Legiac – The Voynich Manuscript | Cryptonique

the-voynich-manuscriptCertains s’étaient émus de The Faex Has Decimated, le précédent album que Legiac a sorti chez Tympanik l’année passée. Mais je n’en ai pas fait partie, n’adhérant que peu à ces musiques lorgnant trop franchement vers un faisceau IDM qui ne m’a jamais passionné. Sans renier leurs influences, Aphex Twin, Autechre, ou Access to Arasaka, ben ça m’emmerde (les rageux vont rager). Et bien que Legiac n’a pas atteint ces extrémités, le blip-blop a vite eu fait de me repousser. Mais Roel Funcken appartient à cette catégorie de gens qu’on surveille toujours, qu’on en aime ou pas les productions plus récentes. Surtout connu et reconnu pour la création avec son frère Don de la paire Funckarma au millénaire précédent, le qualifier de vétéran de cette scène électronique presque pré-internet ne serait pas un luxe. Et quand on apprend qu’une nouvelle galette du duo qu’il forme avec Cor Bolten va paraître chez Dronarivm, la curiosité l’emporte forcément sur ma demi-molle de chez Tympanik en 2015. Et je me retrouve donc à en causer aujourd’hui.

Le manuscrit de Voynich, c’est un document qui excite les cryptographes car personne n’a pu en découvrir le sens exact ni ses auteurs à ce jour. Un codex opaque qui résiste depuis des siècles à toute tentative de déchiffrement, et dont les significations plausibles proviennent plus du domaine de l’imagination que de faits avérés. Peu de doutes sont alors laissés sur les intentions de l’album, qui partage le même nom que le document énigmatique, mais pas que. Le premier mot qui me vient à l’esprit quand j’écoute The Voynich Manuscript, c’est « mystérieux ». Traverser les 11 morceaux, c’est progresser sans but à travers une brume éternelle où la lumière solaire se diffuse indéfiniment. On marche sur de l’air, on perçoit sans voir, on sait vers où l’on se dirige mais évoluons sans but affirmé ; un environnement en stase qui ne vit pas à la même vitesse que nous et nous encourage à relâcher les tensions résiduelles, révélant progressivement ses délicats secrets si on accepte de se placer dans le sens du courant temporel plutôt que de lui faire face et de le bousculer. Barycentre de l’univers ambienté au glitch de Legiac et des racines électroacoustiques de Dronarivm, The Voynich Manuscript installe une belle harmonie relative à travers ses strates diaphanes qui naissent et s’évaporent furtivement dans l’éther, ses ébauches mélodiques aux origines quasi-spectrales et ses rares lignes de basse au visage d’ange gardien, nous rappelant toujours in extremis notre dépendance à la gravité quand on s’apprête à se disperser dans l’inconnu qui nous surplombe.

Au-delà du mystère, le disque suggère comme le manuscrit une certaine fascination indéfinissable. Cela vient peut-être de la fausse immobilité provoquée par l’écoute, nous faisant naïvement croire qu’on fait du surplace dans le brouillard sonique alors que des interventions sonores de dimensions voisines à la nôtre évoquent précisément le contraire d’une manière très naturelle : d’une forêt nocturne, on passe à des rivages crépusculaires, à une ruelle pleine de vie ou des plaines venteuses, créant un double-état intoxiquant le cerveau. Où sommes-nous ? Où allons-nous ? Le saurons-nous seulement ? Des questions réclamant une réponse en temps normal deviennent accessoires, car l’inconnu ne provoque ici aucune crainte, comme si la musique avait la capacité d’anesthésier sélectivement le cerveau tout en en dopant d’autres aires. La raison s’endort, les sens s’activent, l’imagination est désormais notre réalité ; explorer The Voynich Manuscript semble se vivre comme un rêve lucide et persistant. Surprenant aussi de se rendre compte comme il est difficile de choisir des morceaux plus que d’autres, car la diversité des sons, des compositions et des tableaux dessinés par les deux artistes sont les fondations improbables d’un réel ensemble (bien que j’ai envie de retenir la nostalgie enfantine de Troven Briangular ou les rafales de cordes ardentes de Ambikythera Mechanism). La cohérence émerge au-delà de son absence, et la volonté de ne pas implanter une trame narrative fixe à The Voynich Manuscript permet à tout un chacun de lui donner le sens qu’il souhaite, car Legiac traduit juste l’état d’esprit dans lequel on doit aborder leur création, sans en définir le cadre.

Sans renier leurs origines, Roel Funcken et Cor Bolten passent avec succès à la moulinette Dronarivm, proposant leur facette ambient exacerbée au glitch sur le label qui bénéficie d’une autre sortie en marge de ses productions habituelles, après un Elephant lui aussi unique en son genre (et très bon au passage). Une belle petite galette sur mesure et sans prétention, qui se bonifie au fil des écoutes. Quoi d’autre ?

C’est par ici pour vous offrir tout ce dont vous avez besoin sur le Bandcamp de nos amis russes.

Dotflac

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