Sociopath : DaFake Panda limite nervous breakdown

qu'est-ce que vous voyez ?J’ai eu envie de commencer cette chronique comme une espèce de prédication catastrophiste, style : « Quand le Panda s’éveillera… » …mais j’ai rien trouvé de concluant pour la suite. Alors on va juste dire qu’après un EP sorti chez Sociopath Recordings (allez-y c’est gratuit le samedi), le netlabel taïwanais, et quelques remixes bien gaulés, le jeune Panda misanthrope sort enfin son premier long, Sociopath (on s’y perd un peu dans les sociopathologies) qui est aussi sa première sortie physique, chez l’allemand Aentitainment.

Foin de suspens, cet album est plus frontal et percutant que ses productions antérieures. Plus brutal. Plus simple ? Effectivement, les rythmes semblent plus faciles à appréhender, plus clairs, ou alors c’est que j’ai déjà trop écouté le Panda. Ce qui est rigolo, c’est que quand on a eu la chance de recevoir l’animal farouche en interview, on comprends un peu mieux ses obsessions, et du coup, certains pans de sa musique. Je pense qu’il n’est pas abusé de faire le lien entre la structure, la lenteur et l’atmosphère de To Insanity avec les créations d’Oyaarss. Cette espèce de locomotive musicale implacable, lente mais déterminée, celle qui t’écrase de toute sa rouille, accompagnée des basses qui crachent et râpent, est un des éléments fondateurs de la musique du Letton, reprise dans ce morceau, mais pas plagiée. Elle est adaptée, refondue pour être mise au service de l’atmosphère du Panda, agrémentée ici de glitchs subtils et des petites clochettes qui faisaient et font toujours le liant de son œuvre.

Vol au-dessus d’un nid de pandas

Au-delà du décalage général vers une musique plus frontale, plus brutale, taillée pour le live, un élément de taille est cette guitare, que l’on retrouve habituellement aux intros, en particulier sur The Rorscharch Test, et sur l’ensemble de To Insanity. Ouh d’ailleurs, j’y pense en écrivant « intro » : cet album manque d’une intro digne de ce nom. Voilà. C’est dit. Bref, je disais, la guitare, elle y joue un rôle central, très adapté à la construction d’une ambiance toute en équilibre entre les basses et percus (bien lourdes, bien grasses, le nerf de la guerre) et cet enrobage pointilleux, tout en petites touches aigües. DaFake Panda sait que la violence des envolées de gros kicks n’acquiert jamais autant de sens que lorsqu’elle est confrontée à des phases plus calmes. To Insanity n’est pas qu’une preuve de la maîtrise exploratoire du Panda, mais aussi un élément-clé dans l’équilibre de cet album.

Bagarre, et tout est dit dans le titre. Morceau efficace s’il en est, et, poussons le bouchon peut-être un peu trop loin : d’influence éminemment Niveau Zero-ienne ? Mais je ne veux pas être cet enfoiré de chroniqueur décorticateur qui trouve toujours des références partout, surtout là où il n’y en a pas. Alors disons un bon dubstep bien crade, qui sait aussi bien faire son auto-parodie tout en restant sérieusement percutant. En tous cas, dans mes oreilles qui sont dans le train de 7h22 à l’heure où j’écris ces lignes, percutant, ça l’est.

D’ailleurs, niveau percussion, on atteint une certaine plénitude avec Neurotic. Morceau probablement le plus rêche et le plus cru, il semble comme un coup de colère d’un matin au réveil où ça n’est tout simplement pas possible. De ce morceau froid comme la vengeance, aux kicks et snares empruntés aux producteurs d’une frange encore plus dure, on retiendra le message suivant : « foutez-moi la paix, bordel ». Petit Panda pas content.

DaFake Panda

Maître en son domaine

Loin de délaisser les sons qui ont fait son identité sur des morceaux fondateurs comme Haze Flavor Bamboo, il s’agit plus ici d’une tentative de bornage. DaFake Panda explore les limites de son domaine, tout en gardant le fil d’Ariane qui le relie à son nid douillet. En témoignent principalement les interludes, et les enrobages qui reviennent çà et là, comme lors de l’intro du dernier morceau, W.W.F, avant de laisser la place aux percus énervées et plus à propos.

Mais c’est pas parce qu’ils ont une belle gueule qu’il faut tout leur passer, à ces putains de faux-ours bicolores style yin-yang mythologie chinoise mon cul. Alors, si j’essaie de mettre de côté l’engouement provoqué par ses travaux antérieurs et de me focaliser tout entièrement sur cet album, il faut quand même que j’avoue ne pas toujours adhérer pleinement à la direction choisie. S’il y a évidemment des morceaux que j’absorbe de bout en bout sans aucun problème, et même avec un plaisir total (The Rorschach Test, To Insanity, Bagarre), comme d’autres auxquels je me sens plus hermétiques du début à la fin (Antisocial Personality Disorder), certains me sont beaucoup plus problématiques, car créant la frustration de me larguer en route (Sociopath). J’adhère autant aux 70 premières secondes que les suivantes me hérissent le duvet du lobe de l’oreille. Enfin vous voyez. Mais que voulez-vous, ma pauvre dame, tous les goûts et les couleurs sont dans la nature de l’homme et du plantigrade, et d’ailleurs ce dernier est sacrément en train de piétiner la flemmardise de ses congénères trop occupés à machouiller leur bambou.

Never say no to Panda

(oui je sais, elle était facile celle-là)

Bref, cet album est probablement moins perturbant que les œuvres précédentes de DaFake Panda. On sent moins le besoin de s’accrocher à tout prix pour comprendre. Mais même si moi, j’aime bien être perturbé, en même temps, il s’agit évidemment d’un album taillé pour le live. Son objectif est moins de nous bousculer sur nos repères et essayer de nous perdre tout le temps que de nous bousculer par sa violence et essayer de nous faire frémir du popotin. Malgré tout, l’expérimentation reste là, car cet album est en soi une évolution du son du Panda, aussi bien qu’un pot-pourri de styles et d’influences plus ou moins visibles. L’animal ne reste pas en place, il faut qu’il bouge, il faut qu’il essaie, il faut qu’il change tout le temps, il n’est pas du genre à produire 12-fois-le-même-album-mais-en-différent, et à nous de le suivre. Avec ce premier album, DaFake Panda se démarque quelque peu de ses origines, certes, mais sans les renier, et nous propose une autre facette, tout en explorant ses possibilités. Et ses possibilités sont relativement énervées, en ce moment. Quand le Panda s’éveillera, d’abord il ira chier, comme tout le monde. Ensuite, il viendra vous fracasser.

Ehoarn

Sociopath, le premier album de DaFake Panda est disponible chez Aentitainment. L’animal peut être pisté sur piou piou, sur le livre des visages, sur le nuage bruyant. Pour un mec soit-disant pas doué pour la communication…

La photo est de Svarta Photography modifiée par les soins d’Antoine Marroncles.

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