Cell – Onwards System | Impesanteur

Onwards SystemÇa faisait trop longtemps que je ne vous avais pas exprimé mon Amour sans borne pour Ultimae Records, presque un an. C’est trop, et ça tombe parfaitement bien puisqu’un des piliers de l’ombre de cette écurie a resurgi avec un nouvel album de toute beauté. Qui est cette personne ? Alexandre Scheffer, qui produit sous l’alias Cell et dont le dernier haut fait en solo remonte à 2009 avec Hanging Masses (Live in Corfu ne compte pas, par principe, bien qu’il est lui aussi splendide), qui portait et porte encore très bien son nom, restant toujours dans mon panthéon personnel des disques downtempo et ambient à travers ses particules soniques en suspension. On avance donc de 13 ans pour se retrouver avec Onwards System, qui à mes oreilles et mon plus grand plaisir semble prolonger la narration entamée sur son précédent long format, pour le meilleur. Explications.

Sans trop s’épancher dessus, Hanging Masses possédait cette aura qui le plaçait effectivement entre deux mondes, suspendu en impesanteur entre la Terre d’où il émerge et l’espace qu’il convoite. Un équilibre physique qu’on pourrait voir comme un tiraillement, alors que c’est certainement tout le contraire : j’y perçois plutôt un centre de gravité qui prend le meilleur des deux environnements pour se placer en vol stationnaire, dans une position dont beaucoup fantasment mais excessivement peu expérimentent. Onwards System s’intègre parfaitement à ces rêves lucides, où pads spatiaux et kicks profonds dirigés vers les astres observent les reliefs terrestres et les mélodies anthropogènes, électrons libres à la surface du point bleu pâle qui les a enfantés. Mais là où Hanging Masses nous propulsait dans la stratosphère du côté de l’aube, éblouis par les rayons solaires dans un air à l’oxygène juste assez raréfié pour nous donner le vertige, sa contrepartie explore la face crépusculaire de ce panorama intangible. Le design sonore est toujours aussi enveloppant, délicat et vaste dans son approche, mais donne aussi toutes ses lettres de noblesse aux textures croustillantes qui crépitent derrière les oreilles. Je ne serais pas surpris d’y reconnaître l’attention d’horloger aux détails sonores de Vincent Villuis, responsable comme d’habitude d’un mastering aux petits oignons, mais ayant aussi mis les deux mains à la pâte de la production de l’album. Une vision éclairée et universelle, mariant les deux infinis à notre niveau.

Malgré la luxuriance fractale de chaque chapitre du disque, point de démonstration technique éhontée, mais au contraire un ressenti faussement minimaliste qui brouille les repères pour mieux nous surprendre. Bien que les espaces entre les atomes sont agrandis par la faible pression locale, cette dilatation laisse paradoxalement mieux respirer l’essentiel : les notes se libèrent des contraintes pour resplendir, les trames de fond subhertziennes deviennent des matelas cotonneux de haute altitude, puis la lumière tombante tirant vers le rouge grenat finit par traverser les cristaux de glace pour picoter affectueusement l’épiderme. Onwards System, c’est le fragile filin tiré entre la surface et le cosmos, nous tenant en harmonie précaire dans une position où il est possible de chuter dans les cieux et de s’envoler dans les océans. Faire fi de la réalité pour se créer la sienne, loin de l’agitation et de la frénésie imbibant les sols. Une bulle filtrant les parasites pour laisser s’exprimer les détails cachés dans les interstices. Mais sans oublier l’humain en arrière-plan, en en préservant les fulgurances avec des mélopées, parfois dissonantes, nées aux confins d’un système limbique. Les saillies lacrymales de Drawing Out, l’instabilité intrinsèque de Geiger ou les arpèges mouvants de la piste éponyme sont des exemples parmi d’autres de compositions aux airs de classiques instantanés dans le catalogue d’Ultimae Records. Je pourrais tout autant vous parler des relents glaciaux en aérogel d’Auxin, me rappelant beaucoup Pjusk, ou encore des conversations fréquentielles de Walker Paper, mais ce serait gâcher le plaisir de la découverte.

Véritable masterclass d’une musique qui transcende le sound design dans les prismes de la mélodie et de la spatialisation, sans jamais céder à l’onanisme aseptique d’une technicité irréprochable mais sans âme, Onwards System est au barycentre de tout ce qui a fait, et fait toujours du label lyonnais l’un des sanctuaires des musiques panoramiques qui se savourent à toute échelle et tout point de vue. Construit avec une cohérence exemplaire dans sa progression, n’attendez plus pour tenter cette aventure détachée de l’attraction gravitationnelle, où le poids du quotidien ne peut avoir aucune prise.

Du CD et du digital par , et du double vinyle d’ici l’automne au même endroit.

Dotflac

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