Tout ce dont on aurait aimé vous parler en 2014…

best of, meilleur, année, musique

… mais on a toujours pas eu le temps. La décence nous empêche d’y fourrer les sorties de 2013 pour lesquelles on vous avait promis de parler en 2014 et dont on a jamais pipé mot, mais cette année fut bien remplie en ce qui concerne les oubliés de la Tartine. Nous demanderons donc une minute de silence pour ceux dont nous ne parlerons jamais, et cinq minutes de silences pour chacun des artistes sous-cités dans l’exercice annuel de dédouannage post-foie gras. Cinq minutes de silence, le temps d’écouter un morceau choisi, quoi.

nÄo – III [Jarring Effects]

nÄo c’est un peu le groupe qu’on ose plus vraiment présenter, ponte hexagonale de l’ « électro-rock indus », claque conséquente à chacune de leurs sorties. III est leur petit dernier, paru il y a maintenant bien trop longtemps pour le qualifier de nouveau, nous ne vous en avions pas parlé, c’est désormais chose faite. Puissance, lait Ribot et grosse calotte.

 

Golden Retriever – Seer [Thrill Jockey Records]

Ambiance interstellaire pour le duo synthé-clarinette basse de Golden Retriever, cinq pistes d’un univers parallèle aux confins d’un album surprenant. Archipelago et Superposition en tête de liste de ce Seer, ça gravite haut et doux, on aime ou on aime pas. Mais en tous cas, nous, on aime.

 

Eric Holm – Andoya [Subtext]

On pourrait passer pas mal de temps à brasser du vent avec des considérations métaphysico-philosophico-comptoiresques sur l’intérêt de faire de la musique avec un poteau électrique paumé sur une île du grand nord. Mais n’empêche. Rien que parce que c’est un album fait uniquement à partir des sons enregistrés sur un putain de poteau électrique, ça valait le coup d’être mentionné. Et puisqu’il s’agit de bien plus que ça, mentionnons aussi le fait que c’est une grosse tuerie d’ambient noire et sans concession, grouillant et s’infiltrant dans les chairs comme le froid humide des plages normandes (à chacun son grand nord).

Defrag – Drown [Hymen Records]

Grincements indus et rythmiques folles pour le dernier opus de Defrag. On aurait pu vous ajouter pléthore de qualificatifs habituels pour décrire ce Drown – gras, bourdonnant, lourd, astringent, sombre, bestial, cyborgien (oui, on sait, ça n’existe pas) – mais ce serait réducteur, car le dernier album de Defrag trouve également ces petits moments de légèreté. Ce n’est néanmoins pas ces derniers que nous avons choisi pour l’illustrer. Béh oui, on ne change pas, hein. #wobblepourtous

 

Fennesz – Bécs [Editions Mego]

Christian Fennesz, c’est un peu notre papa a tous, et en même temps l’icône estampillée bizutage pour tous les petits nouveaux dans le domaine des lancinances ambiantesques. Quand on jouit d’une discographie aussi fournie et d’un tel niveau de qualité, il n’est plus complètement innocent de s’entendre dire « et toi, c’est quel album de Fennesz que tu préfères ? », et c’est la honte au ventre et la sueur sur le visage que tu te jetteras à corps perdu dans l’ascension de la montagne de LP qui compose la carrière du guide de haute montagne autrichien (cette expression est copyrightée). Et d’ailleurs, pourquoi ne pas commencer par suinter sur Bécs, son petit dernier ?

 

Insiden – Above Us [In Paradisum]

Qu’on vénère la maison In Paradisum comme un hipster groupie, qu’on la déteste de toute sa bien-pensance, ou bien qu’on la regarde de loin avec un mélange de dédain et de curiosité, il est difficile de ne pas avoir noté la sortie au sein de l’écurie du petit Mondkopf de la perle Insiden. De loin leur production la plus difficile d’accès (et donc potentiellement la plus casse-gueule), le quatuor t’emmènera sur des chemins dont tu connais déjà la direction si tu lis Tartine depuis quelques mois. Drones nauséeux et cordes plombantes, il sera (trop ?) facile de peupler ton écoute d’usines en ruines ou de déserts glacés inquiétants. Nous n’en dirons pas plus, d’autres l’ont déjà fait mieux que ce que ce pauvre paragraphe prétend faire. Si la bande-annonce te plaît, prends donc de la tisane et écoute la suite. Qui sait, peut-être un jour toi aussi te palucheras-tu sur Mohammad.


 
Clarity – Infinite [Samurai Music Group]

Curieux objet que cet album de Clarity. Non familier de la maison Samurai Music Group ni de l’artiste en question, j’ai un peu de mal à savoir si cette proto-bass music épurée et d’une préciosité toute britannique relève du domaine de l’imposture ou du génie. Probablement ni l’un ni l’autre, mais faut avouer qu’il y a dans cette ligne de basse bien claire et propre une suave sensualité qui ne laisse pas complètement indifférent. Et que c’est bougrement efficace, vue la forme plus qu’ascétique.


