ASC – Fervent Dream | Énergie potentielle

Fervent DreamBien qu’ayant un long passif musical commençant dans des contrées plus ou moins drum’n’bass au début du troisième millénaire, ce n’est qu’assez récemment que j’ai découvert les travaux de James Clements. Et c’est loin de la course au bpm que j’ai appris à l’apprécier, étant tombé amoureux de l’excellentissime Time Heals All, sorti en 2013 chez les qualitatifs canadiens de l’ouest Silent Season, et qui semble continuer à défier l’érosion du temps malgré l’ébullition de l’ambient ces dernières années. Après un Truth Be Told qui se voulait être sa suite spirituelle l’année suivante, mais n’a pour moi pas réussi à en retenir la même magie avant les deux dernières pistes, voilà ASC de retour avec Fervent Dream, toujours chez Silent Season. Et contrairement à son prédécesseur, qui a finalement comme seul vrai défaut d’être dans l’ombre de son grand frère, son dernier né paraît plus émancipé de l’aura persistante de Time Heals All, ce qui lui évitera bon nombre de comparaisons grossières et le libérera de la pression que ressent le cadet face au chouchou qui a tout réussi.

Fervent Dream est un équilibriste répondant rigoureusement à un célèbre faux postulat, énonçant que l’ambient se doit d’être aussi apte à se fondre dans l’environnement de l’auditeur qu’à se prêter à une écoute attentive. Une créature malléable qui sait se faire oublier sans disparaître, qui peut au même moment s’éclipser et se rendre nécessaire. Après tout, les opposés ne s’attirent-ils pas ? C’est aussi un antagonisme qui donne un éclat particulier au dernier ASC : hymne silencieux à de mystiques étendues forestières, invitation aux pérégrinations sans but sous des arbres plurimillénaires et inception d’une procrastination procrastinée, il effectue une translation spatio-temporelle en déposant un peu d’été ombragé et de végétation luxuriante dans notre presque-hiver humide et nos appartements aseptisés. Sans être prétentieux ou pompeux (et il aurait probablement mérité d’en bénéficier d’une lichette au nom du contraste sonore), Fervent Dream nous emmène juste là où on voudrait être quand on ne peut pas y aller (à moins d’être un riche héritier globe-trotter ou d’habiter déjà les forêts de Vancouver Island).

Long Player digne de ce nom, il développe sur plus de 70 minutes une ambiance sylvestre aux forts accents mystiques, appelant des field recordings indistincts pour répondre aux pads moelleux, et formant une bise furtive qui suit nos pas vers l’inconnu. De temps à autre, des mélodies presque surnaturelles émergent de ce magma de réverbération, nous offrant une fraction de l’énergie du lieu qui nous accueille ; Epsilon Dream se pose là comme la symbiose ultime entre les éléments, nous offrant harmonie et détachement de la réalité sans effort de l’esprit en échange. Dès lors, le ressac du vent s’évertuera à diluer tout souvenir du passé et toute attente de l’avenir, afin de nous laisser parcourir les sentiers de l’insouciance et apercevoir un bout d’au-delà au travers du dense feuillage qui nous surplombe.

La trame sonore de l’album se veut d’une cohérence à toute épreuve, effaçant les notions de pistes séparées malgré le non-mixage des morceaux. À une autre période de l’année, j’aurais sûrement trouvé l’écoute trop lisse pour être plaisante, mais intégrée en période de pré-hibernation, la toile organique et les nuances spirituelles me rappellent les flâneries estivales en forêt de Fontainebleau au nom de l’isolation et du ressourcement, laissant les jambes me guider dans la bruyère entre des mers de sable immobiles et des géants de pierre déchus qui sommeillent patiemment en attendant leur heure. Je retrouve dans Fervent Dream cette atmosphère particulière, cette énergie chaleureuse et positive qui veut briser la frontière entre réel et surréel et nous guider vers une incertitude rassurante. Un pont entre deux mondes qui coexistent sans pouvoir cohabiter, déboussolant assez l’esprit pour qu’il se reconstitue.

Toujours pas aussi mémorable que son magnum opus ambient de 2013, mais immédiat et complaisant, Fervent Dream sort malgré tout au bon moment pour s’évader ponctuellement vers des pays plus propices à la régénération intérieure qu’au spleen hiémal. Let it flow, let it flow, let it flow.

Comme tous les albums d’ASC, les CDs se vendent vite, et se revendent presque au prix d’un organe. Mais les versions digitales sont toujours présentes, bien sûr.

Dotflac

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