Autistici & Justin Varis – Nine | Il était des fois…

NineLes résolutions de la nouvelle année n’ont jamais été faites pour être respectées. Aussi ai-je tenu deux semaines avant de retomber dans le confortable bouillon musical de la calmitude qu’est l’ambient. Ça vous a manqué, non ? Intéressons-nous en ce début d’année à Eilean Rec. , petit label français sans prétention qui a comme principale caractéristique de vendre toutes ses copies physiques avant même la date de sortie de ses albums. Explorant essentiellement tous les interstices situés entre l’ambient et l’électro-acoustique, la discrète entité a déjà proposé des travaux touchants de la part de gens estimables (Pascal Savy, Masaya Osaki) et estimés (Dag Rosenqvist, Spheruleus, Aaron Martin) ; un bouillon de talents éveillant inlassablement notre curiosité à chaque nouvelle sortie.

Pour inaugurer 2016, Eilean Rec. nous propose une collaboration qui n’était certainement qu’une question de temps avant de voir le jour. D’un côté se trouve Autistici, projet britannique de David Newman dont les sonorités se rapprochent pas mal d’un 12k hypodense plus aérien, sur lequel il a d’ailleurs sorti son premier long format avant de rendre visite à Home Normal ou Hibernate pour ne citer qu’eux ; de l’autre, Justin Varis, dont on ne sait au final que peu de choses. Quelques recherches nous indiquent cependant son rapprochement régulier à Autistici et son label Audiobulb Records, usant de field recordings plus incisifs et proches de leurs origines, mais c’est à peu près tout.

Mise en commun de ces orientations artistiques, Nine est une toile pointilliste en perpétuel mouvement travaillée par les deux compères, dont les différentes pistes qui la composent sont autant de couleurs sur une palette, et dont les infinies possibilités de mélanges sont tous les états par lesquels le tableau est susceptible de passer. Visions d’une journée estivale où l’horizon dégagé nous salue de derrière les vertes collines, où la bise méridionale qui caresse des mers d’épis crée une houle végétale renversant nos repères terrestres, où l’harmonie fluide des formes, des couleurs et des mouvements enivre nos sens et nous porte aux antipodes des morsures que le froid est finalement venu nous porter.

Mais surtout, il y a cette maison perdue à côté du point de fuite vers le soleil. On s’en rapproche si naturellement au cours de l’écoute qu’on réalise à peine qu’on finit par y pénétrer. Tandis que le crépuscule et ses fraîches paresthésies pointent, on suit la lumière d’une fenêtre et les détails commencent à fourmiller ; on discernera dans les derniers morceaux les aboiements du chien de nos grands-parents, on abandonnera les discussions familiales pour refaire tourner cette vieille boîte à musique qui nous rassurait jadis lorsque le sommeil nous abandonnait ponctuellement. L’album semble très bien représenter ces lieux et objets importants de notre vie, à la fois très loin de tout notre étouffant quotidien et au plus près des nécessités de notre cœur. Grey Orange Red ou Amber (Sleep Test for Erik) transpirent de la même candeur et innocence dont on s’abreuve dans les points de repère familiers de notre enfance, la chaleur rassurante de ces souvenirs revivant à travers Violet Green ou Yellow. Mélange d’enregistrements de terrain retenus, nappes ambiantes redondantes et pichenettes micro-tonales, les instants dépeints semblent à première vue immuables, mais les strates multicolores évoluent pourtant à chaque fois qu’on détourne le regard, à l’image des éléments sonores qui glissent sans résistance entre les différents plans de cette fresque aux détails exclusifs à chaque auditeur. L’histoire de répétitions imparfaites qui se détachent de leurs chemins pour suivre leurs propres voies.

C’est pourquoi le second CD de ce double album est moins subsidiaire qu’il n’y paraît, offrant une réinterprétation aux points de vue multiples de Nine. Et quels points de vue : que ce soit les chaleureuses accolades de la flûte de Katie English sous son pseudo Isnaj Dui, la berceuse aux craquements épidermiques de Christopher Hipgrave, la plongée dans l’éther avec Pillowdiver ou un mirage lointain légèrement anxiogène de la part de Offthesky, les habitués reconnaîtront des références du genre qui se sont prêtées au jeu du remix avec brio (à l’exception notable du Letters! On Sounds épileptique). On comprend alors mieux que l’album original n’est pas une œuvre statique, mais une ébauche proposée par David Newman et Justin Varis, comptant sur ses auditeurs pour en réassocier les couleurs et en modifier le cadre grâce à leurs propres expériences, transformant Nine en une esquisse unique pour tout un chacun.

Au-delà de ça, c’est un album qui condense parfaitement ce qu’on attend généralement d’un travail ambient : des contrastes palpables, de la rêverie à la pelle, et un espace suffisant pour y apporter nos propres effets personnels qui vont le contextualiser et le rendre différent des autres. Une bien belle sortie pour les chercheurs d’ailleurs, et encore plus pour ses trouveurs.

Aucune édition physique ne survit plus de quelques jours chez Eilean Rec. , mais c’est pas grave, on est à l’ère du digital ou bien ?

Dotflac

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