 

Ensemble Economique – Melt Into Nothing [Denovali]

Séquence émotionnelle et cinématographique pour Ensemble Economique. Projet obscure, lancinant et abyssal, fidèle à la marque de fabrique d’un de nos labels chéris, Melt Into Nothing est une ode à la contemplation, et au recueillement auditif. Pulvis et umbra sumus.

 

Heroin In Tahiti – Canicola [No=Fi Records]

Se définissant comme néoréaliste, la musique de Heroin In Tahiti ressemble moins à un véritable album qu’à une bande originale de film de propagande psychédélique d’après-guerre. Canicola est une compilation d’ambiances aux odeurs méditerranéennes, si délicatement concoctée qu’on croirait écouter un field recording de 36 minutes. On plonge dans ces sonorités venues d’une autre époque, et on s’y plait.

 

Azlejazz – The Uplift Of The Itchy Fish [Thin Consolation]

Quelques petits beats funky de temps en temps, ça fait pas de mal. Hip-hop, jazz et électro sont au rendez-vous sur The Uplift Of The Itchy Fish, l’album de Azlejazz qui porte bizarrement très bien son nom. Pas vraiment ce que l’industrie musicale ait connu de plus novateur ces derniers mois, certes, mais il faut bien avouer qu’efficacité ne rime pas toujours avec prétention.

 

Tashi Dorji – s/t [Hermit Hut]

Nous avons deux principales raisons de vous parler de Tashi Dorji. La première c’est qu’à l’heure actuelle nous n’avons encore recueillie aucune vue depuis le Bhoutan, c’est triste, et nous espérons donc par le biais de ce poste lier une connexion amicale et pérenne avec ce peuple des montagnes et leur joli pays pour qui nous éprouvons un sentiment d’admiration. La seconde c’est que sa musique est géniale.


 
Aphex Twin – Syro [Warp Records]
Aphex Twin - Syro

 

Aliceffekt – Damoiseau + Canalx

Aliceffekt est le genre de geek absolu, la tête dans le code, vivant au pays des geeks (le Japon), et alignant les sorties musicales à un rythme étrangement trop rapide. Pas moins de 6 juste pour l’année 2014, il nous a donc fallu choisir. Au sein de son hétéroclite discographie, Damoiseau + Canalx porte la marque d’une musique hardcore. Bourrin à souhait donc, mais pas que.

Black Rain – Dark Pool [Darkest Ever Black]

C’est bien black, c’est même complètement dark, on ne va pas se mentir. Mais la techno de Black Rain a quelque chose de pénétrant, une déflagration dystopique sans relâche qui laisse sans voix, comme une porte ouverte sur rien. Se faire hélitreuiller au milieu d’une avalanche de sonorités inconnues, telle est l’expérience qui vous attend. Dark Pool aurait définitivement mérité sa petite tartine, shame on us.


 
Siamgda – Tremors [Ant-Zen]

Siamgda, c’est encore une de ces chelouteries dont Ant-Zen sait nous gratifier tous les quelques mois. Une espèce d’objet musical non identifiable à laquelle on s’empresse de coller une étiquette « tribale » et pis on en parle plus. Erreur. GROSSE erreur. Car même si parfois on se dit que c’est produit avec les pieds ou que c’est un peu trop gratuitement et artificiellement sale afin de coller à l’étiquette « industrielle », c’est réellement une suite intéressante de morceau répétitif jusqu’à la nausée, qu’il faut plus voir comme un matériau brut à travailler que comme un produit fini livrable clé en main. Vous ondulerez du chef tout en grinçant les dents, et c’est cette adhérence incertaine qui fait tout le charme brut du faussement primitif Tremors.


 
Lingouf – Fréquences sensibles [Ant-Zen]

Aaaaah Lingouf. Ses peintures faussement naïves mais réellement tarées. Son esprit potache à faire pâlir Ludwig von 88 de jalousie, et ses gros kicks bien gras d’la bouée, bas du front mâchoire carrée. Quoi dire de plus ? Que c’est parfait pour discourir de la faim du monde et des plaisirs d’amour, au pied d’un arbre, lors d’un soir d’orage de décembre, qui tonne de ses fréquences sensibles comme le dernier écho d’une symphonie qui s’éloigne. N’empêche, à écouter Leçon de danse émotionnelle, on se dit que Lingouf, c’est pas aussi débile que ce qu’il paraît. Que ce grand enfant qui se cache derrière ses crayonnés d’oiseaux et ses kicks de teufeur sous acide, comme pour conjurer toute possibilité d’émotion sérieuse derrière un rideau de potacherie, se repose parfois de sa folle course en avant pour laisser transpirer une once d’humanité.

