L’Érable révolté

Chez Godspeed You! Black Emperor, on ne fait jamais rien comme tout le monde. Alors évidemment, quand il s’agit de sortir un nouvel album, après 10 longues années de (quasi)silence, alors même que les fans s’éteignent et que les peuples crient leur désespoir issu de cette insoutenable attente… bah on prévient quinze jours avant, ni plus ni moins.
Totalement ancrés dans leur monde anti-com’, anti-marketing, anti-lobbying et anti-pas mal d’autres trucs, nos joyeux montréalais sont des habitués des parcours atypiques : le nom du groupe est issu d’un reportage japonais sur un groupe de motards, leur première production, datant de 1994, fut produite sur cassettes audios à seulement 33 exemplaires… Pas de Facebook, de Twitter, à peine une page officielle sur le site du label et un semblant de Myspace, inactif depuis plus de un an.
Initialement formé des deux membres fondateurs, le groupe s’est enrichi jusqu’à compter pas moins de 15 lurons sur scène. Aux dernières nouvelles, ils sont actuellement 9 et leur électrocardiogramme semble stabilisé.

BREF. Ce nouvel album, joyeusement nommé Allelujah! Don’t bend! Ascend! tombe à pic. Paru en octobre chez Constellation Records – la chambre d’hôte habituelle des Godspeed You! Black Emperor – ce nouvel album ne se distingue pas d’entrée de jeu : une pochette sobre, et une tracklist classiquement inhabituelle : un morceau de 20 minutes, un second de 6 minutes 30, un troisième de 20 minutes à nouveau, et un dernier… de 6 minutes 30. Pour le titre, ne cherchez plus : « Hallelujah ! Ne lâchez rien ! Élevez vous ! », un cri de soutien immodéré au mouvement de protestation du Printemps Érable qui aura vu se soulever la nation québecoise durant de longs mois afin de dénoncer les abus de la loi 78 et la hausse des frais de scolarité (si si, vous en avez forcément entendu parler).

Mise en bouche avec Mladic, formant à lui-seul les 38 premiers pourcentages de l’album.

Ok ? Vous avez compris ? Vous captez bien là qu’ils ne plaisantent pas ? Qu’ils sont VRAIMENT de retour ?
Voilà comment en une seule piste, les Godspeed You! Black Emperor ont réussi à faire pardonner et oublier ces dix dernières années. Les maîtres incontestés du mouvement post-rock sont plus que jamais sur le devant de la scène. Le jeu, la force, la puissance. La mesure, l’émotion, et cette légère touche orientalisante qui vient vous faire du bien, comme au bon vieux temps. On écoute, on a des frissons, et on regrette instantanément que les maigres dates annoncées pour ce mois de novembre soient en voie d’être complètes.
Ha oui, parce que j’oubliais : lorsqu’ils viennent en tournée et qu’ils passent par la France, ils posent trois dates : Nantes, Cenon et Roubaix… Qu’est-ce que je vous disais ?

Pour finir sur ce premier extrait, vous remarquerez volontiers les sympathiques sons de casseroles en fin de piste. Vous avez vu les vidéos du Printemps Érable ? C’est bon, vous faites le lien ?

Pour continuer la découverte de cet album magistral, je vous propose donc de vous connecter sur Grooveshark (qui, soit dit en passant, vient de faire peau neuve).

Comme convenu, Their Helicopter Sing ne dure « que » 6 minutes 30. Mais pas n’importe quelles 6 minutes 30 : 6 minutes 30 de cornemuse. Et là je sens que je suis en train de perdre la moitié des lecteurs, alors plutôt que de jeter l’éponge, je vous propose de passer directement à la troisième piste.

We Drift Like Worried Fire (20 minutes, donc) met un terme à votre supplice cornemusier. On reprend les bases, on recommence, et on repart : une longue introduction, quelques riffs doux, les premières percussions, timides. Puis les cordes frottées, l’ambiance monte doucement, le tempo, l’émotion. La joie, la colère, l’engouement vous prend, et ne vous lâche plus. Arrivé à ce stade, le morceau pourrait bien durer 20 minutes comme 2 heures, cela n’aurait aucune importance. Ce qui aura fait le succès des Godspeed You! Black Emperor lors de leurs précédentes productions vous arrive ici pour la seconde fois en moins d’une heure : l’effet tornade, la tempête.

Strung Like Lights at Thee Printemps Erable (vous avez dit Printemps Érable ?) clôt cet opus de la manière la plus chaotique possible. Le jeu consiste essentiellement en un ensemble de larsens (réminiscence de ce bon vieux Metal Machine Music, de Lou Reed). La trame reste néanmoins largement audible et incompréhensiblement agréable et stimulante. En sortant de cet album, on est un peu dans le même état qu’après avoir regardé Le Cheval de Turin de Béla Tarr : rassasiés, éblouis, mais complètement rincés. A une différence près tout de même : on se sent prêts à réécouter l’album une seconde fois (ce que je vous mets au défi de faire avec Béla Tarr).

Cet album est donc un morceau de taille, non seulement dans la carrière de Godspeed You! Black Emperor, mais également dans notre année musicale 2012. Il vient confirmer s’il en était besoin que le fameux nonuor (oui, j’ai cherché sur Internet) québecois constitue aujourd’hui l’un des mouvements les plus aboutis que le rock progressif ait connu depuis les Pink Floyd.

Rien que ça.

Adrien

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