Ad Noiseam ? Qu’est-ce que tu attends d’une collaboration avec Ad Noiseam ?

J’ai commencé comme beaucoup, en envoyant des 4 titres à des petits netlabels sans aucune prétention, en espérant que quelques personnes les téléchargent et maintenant, je sors un album en dur sur le label le plus actif dans le genre. Donc c’est surtout très jouissif. Je ne  m’attendais pas à en arriver là. En l’espace d’un peu plus d’un an j’ai sorti un remix de Dj shadow (sélectionné et produit sur le label de Monsieur Shadow) et des morceaux sur Acroplane, Peace off et maintenant un album sur Ad Noiseam. Aujourd’hui, je suis un peu inquiet par rapport à la sortie de cet album : savoir si ça va plaire. Parce que sortir un album sur Ad Noiseam c’est pas une finalité, j’espère pouvoir en sortir d’autres !

Il y a quelque chose d’assez indescriptible dans l’ambiance générale qui se dégage de ton travail… on a pu entendre des morceaux très… disons, enjoués, résolument délirants, qui revendiquent un certain n’importe quoi, et d’autres très lourds, sombres, parfois presque nostalgiques, étonnamment calmes, parfois ça se joue à quelques dizaines de secondes (je pense en particulier à la fin de 7C0). Est-ce que c’est difficile pour toi de trancher entre les différentes ambiances à insuffler à tes morceaux ?

Je crois tout simplement qu’il est possible de marier toutes ces ambiances. Et c’est ce que j’aime faire. Passer d’une ambiance très calme, mélancolique à un déchainement de break. Je trouve ça intéressant à faire. A mon goût un morceau est bon lorsqu’il n’est pas monotone, qu’il y a des changements, qu’il n’y a pas une seule ambiance. Et pour que les breaks soient plus puissants il faut qu’il y ait des moments de calmes. Alors ça me semble naturel d’introduire dans mes morceaux ces ambiances, même à des intervalles de temps courts. C’est un peu ça le breakcore : beaucoup de breaks et de changements de rythmique.

Pourquoi autant de morceaux en 7 temps ? Est-ce que c’est une contrainte que tu te mets ? Ou la façon la plus naturelle d’exprimer tes sons ? Ou un pur hasard ? (ou une référence, un hommage ?)

Quand j’ai commencé à composer, je cherchais une métrique différentes du 4/4. J’ai testé différents trucs et finalement le 7/4 s’est imposé. Je trouve que ça convient parfaitement au genre. Ça donne l’impression d’avancer un peu plus vite en mangeant un temps.

Tes morceaux sont parsemées d’extraits de dialogues improbables. Où vas-tu chercher tout ça ?

C’est souvent des extraits de films que je regarde, ou des documentaires. C’est vrai que j’aime bien ça et puis la voix est un instrument que tout le monde comprend, tout le monde est habitué et connait sa sonorité.

Dans le morceau Inek, l’intro est résolument reggae, c’est presque relaxant, jusqu’au moment où l’on entend “get me the fuck out of this track !!”, et ensuite c’est le déchaînement jubilatoire. ça sonne comme un pied de nez, mais pourtant, ton oeuvre n’est pas dénuée de références à ces musiques, via les voix surtout. Est-ce que l’utilisation de ces voix est un vaste délire ou bien est-ce que c’est une composante essentielle pour toi ?

Tout d’abord, le reggae/ragga n’est pas une influence pour moi, je n’ai jamais écouté ces genres de musique. C’est plus comme une grande banque de son… j’utilise ce genre de voix pour donner de l’énergie au morceau.

J’ai cru comprendre qu’on avait parfois comparé ton travail à celui de Venetian Snares (je me trompe ?). Pour moi, vous n’avez pas du tout la même approche, mais bon, peu importe. Penses-tu que, dans un genre aussi jeune que le breakcore, il soit possible de s’affranchir des “maîtres” pionniers, toujours aussi productifs, et qui continuent à explorer toutes les sonorités possibles et imaginables ?

Je crois que pour avancer il faut s’inspirer de ce qui a été fait. C’est valable pour tous les styles je pense. Quelque-chose de neuf ne sort jamais de nulle-part. Donc oui je suis influencé par Venetian Snares mais aussi par beaucoup d’autres . Je comprends que l’on me « compare » à lui : je fais du breakcore en 7/4 donc forcément ça incite à faire le rapprochement. J’ai commencé à écouter du breakcore grace à lui. Il m’a initié à ce style et donc j’ai appris les « codes » de cette musique avec ses productions.

Comment vois-tu l’avenir du/des breakcore(s) ? Est-ce que tu pense que ces musiques au public somme toute assez restreint peuvent séduire plus largement sans perdre de leur saveur ?

