Bertoni / Boccardi / Mongardi – Litio | Chaos et Entropie

litioOn voit fleurir ces derniers temps de plus en plus de projets collaboratifs de toutes sortes, un bouillon d’entrecroisements d’artistes issus d’horizons divers, mais semblant tous jouer dans une même cour virtuelle. Un vivier commun qui ne semble avoir comme point d’encrage qu’une simple similitude d’approche en terme de composition, un amour irraisonné pour l’improvisation, et une grande difficulté logistique à composer des morceaux d’une durée inférieure à 10 minutes. On vous a déjà touché quelques mots des pérégrinations d’Aidan Baker, qui s’est vite démarqué dans ce domaine, avec Werl – en collaboration avec Tomas Järmyr de Yodok – et B/B/S/, ou plus simplement Yodok tout court, sans compter quelques sorties singulières du label autrichien Trost Records : Saint Francis Duo et Via Combusta, avec, respectivement, des petits bouts de Sun O))) et de Zu dedans. Une belle brochette d’instrumentistes bruitistes dont l’objectif semble être l’extermination pure et simple de tout ce qui pourrait permettre de différencier rock, jazz, drone et noise.

Nouveau venu sur cette scène qui ne porte pas de nom (du moins pas à ma connaissance), le trio Bertoni / Boccardi / Mongardi débarque sur Boring Machines avec Litio. Une double bouffée d’air vaguement frais pour l’occasion puisque, d’une part, on intègre de nouvelle tête à cette scène plutôt confidentielle qui commence par moments à sentir la consanguinité, et, d’autre part, l’incorporation d’éléments ouvertement électroniques, ce qui n’est pas si fréquent que ça. Pour des raisons évidentes de clarté, nous tenterons autant que possible d’éviter l’utilisation de l’acronyme B/B/M/ pour l’occasion, bien que ce soit tout de même pas mal tentant.

Litio démarre avec Vento Solare, qui lui-même commence doucement. Une introduction qui ne fait pas mine de monter, avant que la batterie de Paolo Mongardi, chargée à bloc, ne vienne concrétiser la première marche. L’alliance de cette batterie avec les machines d’Alberto Boccardi et la contrebasse d’Antonio Bertoni montre très vite tout son potentiel. Un grondement continu et cadencé, qui enfle et désenfle, semblant annoncer une suite sans que celle-ci ne vienne réellement. Une sorte de drone rythmique qui résonne, cherchant à définir l’espace disponible pour s’exprimer, quelque-part entre Yodok et Stray Dogs, et envoyant bouler toute notion de climax auditif. L’audition n’inclue aucun repère, aucune borne à laquelle se raccrocher. On se situe en pleine abstraction spatio-temporelle, sans pour autant tomber dans l’abstraction sensitive. On notera au passage que 10 minutes 30 passent finalement plus vite que prévu.

Sans trêve, Chimera enchaîne sur un registre on ne peut plus rythmique. Ce coup-ci, l’abstraction est mise de côté pour ne laisser place qu’aux tendances les plus hypnotisantes et abrutissantes des structures répétitives. Autant dire qu’en terme de repères on est pas vraiment mieux servis, on toucherait presque du doigt une ambiance de sueur nocturne technoïde digne des plus belles caves européennes. Jusqu’à ce que… jusqu’à ce que le morceau ne se rompe, et vienne justifier son nom. Si Chimera était trop monotone pour vous, c’est désormais chose réglée. On croirait que quelque chose s’est cassé, comme un jeu dans l’engrenage, un déraillement. Qu’est-ce que ces 2 minutes 30 de décroissance arythmique peuvent bien foutre ici ? Je laisse le champs libre à toute interprétation.

Suite à ces deux premiers pavés, la lenteur et le calme de Red Stone Floating fait presque figure d’interlude. Une interlude de presque 8 minutes tout de même au cours desquelles la langueur des riffs écrasés de Bertoni et la maniaquerie de la cymbale de Mongardi pousseront l’ambiance chamanique dans ses retranchements les plus ritualistes. Une atmosphère minimaliste mais malgré tout bien pesante, propice à la perte d’attention, mais sans baisse de tension. Le tout nous mènera gentiment à Reconfigure Matter_Energy_Space_Time qui clôture cet album. Si B/B/M/ (ha, mince… désolé) semblent avoir mis tout ce qu’ils avaient dans le titre de ce morceau, on pourrait presque en dire autant de sa composition. Une longue rythmique saccadée forme les 6 premières minutes, reprenant les ingrédients oppressants des deux premiers morceaux. À la fois répétitive et instable, elle grimpe sans crier gare, slalomant entre les interférences, avant de s’éteindre doucement dans une déconstruction improbable. De là démarre un doux vacarme de contrebasse en pleine noyade industrielle, en prise à de subites crises de noise grasse.

Dit comme ça, ça parait bordélique, mais on ne révise pas les lois de la thermodynamique sans toucher du doigts les fondements du chaos.

Adrien

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