Paul Kendall – Family Value Pack [Ant-Zen]

Année archiprolifique pour le génialissime label Ant-Zen, avec notamment cet album polymorphe de la part de Paul Kendall. Family Value Pack fait partie de ces galettes inclassables dont le sound design dessert successivement l’ambient expé, la techno indus ou encore d’autres parties que, par honte ou par dépits, nous nous en tiendrons à catégoriser « electronica ». Une très belle pièce pour les amateurs de musique expérimentale.


Second Storey – Double Divide [Houndstooth]

On a visiblement eu un souci avec la techno cette année. Néanmoins, avec son concept novateur d’ascenseur de Penrose, ce Double Divide nous offre ici une variante passablement moins sombre parmi les tenants du titre au sein dudit pot-pourri. Cela ne mange définitivement pas de pain de le signaler, pour le reste c’est évidemment vachement bien (comme tout ce que vous aurez la chance d’écouter ici, globalement). Un bien bel objet paru au sein du label Houndstooth (qui ne prend apparemment pas le terme « marketing » à la légère).


Machine Code – Samurai [Ad Noiseam]

On vous avait déjà touché deux mots sur Machine Code ici, on vous en rajoute une couche là. Samurai est le petit dernier paru au sein de l’écurie Ad Noiseam et offre, comme il se doit, une drum’n’bass qui sait s’aventurer bien loin des clichés habituels d’un genre qui se nuit parfois à lui-même, tout en ayant la désagréable habitude d’y revenir comme pour se rassurer. Si Machine Code nous déçoit au moins aussi souvent qu’il nous enchante, une nouvelle fois, le duo Dean Rodell et Current Value nous fait la démonstration exemplaire qu’une musique brutale peut également s’avérer d’une finesse sans failles et d’une justesse à toute épreuve, si tant est qu’ils se laissent aller à oublier les oripeaux factices de la drum’n’bass. Qu’on aime la version « UK » du genre, qu’on soit plus aficionado d’un bon MC ou bien qu’on prenne son pied dans la noirceur d’un crossbreed, on est servi, et toujours avec autant de professionnalisme léché.

MXLX – Friendly [Kindarad]

Et voilà. On aura fini par parler d’une putain de cassette. Friendly est, contrairement à ce que son nom l’indique, aussi gentil qu’une tique d’éléphant sur votre testicule gauche. Amateur de noise, de déchirements industriels et de résonances d’usines en fusion, baisse ton pantalon et prosterne-toi devant les trois complaintes que ce « Friendly » va t’infliger. Tu en ressortiras usé, nauséeux, mais somme toute repu. Non amateur de vrillage bruitiste, passe chastement ton chemin pour préserver ton intégrité physique et mentale.

Andy Stott – Faith In Strangers [Modern Love]

Comme tout ce qu’il sort ces derniers temps, le dernier Andy Stott est vraiment jouissif. Faith in Strangers regorge de pièces plus belles les unes que les autres, l’utilisation des basses est millimétrée, justifiée et bougrement efficace. Une structure à la fois épurée et sophistiquée, un travail d’orfèvre. Merci maestro.


 
B/B/S – Coltre / Manto [Midira Records]

On en avait déjà parlé dans notre pot-pourri de l’année dernière. Si les trois comparses Belfi / Baker / Skodvin continuent à sévire à une fréquence aussi élevée, on va bien finir par être obligés d’y consacrer plus qu’une simple brève dans nos natures mortes de début d’année… Avec le duo Coltre / Manto, B/B/S grave dans le marbre son style lourd et ascendant, bien plus que de la simple musique à tendance vaguement psychée. Les deux morceaux sus-nommés étant enregistrés en live, nous vous laissons le soin de tâter pendant 35 minutes de la puissance et de la maîtrise que dégagent trois musiciens experts en leurs domaines respectifs collisionnant leur génie. Laissez-vous aller, ça glisse comme la ponceuse au petit grain sur du sapin suédois.

 

En complément de ce peloton de queue il ne vous reste plus qu’à aller (re)jeter un coup d’œil aux quelques sorties que nous avons osé chroniqué (parce que quand même y’avait quelques trucs pas mal), vous vous rapprocherez donc tangiblement de ce qui semblerait être un « top tartine 2014 » , la fiabilité en moins.

Bisous. Bonne année.

Advertisements

2 Commentaires

  1. Pingback: Mai Mai Mai – Πέτρα. Le blason du légionnaire | Tartine de contrebasse

  2. Pingback: Yair Elazar Glotman – Etudes. L’odeur du napalm au petit matin de la rentrée des classes. | Tartine de contrebasse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :