Scann-Tec – Unyt | Vapeur des sens

UnytÉcouter son premier album Facial Memories (ou ses diverses participations sur des compilations), paru il y a six ans, ne laisse pas de doute sur la situation actuelle de l’artiste. Entre psytrance ambiancée et downtempo panoramique, il semblait naturel que Scann-Tec s’échoue à un moment ou un autre sur les grèves luxuriantes d’Ultimae Records, dont il a certainement rencontré le tête pensante au travers du mastering pris en charge par messieurs Huby Sea et Aes Dana, rien que ça. Avant un « vrai » autre long play, l’artiste avait déjà publié chez Ultimae un live capté en 2011 lors de la quatrième Nuit Hypnotique, à Mulhouse. On sentait déjà là une progression certaine dans la production sonore, sans jamais renier les inspirations cosmico-psychédéliques (ce Hope de l’amour inconditionnel) qui transpirent de chaque beat ; 2016 marque la confirmation des talents du russe, avec son Unyt qui sort toujours chez nos lyonnais préférés.

Pour moi, le son Scann-Tec passe d’abord par les pads synthétiques qui semblent provenir d’une autre époque, tout comme les dialogues radiotéléphoniques dont il semble très friand. Omniprésents, je les imagine bien pérégriner depuis des années par-delà des cirrus intouchables, et captés inopinément durant nos explorations mésosphériques. Allant et venant sans brusqueries entre nos deux oreilles, les mélodies dilatées participent allègrement à créer l’imaginaire un peu rétro-futuriste qui nous accueille, prenant la forme d’instantanés colorés et granités qui mettent à l’honneur les lumières urbaines multicolores sous une pluie scintillante d’étoiles immémoriales. Les détails se mettent ensuite rapidement à fleurir au travers des compositions luxuriantes de Vladislav Isaev, utilisant sans retenue une myriade d’éléments coruscants qui picotent les terminaisons nerveuses de l’épiderme et s’écrasent doucement sur la fovéa, et aussi un travail d’orfèvre sur les mediums d’une souplesse décidément jouissive depuis quelques sorties ultimaesques. Des histoires de contrastes comme on les adore, entre mélopées insaisissables et piloérection spontanée, entre rythmiques asymétriques et basses fréquences chaleureuses (rien que cette morphing bass de l’ouverture Snova I Snova complètement épectasique, miam), dont le potentiel onirico-spatial reste quelque peu pondéré par les apparitions mesurées d’éléments bien organiques et terrestres. Des jets de guitare dans la piste éponyme au duo violon/voix absolument divin dans sa légèreté et sa parcimonie dans Quantum Evo ou le poème poignant d’Ivan Turgenev dans la conclusion, l’artiste ne manque pas de nous rappeler que c’est en se souvenant de nos origines qu’on pourra mieux viser le ciel avec les étoiles en point de fuite. Il sait également nous surprendre à certains moments, avec les breaks inattendus de Parsec et la ligne rythmique accélérée de Delta-V qui nous évitent de croire qu’on est en parfaite maîtrise de notre trajectoire en altitude, et permettent au doute de nous maintenir en vigilance constante, sous peine de s’égarer sans retour dans le néant.

En fait, la toute première chose qu’Unyt m’a évoqué, c’est cette impression de flottement instable mais jamais menaçant que j’ai déjà éprouvée sur le Hanging Masses d’un certain Cell. On est projetés dans l’atmosphère mais pas trop haut, tels des masses suspendues qui ne savent pas si elles appartiennent à l’impesanteur ou la gravité. Il suffit alors de fermer les yeux pour laisser sa tête tourbillonner entre le haut et le bas, la terre et les nuages, le minéral et le spatial jusqu’à ne plus distinguer de frontière entre ces mondes que tout oppose. Les deux sorties s’ancrent ainsi dans les mêmes territoires géostationnaires avec des strates ambient vaporeuses, des rythmes souvent bradycardiques et une réverbération toujours au-delà de notre champ de vue comme Ultimae en garde si bien le secret. Mais contrairement à Hanging Masses, nous laissant dériver dans une brume hypnagogique qui brouille volontairement le cerveau, Isaev nous permet ici non seulement de conserver le plein usage de nos sens, mais de les mettre en état d’hyperesthésie, à la recherche du moindre stimulus susceptible de nous exciter délicieusement les glandes surrénales : en témoigne la dynamique intrinsèque aux dix morceaux, qui émerge doucement mais sûrement à chaque nouvelle écoute et transforment certaines compositions telles Nadezhda ou Snova I Snova en véritables exhausteurs de réalité alternative.

Unyt est moins immédiat que beaucoup d’autres sorties du label, et c’est peut-être ce qui m’a empêché d’en parler plus près de sa sortie. Mais la curiosité et la persévérance m’ont poussé à y revenir pour lui rendre justice comme il se doit, car il recèle des qualités de production et de narration qui ne se révèlent qu’après de nombreuses écoutes. Bon moyen de se perdre aux extrêmes bordures de l’attraction terrestre, comme pour aller y tester ses propres limites afin d’apprécier plus encore ce qu’on est prêts à quitter, cette sortie loin d’être aussi lisse qu’il n’y paraît complète une nouvelle fois un catalogue quasiment irréprochable qu’il faut vous empresser de découvrir, si ce n’est déjà fait.

En plus d’être proposé en digital 24 bits et en digipak au design toujours très léché (mention spéciale pour la superbe image de couverture), Unyt inaugure le nouveau format en Dolby 5.1, pour une immersion encore plus complète dans les musiques panoramiques. J’ai pas essayé, mais pourquoi pas ?

Dotflac

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