Monolog – Indemnity and Oblivion | Malmener le cadre

Je ne vous cache pas qu’on avait un peu honte de n’avoir que maladroitement cité Conveyor l’année dernière dans notre pot-pourri. Cet album, marquant la transition de Monolog de sa maison du cœur Ad Noiseam vers Hymen Records, prouvait plus encore que les autres que Mads Lindgren avait un insatiable appétit de repousser à chacune de ses nouvelles sorties les bornes des genres qu’il explore, et les prouesses techniques dont il persiste à faire preuve après des années d’activité. On se penche donc humblement sur son dernier né, toujours plus loin dans le turfu, toujours plus fort dans la débauche contrôlée, et toujours plus léché dans sa production. Voici Indemnity and Oblivion.

Inspiré par des évènements personnels tragiques qui ont engendré des sentiments d’incompréhension et de culpabilité irrépressibles, l’album tire son titre d’une loi qui garantissait un pardon global à tous les crimes commis durant la guerre civile qui a fait rage en Angleterre au XVIIème siècle. Le parallèle se trace ici facilement avec la musique, catalysant sans concession et en dix morceaux une palette de contrastes hallucinante sous la forme d’un exutoire salvateur. La violence danse avec les flottements, l’âpreté des textures s’amalgame à des passages mélodiques évasifs, les genres entrent en collision et forment de nouvelles particules fugaces qui échappent aux étiquettes afin de mieux titiller la curiosité des esprits assez malades pour s’enquiller 45 minutes de pseudo-breakcore à des années-lumières de la concurrence (si tant est qu’elle existe encore). Rien ne semble relier un morceau à son prochain, et pourtant, l’ensemble transpire la cohérence et l’intelligence, variant les pressions appliquées au public pour le préparer le moins possible à la suite, dans un souci constant de bousculer les préconceptions et de réveiller la part d’hystérie qui sommeille en chacun d’entre nous.

La présence régulière, notamment, de guitare électrique semble donner à Indemnity and Oblivion une bonne partie de sa saveur unique et délicieusement métallique ; chaque riff désaturé rampe sous nos pieds et soulève la terre meuble du sol pour nous ensevelir un peu plus sous les coups de snare brutaux caractéristiques du danois. Agenda introduit magistralement ce concept dès les premières minutes de l’album, associant les coups de schlass au bide de la guitare et les allers-retours de barre à mine percussive sur les lombaires à un ralentissement du tempo qui suspend ces petits plaisirs coupables hors du temps. Quintessence de la catharsis peut-être dans True North, réussite absolue de la fusion des genres improbables, où les mesures s’étirent jusqu’à la limite du point de rupture, pour simplement mieux vous péter à la tronche lorsque les déflagrations vocales de Mathias Lodmalm entrent en jeu dans un style black metal aussi inattendu que foutrement jouissif. Les basses fréquences vérolées s’agitent d’impatience sous la surface, les amplitudes vertigineuses sont autant de manifestations explosives des doutes et des colères sous-jacentes qui n’attendent que l’émancipation par la destruction, allant du cache-cache tendu avec ses démons intérieurs (Skeletons Are Watching Me) à la débauche spasmodique chromée que seul le drum’n’bass d’un Dean Rodell peut contribuer à forger (Serenity). Et à chaque paroxysme énergétique succède une césure réverbérée dans les abysses qu’on rêve de rejoindre avant de se souvenir que survivre n’est pas un crime et que s’abandonner à l’oubli n’est pas une solution ; la vie s’insuffle alors à nouveau grâce à la puissance condensée des morceaux plus nerveux, plus dangereux aussi, qui balancent l’album du côté du combat et de l’insurrection.

Quand s’arrêtera-t-il donc ? N’y a-t-il aucune limite à la créativité de Monolog, qui ne semble pas souffrir de l’effet de plateau que tant d’artistes subissent après des années à explorer une même niche musicale ? Il semble qu’il trouve toujours un moyen de placer la barre plus haut, d’ajouter une pierre à un édifice qu’on croit à chaque fois à son point culminant. Je l’ai cru avec Conveyor, et voilà qu’Indemnity and Oblivion reprend le flambeau d’une fort belle manière. Pour une prochaine édition encore plus folle ? On peut déjà parier que ce sera le cas. Mais en attendant de se prélasser dans des conjectures foireuses, on pourra profiter sans modération d’un objet où la médiocrité n’a décidément pas sa place. Le compromis non plus d’ailleurs.

Digital d’un côté, CD et vinyle de l’autre. Vous attendez quoi ?

Dotflac

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