Hotel Neon – Remnants | Tectonique des nappes

RemnantsRévélés l’année dernière par Home Normal (cœur avec les doigts), au travers d’un remaster très inspiré de la part de Ian Hawgood, les philadelphiens derrière Hotel Neon auraient facilement pu prétendre à une belle place dans notre sélection annuelle, si leur album du même nom n’était pas originellement sorti en 2013. Mélange spontanément équilibré de distantes plaintes mélodiques à la guitare électrique, de pédales d’effets bradées et d’enregistrements de terrain lo-fi, Hotel Neon m’obsède toujours grâce à son ambient qui dessine des paysages aussi flous qu’ils sont irrésistiblement absorbants. Un voyage vers des altitudes hypothétiques ne se révélant qu’à ceux qui ne cherchent pas à les atteindre. Et depuis quelques temps, ô joie pleurs de joie, un nouvel album se profile sérieusement à l’horizon. Extraits live et teasing régulier préparent le terrain et il y a peu, l’annonce officielle de Remnants émerge, se payant même le luxe de paraître sur Fluid Audio qui bénéficie déjà d’un sérieux catalogue comptant notamment des gens comme Field Rotation, Talvihorros ou Wil Bolton.

D’abord formé par les frères Andrew et Michael Tasselmyer, le duo originel s’est mué en trio avec l’addition de Steven Kemner (loin d’être un inconnu pour eux, car les trois forment avec le troisième frère Tasselmyer le groupe de post-rock Tycho-esque The Sound of Rescue). Peut-être est-ce lui qui a apporté un plus de plus de clarté et de définition aux sons de Remnants ; le genre musical a cependant la même efficacité à flouter ses propres contours que ceux de ses auteurs : on aura beau essayer de les détailler, l’ajustement ne se fera jamais, et c’est certainement mieux comme ça. Mais plutôt que poussiéreux et éthérés sur Hotel Neon, les sons nous gardent ici plus proche du sol et de la brume. Plutôt que spirituel et un poil abstrait, le voyage qu’on nous propose d’effectuer sera fait de bribes de souvenirs bien réels, puis transformés par les (in)capacités hippocampiques en films orientés par les expériences et les sentiments immédiats.

En l’occurrence, leur dernière production s’inspire d’un trek en Islande, restitué ici de manière expansive sur des films argentiques à moitié brûlés par la lumière. Terre de contrastes s’il en est, les éléments cohabitant de manière souvent brutale sur l’île résonnent dans les quatre morceaux qui nous lovent sans jamais nous asphyxier. Strates de guitares dronées évasives, pulsations de basses fréquences souterraines et field recordings noyés dans la masse marchent toujours aussi bien quand il s’agit de provoquer des émotions appréhendables par tout le monde, mais ils s’habillent d’une nouvelle épaisseur mélodique assez inattendue et bienvenue. On retiendra la conversation lacrymale des guitares avec le piano dans Chains, où on s’imagine uni avec cette nature environnante à la fois impitoyable et attirante, aux mystères effrayants et pourtant si tentants d’être mis à jour. Ou les rincées de pluie providentielles personnifiées par des riffs au bottleneck dans Deluge, dont l’association initiale aux îles tropicales se voit ici aliénée par un climat versatile et une nostalgie suspendue dans le temps. Mais ces souvenirs restent toujours hantés par la démarche retenue des artistes, la quête silencieuse d’une forme de minimalisme qui donne les clés de l’intrigue à ses auditeurs, tout en les laissant errer librement dans ses méandres indiscernables. Et c’est sûrement ce qui fait fonctionner la recette d’Hotel Neon : proposer une interprétation sans l’imposer, montrer aux gens la lumière mais leur permettre d’emprunter leur propre voie à travers les nuages.

Bémol malgré tout, en relation avec cette liberté offerte par les artistes : la durée de l’album. Je fais partie de ceux qui ont besoin d’un certain temps pour se fondre dans un paysage sonore, et ne faire momentanément qu’un avec le medium. Et 33 minutes ne sont définitivement pas assez pour me satisfaire, contrairement à leur travail éponyme à la longueur bien plus adaptée aux divagations diurnes. Mais peut-être que ce sera suffisant pour vous, car la qualité est au rendez-vous, et c’est juste Taylor Deupree qui s’est chargé du mastering de Remnants. Épuisé en moins de deux heures après l’annonce des pré-commandes sur Fluid Audio, quelques exemplaires de la magnifique version physique et son pendant digital seront disponibles sur le Bandcamp d’Hotel Neon d’ici peu.

Pour moi plus un gros EP qu’un album, Remnants me laisse déjà espérer une troisième sortie combinant le meilleur de leurs deux premières. Mais comme ils diraient, « Restraint over haste ».

Fluid Audio ayant la fâcheuse habitude d’être victime de son succès et de vendre tous ses stocks de CDs et vinyles en pré-vente, vous trouverez la version digitale directement chez Hotel Neon (qui a vendu ses propres copies depuis bien longtemps aussi).

Dotflac

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