Simon Scott – Insomni | Divagations nocturnes

InsomniSimon Scott n’est pas un inconnu, loin de là. Mais même s’il est avant tout le batteur des vétérans du shoegaze Slowdive, c’est également un explorateur fervent des territoires électroacoustiques à composantes environnementales, créant à base de guitares électriques (ou pas) et de traitement digitaux des albums à découvrir au moins une fois, ne serait-ce que parce qu’il les a sorti sur des labels aussi positivables que Miasmah ou 12k (toi-même tu sais). Sans compter des collaborations avec d’autres magiciens électroniques comme Taylor Deupree, Illuha ou Rafael Anton Irisarri sous son pseudo The Sight Below ; beau pedigree quoi. Sa dernière création paraît sur Ash International, label cousin d’un certain Touch qui n’est pas moins positivable. Abandonnez-vous maintenant à l’allégresse et laissez vos sens s’émoustiller à la lecture d’une nouvelle chronique ambient et drone que vous attendiez tant.

Conséquence d’une nuit blanche qui a ponctuellement changé Scott en noctambule à la recherche de sons ambiants, Insomni reflète cette versatilité inévitable qui nous gagne lorsque le sommeil ne veut pas de nous. Une évolution erratique de nos états physique et émotionnel, progressivement altérés par cette veille forcée sous la lumière sélénique. Car ne pas pouvoir dormir ne signifie évidemment pas être alerte, détournant alors l’environnement et les stimuli en un trip surréaliste qui brouille la frontière séparant le véridique de l’onirique. Un rêve éveillé qui utilise les sons perçus comme carburant et notre mémoire comme véhicule en roue libre dans une expérience en plus de quatre dimensions. Et c’est avec du coton dans les oreilles et de la brume dans les yeux qu’on suivra cette aventure nocturne vers l’aube possiblement salvatrice, mais sans idée précise de l’itinéraire que l’on va emprunter pour y arriver.

Réservant les pistes sans trame concrète d’une nuit sans fin à sa première moitié et les mélodies acoustiques fleurant bon l’amour et l’eau fraîche sous le soleil à la seconde, Insomni respecte la progression du récit dans le temps malgré son écoulement incertain. Après s’être fait démolir notre volonté de rejoindre les bras de Morphée par le souffle brûlant des guitares übersaturées sur An Angel from the Sea Kissed Me, on part de force en pilote automatique entre bruits environnants et recoins hippocampiques obscurs, ces deux sources d’inspiration sonores confluant en un flot tortueux au débit variable. Tantôt au bord de l’assoupissement, bercés en eaux calmes réminiscentes de Below Sea Level et à l’horizon hors de portée (Oaks Grow Strong, Fen Drove), tantôt malmenés et ramenés in extremis à l’éveil lors des phases de rapides plus abruptes (Confusion in Her Eyes, Relapse), corps et esprit vagabondent dans des paysages inconstants dessinés au fusain, cherchant vainement le point de fuite vers le sommeil dans des perspectives mouvantes. Et plus le jour se rapproche, plus les souvenirs liés à la guitare se font clairs eux aussi et prennent l’ascendant sur les éléments aux contours plus dilués, en témoigne le triptyque de clôture. Mais malgré de jolies fulgurances mélodiques, notamment sur Swanbark, on ne peut s’empêcher de trouver la partie purement acoustique hors de propos, et honnêtement assez chiante par rapport aux précédentes pistes. Car notre voyage au bout de la nuit prendra par définition fin à l’aurore, tandis que les derniers morceaux semblent le poursuivre au-delà, troquant l’ébriété asthénique pour la récupération héliophile.

Tout comme on passe du qui-vive au coup de barre sans crier gare, l’album se révélera parfois inégal dans ce qu’il offrira. Là où l’imprévisibilité des field recordings semi-opaques et autres drones granuleux illustre parfaitement le caractère incontrôlable de l’évènement qui inspira Insomni, la clarté des guitares acoustiques déborde du cadre de l’expérience (une symptomatique que l’on retrouve aussi entre les deux pistes bonus, qui n’apportent ou n’enlèvent d’ailleurs rien à l’album). Mais malgré ce bémol, la première demi-heure de la galette est déjà assez digne d’intérêt, prenant régulièrement l’auditeur à contre-pied dans une écoute à la dynamique affranchie de repos elle aussi.

C’est ici que ça se passe pour obtenir l’objet, en plus des deux pistes bonus exclusives au Touch shop.

Dotflac

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