Olan Mill – Half Seas Over | Versatilité bénéfique

Half Seas OverCe n’était probablement qu’une affaire de temps avant qu’Alex Smalley ne sorte quelque chose chez Home Normal, son ambient suave nourri aux éléments classiques correspondant très bien à la vision organique et éthérée de la musique que possède le plus britannique des labels nippons. Déjà actif par deux fois chez Hibernate cette année, Olan Mill nous a également redonné des couleurs en collaboration avec Simon Bainton, sortant à travers le duo Pausal l’optimiste et rafraîchissant Along the Mantic Spring, plus nécessaire que jamais pour se réchauffer alors que nos toux et autres congestions nasales nous étouffent en cette humide et venteuse fin d’année. En complément de ce traitement acoustique, on peut depuis le 18 décembre ajouter Half Seas Over, fraîchement sorti au pays du Soleil Levant.

La force de cet album est d’arriver à faire varier la polarité de sa charge émotionnelle à maintes reprises malgré sa concision a priori rédhibitoire (on y reviendra). Construit sur des nappes omniprésentes de cordes classiques réverbérées et de vocalises lyriques dilatées qui se parlent et se répondent, Alex Smalley y insuffle également des touches de field recording qui finissent de donner la vie à son disque, et se permet même d’inviter l’expertise technique de l’argentin Bruno Sanfilippo (et l’énoncer m’oblige à vous conseiller son sublime et délicat ClarOscuro paru en mai) sur deux de ses morceaux.

Tantôt onirique ou innocente, tantôt mélancolique ou expiatrice, mais toujours chaleureuse et exaltante, l’œuvre en six mouvements qui nous est proposée devient un être vivant lunatique, dont les sentiments évoluent perpétuellement. D’une piste à l’autre, voire en leur sein, on passe de la candeur d’un réveil printanier dans Winter of the Electric Beach à l’irrésistible spleen d’Acids on Stereo (Live), tout en savourant l’émerveillement teinté de brume de Happiness Allergies ; des montagnes russes émotionnelles dont les transitions entre creux et reliefs sont adoucies juste ce qu’il faut par la magie électronique d’Olan Mill pour ne pas les rendre indigestes. Half Seas Over est un titre qui prend donc tout son sens après plusieurs écoutes attentives : on ressent à sa lecture un trip à intensité variable qui peut se retrouver ces jours où l’on a bu juste assez de breuvages éthylés pour libérer le système limbique de l’emprise du cortex de raison et le laisser s’exprimer plus sincèrement, mais pas assez pour se rendre malade et plonger du côté obscur de l’œnolisme. Un sentiment de légèreté et d’émancipation à l’équilibre précaire, avec ses hauts et ses bas incontrôlables mais délectables.

Évidemment bien trop court (on frôle à peine les 26 minutes de musique), j’ai été initialement rebuté et déçu par la brièveté de cet album aux airs de mini, appréciant majoritairement les sorties du genre dans une tranche de 40 à 45 minutes. Mais un peu d’abnégation et de persévérance m’ont montré que cette caractéristique servait au final parfaitement le propos de  : son humeur changeante nécessite des variations rapides pour rester cohérentes, et l’expérience dans son tout doit demeurer éphémère afin d’être appréciable et optimale.

Perdu entre deux cieux, le disque proposé par Olan Mill est efficace comme un bon grog pris en face d’un feu de cheminée et sous un duvet de laine, et provoquera idéalement les mêmes effets secondaires.

C’est désormais disponible en digital auprès de 1631 Recordings.

Dotflac

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