Channeling – s/t. La corde sensible

channelingOn aura très peu de choses à vous raconter sur Channeling. Du moins sur l’artiste. Projet sorti du chapeau du jeune producteur new-yorkais Andrew Osterhoudt, ce premier opus éponyme est paru il y a peu sur le tape label floridien Illuminated Paths. Un artiste que l’on ne connaît pas, donc, sur un label que l’on connaît peu, mais que l’on savait malgré tout avoir quelques malsaines affinités avec les mouvances néo-rétro synthpop/vaporwave, ce qui nous est d’ordinaire plutôt gage de crise de panique. Force et persévérance nous ont néanmoins conduit sur le sentier de cet album qui, sans trancher radicalement avec la ligne directrice du label, se veut malgré tout bien au dessus du lot.

Malgré l’apparente touche « lo-fi » qui circule autours de cette cassette brumeuse (oui, c’est sorti en cassette, édition limitée), ne vous y trompez pas. Andrew n’est pas le genre de punk à enregistrer le bruit d’une canette de 86 sur VHS. Armé d’un home-studio plus qu’enviable, Channeling produit son petit truc tout seul, pépouse, de l’écriture jusqu’au mastering, et on est bien loin d’un chiffon de néophyte. Guitare et synthé – la base, diront certains. Mais si les ingrédients ne font pas dans l’originalité, faut il encore savoir s’en servir et les agrémenter sans excès. Assurez vous néanmoins d’être armé d’un casque digne de ce nom si vous souhaitez profiter de l’excursion (et au passage éviter les acouphènes).

Tranchant son trois quarts d’heures en 10 bouchées digestes, Channeling nivelle les plages lancinantes, superpose les styles en posant chaque note à l’endroit exact où elle devait se trouver. Menant la barque entre les rives d’un ambient douillet et d’un drone indiscutablement racleur, la noise n’est jamais loin. À ce titre, le morceaux le plus parlant est sans conteste Moth, petite perle grondeuse et synthétique, où chaque élément est mis en exergue dans un écrin aqueux, rond et cristallin. la mélodie s’embrouille, rétropédale et décolle. Channeling crève le plafond de nos attentes en semblant vouloir redéfinir quelque chose qui ne l’aurait jamais réellement été.

Son drone grinçant n’est pas sans rappeler certaines échappées de la carrière d’un certain Christian Fennesz, maestro devant l’éternel du guitare-synthé sachant éclater sans vergogne le mur du son. Un coup d’oreille au titre Burial suffira à juger de la pertinence (ou non) de la comparaison, tant les cordes omniprésentes résonnent à l’infini et caressent doucement les limites de l’audition humaine. La part belle aux cordes reste un dénominateur commun à cet album, bien qu’elles y soient souvent altérées ou étouffées, comme sur la double piste Mirror I / Mirror II, ou sur Sunrise Again.

Sunrise Again qui, ouvrant l’album, apporte derechef son lot de surprises. Ayant d’ordinaire assez peu d’aversions pour les voix, c’est bien souvent pour moi un critère discriminant (voire discriminatoire), surtout si ça chante dès les 30 premières secondes. Surprise donc, avec ce titre que l’on pourrait qualifier de « parfait » et qui constitue la seconde pépite de l’album (avec Moth, donc). La voix d’Andrew porte ici une fonction purement instrumentale, et les nappes qui en résultent ne font qu’accroître la déliquescence céleste de cette ouverture. Ce qu’il raconte importe peu, et je me surprends à considérer qu’il manquerait quelque chose à Sunrise Again sans cette voix éthérée, voire même qu’elle siérait à merveille sur d’autres pistes de l’album. Mais bon, point trop n’en faut, la tolérance ça va bien cinq minutes. On retrouvera d’ailleurs cette voix en fin d’album sur Bloom et son penchant « pop », bien moins engageant. Un peu dommage comme conclusion.

Autre surprise plus discrète et moins importante à mon goût : l’arrivée fortuite d’un field-recording vocal au milieu de l’album sur Sentient. C’est ni spécialement dégueux, ni forcément plus intéressant que ça, mais cela donne à cet instant de l’album une allure d’interlude. Pour le reste de l’album, on notera quelques jolies envolées ambient où les cordes semblent moins ostentatoire, voire même absente (a minima sous leur forme pincée). Les titres du duo Retrograde I / Retrograde II présentent une construction similaire, et assez ordinaire aux grands classiques du dark ambient, sans pour autant citer de noms, ça m’en rappelle quelques-uns, dont certains plus que respectables. Un album à écouter au calme, assurément.

Avec son projet Channeling, Andrew Osterhoudt entre par la grande porte sur la vaste scène du drone-ambient. Un album qui m’a fait voyager bien loin, et une découverte plus que recommandable en cette rentrée déjà bien entamée. Le nazi des pistes de 20 minutes que je suis est un peu frustré, certaines pistes auraient mérité de s’attarder un peu, mais ce sera peut-être pour la prochaine fois. En espérant qu’il y ait une prochaine fois.

Adrien

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