Bvdub – Safety In A Number | Dessine-moi un photon

Safety In A NumberHyperactif de la scène électronique depuis presque 10 ans en tant que producteur (et bien plus comme DJ), Brock Van Wey semble n’avoir de cesse de mettre presque tout le monde d’accord sur les qualités de son travail. Singulière, sa patte artistique se basant sur des pistes démesurées et l’utilisation de voix extra-dimensionnelles est reconnaissable parmi toutes. Personnellement beaucoup moins adepte de ses travaux techno dilués sortis chez n5MD ou Anay, je lui préfère de loin sa facette purement ambient qu’il présente seul ou avec ses amis, sur des maisons dont les réputations ne sont plus à refaire : je retiendrai essentiellement sa collaboration expansive sous couvert de mythologie Erebus avec Loscil chez Glacial Movements, ou celle plus réservée et intimiste nommée The Truth Hurts avec Ian Hawgood. Ce sont d’ailleurs surtout ses travaux partagés qui m’ont le plus touché, trouvant toujours en ses collègues de parfaits balanciers au côté très vaste et débridé, parfois grandiloquent de Bvdub. Ne voyez pas nécessairement ce dernier adjectif comme entièrement péjoratif, l’artiste a simplement des choses à dire et les expose de manière souvent exubérante ; des sentiments directement posés dans des sons, sans traitement antérieur, et donc forcément très bruts. C’est pourtant bien son dernier album solo qui m’a retourné la tête, sorti en toute discrétion sur sa propre page Bandcamp début novembre.

Je vois d’ailleurs dans ce mouvement un signe annonciateur d’une résonance bien plus personnelle à ce projet que tous les autres, alors affranchi de tout impératif ou décision extérieurs. Même si chaque galette de Bvdub a l’habitude de lâcher des bourrasques d’énergie à travers des strates de synthétiseurs massives, elles ont tendance à naître et s’évaporer lentement dans l’éther, diffuses et immatérielles, laissant toujours une traînée inaccessible vers l’horizon. Dans Safety in a Number, la lumière paraît provenir de sous nos pieds, pourfendant nos fondations ancrées dans un passé chargé pour en casser les brides, et déchirant un ciel nébuleux pour nous inonder d’insouciance. On sent bien un fond de nostalgie dans les compositions, et la relative retenue de No Glory for the Risen ou Crushed Under the Wait a l’air de nous faire jeter un dernier regard en arrière, sur un lest que nous sommes enfin prêts à abandonner.

Mais globalement, c’est un travail empli d’optimisme et lorgnant vers un futur plus clair qui flottera vers nos oreilles. Voix fantomatiques et éphémères, nappes mélodiques aveuglantes et textures étincelantes se croisent régulièrement pour éventuellement former des colonnes de lumière qui fracturent le sol, puis s’élèvent jusqu’à former un toit transparent avec la voûte céleste. Une véritable cathédrale photonique apparaît, nous invitant à la pénétrer et à étreindre notre destin sans regrets. Image particulièrement bien retranscrite dans la seconde moitié de Warm Tears in Three Colors qui, après une progression à fleur de peau, passe à travers un prisme d’inspiration et d’exubérance pour exploser en une mélodie épique aux infinies nuances de couleurs, aidée par une voix féminine des plus émouvantes. On lui retrouve d’ailleurs des échos cathartiques dans le superbe A Human Letter from the Air, où ondées granuleuses et basse tempérée transportent des chants aux airs de souvenirs pas si lointains, vers des contrées aux antipodes de notre destination plus sereine. Et c’est poignant.

Utilisant un piano aux boucles entêtantes comme guide à travers l’album, on sortira de chaque morceau un peu plus léger, comme nettoyé des saletés qui nous collaient à la peau via des synthés abrasifs mais jamais douloureux, des chants parfois inintelligibles mais toujours inspirants, et des compositions qui font vibrer nos cordes sensibles mais restent invariablement libératrices. Des sentiments et images que je n’ai jamais réussi à trouver aussi nettement chez Bvdub (en solo) par le passé, mais qui explosent pourtant dans Safety in a Number et me font dire que l’artiste atteint une nouvelle étape dans sa vie artistique. Conséquence des bouleversements récents dans sa vie personnelle ? Toutes les conjectures sont permises, mais une chose me paraît claire : la part de mélancolie émanant de ce disque ne supplante pas sa part positive et agréablement candide, lui donnant un éclat particulier qui le place en marge de ses précédents travaux.

Décrite comme la plus personnelle et intense de ses créations jusqu’à aujourd’hui, Safety in a Number n’a initialement bénéficié d’aucune promotion, ni d’extraits diffusés en streaming ; acheter l’album signifiant signer un pacte de confiance avec l’artiste, on s’en remettait à sa sincérité concernant la future qualité de l’écoute. Mais évidemment, demander aux internets de ne pas dilapider de la musique pour préserver la volonté du musicien et vivre la vraie expérience qu’il nous réservait, c’est malheureusement une utopie des plus naïves à notre époque über-connectée. Cependant, même si vous ne pourrez pas vous empêcher d’aller écouter l’album que Bvdub diffuse maintenant à contre-cœur sur son Bandcamp, je peux vous assurer que son dernier travail est un des plus intimes et mémorables qu’il a créé à ce jour. Un rayon de lumière brisant les ternes boulets du passé et s’orientant fermement vers un futur qu’on s’évertuera à rendre radieux.

Comme toujours, soutenez vos artistes chez eux, ils vous le rendront bien. Pour Safety in a Number, c’est ici.

Dotflac

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  1. Pingback: Bvdub – Yours Are Stories of Sadness – Théorie du tout | Tartine de contrebasse

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