Donato Dozzy – The Loud Silence. Techno paléozoïque

Donato Dozzy - The Loud SilenceJ’imagine que parmi nos lecteurs esthètes et éclairés un certain nombre connaîtront déjà Donato Dozzy, a minima de nom, car ce dernier officie depuis une dizaine d’années dans l’univers du clubbing techno (techno techno techno). Pas forcément le profil type de l’explorateur sonore, certes – bien que l’on trouve tout de même dans sa discographie quelques petites galettes qui sortent légèrement du lot, notamment Plays Bee Mask, ou plus récemment son mystique Sintetizzatrice avec Anna Caragnano. Certains diront qu’il ne sait pas ce qu’il veut, d’autres qu’il sait simplement faire la part des choses entre composition pure et prestation scénique. Nous on dira simplement qu’on est un peu de l’avis de tout le monde.

C’est pourtant une annonce on ne peut plus flippante que celle de son dernier album, le genre d’annonce qui laisse entrevoir au loin un bon cassage de gueule en règle, le truc en trop auquel il aurait peut-être mieux fallu s’abstenir de penser. Et ce n’est pas rien de le dire puisque The Loud Silence, paru début octobre chez Further Records, est un album… de guimbarde.

Ok.

Là-dessus on se dit « bon, de toute façon j’étais pas non plus un fan absolu de Dozzy à la base donc je vais pas m’offusquer pour ça. Allez tiens je vais quand même écouter vite fait pour voir, pour le devoir, après tout c’est un peu mon boulot ».

Sauf que là, ça ne se passe pas vraiment comme prévu. On est certes à des années lumières d’une techno plan-plan comme on en a déjà entendu des milliers, mais on est également assez loin de l’image simplette que l’on se faisait de l’instrument le plus basique au monde (juste après le triangle, le wood-block et la petite cuillère). Alors évidemment ce n’est pas seulement 40 minutes de solos de guimbarde pure et brute, sinon j’aurais été le premier à balancer mes enceintes par la fenêtre et à les regarder s’écraser quatre étages plus bas, ce qui aurait été dommage pour mes enceintes, et en même temps assez inefficace étant donné que j’habite en rez-de-chaussée. Non c’est un petit peu plus que ça, c’est arrangé à la sauce Dozzy, et c’est à la fois magique et déstabilisant.

Chacune des pistes qui se succèdent nous emporte quelque part entre une sorte de transe gutturale aborigène et une exploration sonique et sonore de la cavité buccale de Donato. On se perd dans l’avalanche de gongs successifs, l’utilisation de la stéréo est à la fois sobre et efficace, on plonge au fond de la mare jusqu’à ne plus parvenir à faire la différence, et c’est assez bluffant, entre ce qui est imputable à la guimbarde ou au synthé. A chaque instant on attend presque un beat, que la boîte à rythme lance l’assaut, mais non, point de cela ici. 40 minutes de pure plannerie, une perte totale de repères dans cet album fait de chaleur, de raisonnance et d’humidité, ça goutte dans tous les sens et tous les sens goûtent à ce qu’il advient désormais d’appeler une electro-guimbarde.

Donato Dozzy fait partie de cette catégorie d’artistes (aujourd’hui rares, surtout dans le monde de l’électro) qui, malgré leur popularité grandissante, ne se contentent pas d’user jusqu’à l’os une recette qui fonctionne mais ose encore prendre des risques. Il agrémente cet album d’une couverture, à mon sens, vraiment sublime, propre et sobre, représentant ce qui m’a paru au premier abord être un fossile de Crinoïde mais qui s’avère en réalité être tout simplement une guimbarde (et oui).

Un album de guimbarde, il fallait oser. Donato l’a fait, avec brio, et on l’en remercie. Mais d’ailleurs, par hasard, est-ce qu’on se trouve si loin que ça du monde de la techno finalement ? Est-ce que la guimbarde ne serait pas à la techno ce que les crinoïdes sont au règne animal ? Je vous laisse y réfléchir en écoutant cet album étonnant et étrangement addictif.

Adrien

Chronique à réécouter sur le podcast de l’émission Amplitudes – Résidents #2 (Radio Campus Paris 93.9FM) du 15 octobre.

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