Le Berger – Music for Guitar & Patience | Mouvement perpétuel

Music For Guitar & PatienceLa fascination qu’a Samuel Landry pour l’assemblage de boucles sonores est probablement ce qui ressort le plus des travaux sous son moniker Le Berger. Toujours chaleureux et envoûtants, souvent confidentiels et agrémentés d’une pointe de dissonance qui attire discrètement l’oreille, on se laisse facilement prendre au piège d’une écoute innocente qui se transforme en séance d’hypnose étendue (la piste Salus de l’album De Fe’kun.dus Ad Salus est imparable). Après une apparition notable aux côtés de René Margraff et Fuzz Lee dans le trio Faures, avec l’excellent Continental Drift, on retrouve l’artiste en solo et toujours sur l’éternellement recommandable Home Normal, avec un énième bijou d’ambient minimaliste et organique comme on l’aime.

Assumant son inspiration initiale d’une précédente sortie du label intitulée Music for Piano & Patience, Le Berger utilise à la place de claviers une guitare sèche (accompagnée d’une électrique sur la dernière piste) pour créer des loops de quelques secondes progressivement déconstruits se perdant dans les rêves éveillés de ses spectateurs. Répétées puis incessamment modulées au fil de trois pistes semi-marathoniennes, les boucles asynchrones se répondent, se chevauchent et glissent entre elles sans même qu’on s’en rende compte. C’est aussi scandaleusement simple que c’en est infiniment riche, c’est excessivement hypnotisant et étonnamment réconfortant. Cette musique, basée sur la répétition inlassable des mêmes sons, en devient imprévisible au gré des coupures et apparitions inopinées de ses composants qui semblent animés d’une volonté propre ; une forme de vie candide et primitive qui découvre le monde qui l’entoure durant une journée d’été, saute de stimuli en stimuli en suivant ses envies, donnant à l’album ce côté organique caractéristique de la maison, et cette nature aléatoire qui court-circuite l’ennui d’une piste plate et bien trop longue qui aurait pu poindre.

Et c’est probablement d’à peine quelques échantillons traités moult fois qu’une magie surprenante opère : la redondance toute relative des évènements soniques qui nous caressent fait perdre la notion humaine du temps qui passe, et nous emmène à coups de spatialisation hyperactive et autres décalages calculés des strates sonores dans un bercement douillet qu’on souhaite sans fin. A-t-on plongé cinq, quinze, soixante minutes dans l’album ? Il sera dur de l’estimer, mais ce qui est certain est qu’on y reste trop peu de temps. À l’image des titres des morceaux qui proviennent probablement d’un assaut désordonné d’une paire de mains sur un clavier d’ordinateur, la beauté de Music for Guitar & Patience provient de son entropie tendant vers l’infini ; une rafraîchissante spontanéité transpire des compositions de Le Berger et rend l’album immédiat et addictif, puis finalement toujours trop court. À peine la rémanence des gouttes de rosée de l’ouverture sfojg=owfE s’est effacée que l’on se retrouve déjà aux ultimes lueurs du crépuscule dans sgfoj;dfsgoj;bdgafe, dont la guitare électrique dilatée n’est pas sans me rappeler les œuvres proposées par Chihei Hatakeyama sur son label White Paddy Mountain. Sa fin des plus brusques nous rappelle que l’album est déjà terminé, mais invite surtout à poursuivre le cycle du son en relançant une autre écoute. Une inépuisable source de chaleur et d’optimisme qui traite à la perfection les nuances de gris automnales qui semblent elles aussi immuables.

Le mouvement perpétuel aura beau toujours rester un mythe dans notre réalité physique, Samuel Landry en propose aujourd’hui son interprétation acoustique qui n’a besoin que d’elle-même pour exister et perdurer. S’alimentant exclusivement de ses propres soubresauts sans aucune dépense inutile d’énergie, Music for Guitar & Patience ne demande qu’à être savouré, sans aucune contrepartie de son public. À mes yeux une des sorties les plus notables et représentatives du label, l’album bénéficie en plus de tout l’amour de Ian Hawgood concernant son packaging, rendant sa version physique des plus indispensables. Mais faites vite, il paraît qu’il ne reste déjà qu’une poignée d’exemplaires disponibles.

En fait, il n’en reste qu’un à l’heure où je charge ce papier, donc allez vous battre pour choper cette édition complètement claquée chez Home Normal.

Dotflac

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