Immunity – Jon Hopkins le vrombissant

Jon Hopkins

Jon Hopkins, c’est un peu l’antithèse du mouton de Panurge, le mec méconnu mais connu, l’empêcheur de tourner en rond qui arrondit les angles, la cinquième roue du carrosse qui ne casse pas trois pattes à un canard mais qui est étrangement loin d’être superflue, l’artiste pas concon qu’on comprend pas toujours. Un profil à la fois similaire à celui de David August, mais en même temps opposé : si les deux sont tombés dans la musique classique lorsqu’ils étaient petits, l’un d’eux a ensuite choisi de produire une musique house un brin borderline pour cervelas fouineurs de sonorités moins commodes, le second des deux a quant à lui emprunté la trajectoire inverse. Jon Hopkins vient de l’ambiance ambiant/IDM mais avait apparemment un poil trop envie de danser pour rester planté derrière son PC. Autant vous dire donc que si son Insides de 2009 vous avait emballé, déballé, voir même mis une claque, alors vous étiez certainement une personne de goût car c’est effectivement un bel album, sur lequel on trouve quelques notables pistes bien ficelées comme le titre éponyme Insides ou mon petit chouchou Colour Eye. Alors j’aurais bien pu continuer les comparaisons houleuses et/ou flatteuses, mais son premier album Opalescent est sorti il y a maintenant 12 ans, une époque où des tours s’effondraient à New York et où j’écoutais encore P.O.D. en portant des baggys au niveau des cuisses, et il faut comparer ce qui est comparable (après tout si Pierre et Marie Curie avaient découvert le radium et le polonium en 2013 autant vous dire qu’ils auraient pu s’assoir sur leur prix Nobel). Alors oui c’est frustrant de se dédouaner de tous repères mais avant de savoir si Immunity est moins meilleur ou plus bon qu’un autre album, commençons par voir s’il est bon.
Et c’était pourtant mal barré car n’ayant pas vu passer ce nouvel opus sorti en juin dernier chez Domino Records, c’est par le biais d’une collaboration assez plate avec Natasha Khan (aka Bat For Lashes) que j’ai atterri sur Immunity. Alors lorsque les premières notes de We Disappear parviennent à la surface de mon oreille moyenne ça sonne tout de suite avec beaucoup plus de relief. Des sonorités rythmées comme du papier à musique, un truc simple mais efficace, empruntant au glitch ce qu’il a de plus élémentaire pour en créer une atmosphère étrangement aérienne. On comprend tout de suite l’intérêt de la musique de Jon Hopkins dès ce premier morceaux : populariser une musique audacieuse mais qui pèche ordinairement en accessibilité. Ce qui pourra être pris pour certains comme une trahison est en tous cas une réussite sur le plan artistique.
Puis vient Open Eye Signal, une ambiance beaucoup moins déstructurée et cadencée que la précédente, mais une sorte de house alternative, sombre et confinée. Des grésillements lourds qui font vibrer jusqu’à votre vésicule biliaire. Un poil trop clubbing pour certains – il est vrai – mais Jon Hopkins ne ment pas, et avec ses 7 minutes 50 il n’y va pas de main morte et enfonce le clou jusqu’à la tête. Et puisqu’il est suffisamment rare qu’un artiste passant sur Tartine de Contrebasse aille jusqu’à pondre un clip, on va profiter de celui-ci. Enjoy.

Alors je vous le dis derechef : si cet Open Eye Signal vous a gonflé, Collider et Sun Harmonics risquent de vous filer une sacrée nausée tant le concept initié ici est par la suite étiré, exagéré, exploité jusqu’à l’excès, jusqu’à un excédentaire accès de monotonie dont les 21 minutes issues de ces deux pistes finiront de vous achever sur le pavé. Ce n’est néanmoins pas tout à fait désagréable et l’on parvient tout de même à clôturer le tout sans pour autant zapper. Oui certes on a vu mieux, mais l’album ne se résume pas à ça.

On trouve en effet d’autres recoins plus audacieux dans ce disque parsemé d’embuches, comme Breathe This Air, une collaboration réussie avec Purity Ring, duo montréalais dont nous vous avions déjà brièvement parlé ici, mais dont on a pourtant du mal à cerner l’ampleur de leur apport. Quoi qu’il en soit on apprécie l’exercice, cette alliance de l’ombre et de la lumière, ces douces notes de piano alourdies et abasourdies par de pesantes basses, une atmosphère à la fois douce et vrombissante. On touche certainement ici à ce que Jon Hopkins aura su apporter de meilleur à son album, un peu dans la continuité de We Disappear, et que l’on retrouve une dernière fois sur le très bon Form By Firelight. Ces trois pistes réparties aux quatre coins de l’album forment une trame rassurante qui évitera aux afficionados de se tirer une balle, voir même de clôturer cet album avec un soupçon de sourire au coin des oreilles.

On notera finalement deux incursions assez inattendues dans une nappe sage et enveloppante d’un ambiant piano d’une douceur et d’un décalage incroyable vis à vis d’autres portions d’Immunity. Abandon Window arrête le temps le temps d’une piste dont la durée est officiellement de 4 minutes 58. Le titre éponyme ferme la marche, et c’est une ambiance à la fois mélancolique et onirique qui n’est pas sans me rappeler ce que les rennais de Fragments nous avaient offert l’an dernier sur leur premier EP. Si cet article avait traité des Daft Punk j’aurais certainement hurlé au plagiat, mais comme c’est Jon Hopkins je me contenterais de dire que « ça m’y fait vachement penser ».

Pour le reste, sachez donc que Jon Hopkins a un Facebook, un Soundcloud, un site officiel, tout ça tout ça.
Immunity est disponible chez Domino Records, et dans tout plein d’autres endroits habituels.

Adrien

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