Bon je ne suis pas un théoricien de la musique mais dans les dernières années ce style a été un peu abandonné, il y a eu que très peu de soirées breakcore. Mais je crois que de bonnes choses arrivent, notamment chez Ad Noiseam (un nouvel album de Igorrr, Whourkr, Techdiff). Le style ne se relancera que si de « gros label » se remettent à en produire. Et je crois que c’est en train de se passer.

Justement, en parlant d’Igorrr et de Whourkr, ce sont des sons nouveaux, à limite entre le breakcore, le métal, et plein de vrais morceaux de plein d’autres trucs dedans, bon, c’est un joyeux bordel quoi, est-ce que tu penses qu’on peut continuer à produire du breakcore novateur sans aller piocher largement dans d’autres styles comme le font Igorrr et d’autres ?

Non, je pense que pour faire évoluer un style de musique, il faut dépasser les codes et piocher ailleurs. D’ailleurs, il me semble que c’est le cas dans n’importe quel art : si l’on s’en tient aux codes de départ, ça finit par être sclérosé. Igorrr est très novateur pour cette raison, il ouvre de nouvelles perspectives en mélangeant les genres. Et puis le métal a toujours été associé au breakcore, l’énergie est la même.

Et maintenant, c’est quoi la suite pour toi ? Est-ce que tu penses pouvoir (et vouloir) vivre de ta musique ? Qu’est-ce que tu aimerais faire maintenant ?

C’est la sortie de l’album sur Ad noiseam. J’ai un EP qui doit sortir en téléchargement libre sur TheCentrifuge, ce sont 6 morceaux acid que j’ai fait en juin 2011. Il y a une première partie que j’ai réalisé qu’avec des émulations de vieilles machine. J’ai un autre projet en cours : un duo plus downtempo avec une chanteuse. Et des dates qui arrivent…

Est-ce que tu peux nous parler un peu de cet album qui va sortir ? est-ce que tu as eu une approche radicalement différente ? Est-ce que tu as changé quelque chose en particulier, ou penses-tu avoir essayé de faire ce que tu sais faire de mieux, le mieux possible, sans s’aventurer encore trop sur les sentiers inconnus ? T’en es content ?

Ça fait un moment que je l’attendais celui-là ! Cet album est un assemblage de morceaux que j’ai fait en 2011 dans la lignée des 2 EP que j’ai sorti sur Acroplane et Peace Off.
Il y a beaucoup de choses là dedans je crois, énormément de samples, des grosses basses, des voix de chant lyrique et des avalanches de beats : c’est peut-être ça, ce que je sais faire. Partir de différentes influences, se servir de pleins de styles, et voir où ça m’entraîne. Je n’avais pas une idée prédéfinie du résultat. D’où le titre : récupérer les « restes » et les modeler à ma façon. Il fait référence aux albums de Refused et Ornette Coleman. J’ai du mal avec les mots, donc je me sers de référence pour tenter de définir un peu ce que je fais, c’est plus simple.

Comment envisages-tu la performance live ? Disons-le tout net, pour t’avoir vu en live (à l’International) je n’ai aucune idée de la façon dont tu procèdes. Est-ce que tu pourrais expliquer aux néophytes ce que tu fais ?

Et bien je lance des séquences, je les mixe et j’y ajoute des effets. C’est assez difficile pour moi de créer mes lives : je n’ai jamais été un DJ donc l’enchainement de morceaux c’est un peu loin de moi. Mais j’essaye  un maximum d’y mettre des ambiances, de longs breaks sans rythmiques pour bien entrer dans les morceaux. Je trouve ça important, ça équilibre le set.

Est-ce qu’il y a des artistes avec qui tu aimerais travailler ?

Ce qui m’intéresse, c’est de travailler sur des projets intéressants et originaux. Après, peu importe l’artiste. En ce moment, je suis sur un morceau en collaboration avec Vaetxh; il faut écouter ce qu’il fait, cet homme vient du futur…

Est-ce que tu peux nous parler de la façon dont tu crées un nouveau morceau ? Quelles sont les étapes ?

Je n’ai pas vraiment une seule méthode pour créer un morceau. La plupart du temps je compose la mélodie en premier, et ensuite j’y mets la rythmique en fonction des sonorités. Mais ça peut varier : je peux partir d’une idée globale et chercher les sons qui conviennent. Ou encore simplement partir d’une rythmique, d’un sample ou d’une basse…

Qu’est-ce que ça fait, physiologiquement, de remixer Whourkr ?

Au début on a les tétons qui se dressent,
et des envies de steak de loutre apparaissent,
alexandrins, rimes plates presque riches…

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Espérons donc que Remains of Shapes to Come nous fasse le même effet…

Propos recueillis par Ehoarn

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Un commentaire

  1. _Cherea_

    Ce ne sont pas des alexandrins mais des undécasyllabes dans la dernière réponse de RMD…
    Assez cohérent pour un artiste qui fait du breakcore en 7/4!
    « De la musique avant toute chose
    Et pour cela préfère l’impair » P. Verlaine

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