Kane Ikin – Modern Pressure | Jungle Urbaine

Modern PressureKane Ikin, c’est d’abord, avec Paul Fiocco, le duo australien Solo Andata. Prenant la forme d’un ambient minimaliste érigé sur des fondations réparties entre musique concrète et drone, leur ton sombre et mystérieux, voire poisseux, les placèrent dans une marge intéressante du catalogue de 12k, plutôt habitué à explorer la lumière chatoyante que son ombre camouflée. Leur album éponyme m’intrigue toujours autant depuis 2009, et si ça c’est pas une preuve irréfutable de la qualité du bousin, je ne sais pas ce qu’il vous faut (à part un vrai avis). On en vient alors à Sublunar, premier LP solo de Kane Ikin et toujours chez 12k en 2012, où il pousse son travail d’improvisation et de diversité créatives, utilisant tout ce qui passe sous sa main pour créer des sons hypothétiquement captés dans les interstices invisibles des effluves temporelles. Jeu de contrastes vifs à l’âme candide égarée en terres d’improvisation, tout ceci semble pourtant bien loin en 2016, où Modern Pressure a été façonné à des antipodes aux cieux bien plus chargés.

Fidèle à sa patte sonore, s’amusant toujours avec du matériel vintage et des objets trouvés sonnant définitivement lo-fi, Kane Ikin expie sur sa dernière sortie des angoisses impossibles à refouler. Traduit dans des atmosphères froides et métalliques baignant en paysages urbains hostiles les lendemains incertains, qui obligent à vendre une partie de son être pour espérer survivre une journée de plus à la fois. Catalyse les sources de pression propres à notre ère moderne dans huit scènes perdues entre répulsion contemporaine, anxiété compulsive et résonances originelles lointaines. Il y a là-dedans une forme de beauté dangereuse et fascinante, presque perverse : cette situation d’équilibre prêt à flancher à chaque instant, on chercherait presque à s’y complaire à travers les tempos globalement lents mais étrangement accueillants, ou bien les sons anachroniques immédiatement addictifs. Modern Pressure est un album au décalages cohérents et à l’unité contrastée, qui brille dans toute sa sombreur dans ses intentions qui ne manquent pas de s’exprimer d’une nouvelle manière, une fois changées en musique.

Malgré la marche lente cadencée par les pistes, on ressent une certaine urgence dans le design sonore enveloppant les rythmes tribaux martelés en environnements industriels, suggérant un présent souhaitant rattraper puis dépasser le futur anxiogène qui nous menace. Il y a fort à parier que ce sentiment émerge de la situation de l’artiste au moment de la composition, transmutant sa précarité et ses doutes en morceaux forgés comme si chaque soirée était la dernière dans un confort relatif, laissant une forte place à la spontanéité et à l’accommodation aux moyens créatifs du bord dans le processus de sculpture musicale. Et c’est peut-être ce qui explique l’ambiance viscérale et claustrophobique émanant de Modern Pressure, où la surproduction brille par son absence pour laisser les messages d’Ikin bouillir et s’évaporer sans contresens possibles. Variant les proportions de doute, de colère et de spleen, mais aussi d’espoir et de combativité, on passera des inquiétantes foulées martiales de Partial ou Crosstalk, ou encore du brouillard sourd couvrant l’avenir de Haze Shimmer aux réactions résolues de protection de son psyché nourries de synthés corrosifs dans Tap Tap Collapse, et du refus de s’agenouiller face aux aléas de l’existence dans l’étouffant Auto Dialler. Petite préférence personnelle à Pulp pour ma part, qui semble retourner les pachydermiques contraintes immédiates en une force tribale inarrêtable, sur fond crépusculaire de ville qui ne dort jamais.

Tout juste remis de la sérieuse branlée de Shapednoise qui nous a plutôt mis d’accord en fin d’année dernière, Type maintient l’intérêt qu’on lui porte avec une sortie qui prend instantanément aux tripes, grâce à un thème qui parle à bien plus de personnes qu’on ne l’imagine. La carence du présent et l’angoisse de l’avenir, mais aussi l’acceptation du premier et le ferme refus du second : autant de représentations des pressions modernes omniprésentes, qui sont ici évacuées dans leur expression la plus simple, et se perdront avec un peu de bonne fortune dans les limbes qui nous suivent sans relâche.

Vu que Type actualise son site tous les 36 du mois, je vous redirige ici pour choper du vinyle, masterisé par l’indétrônable Matt Colton.

Dotflac

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