WSR – Chambers | Discordes

chambersOn ne connaît quasiment rien de WSR, mais le peu qu’on en sait suffira à éclaircir la situation : derrière cet alias se cache un ingénieur du son fasciné par l’acoustique en environnements clos, les mutations sonores et les instruments à cordes construits de ses propres mains, et il a sorti l’année dernière son premier EP chez Contort. Autant que niveau production et relations, ça déconne zéro. Un an plus tard, il était probablement temps de savoir ce qu’Emanuele Porcinai avait à dire sur un LP ; et bien que Chambers s’inscrit logiquement dans la lignée directe de Stainless, nous sommes loin de dire que l’objet du jour est sans surprises.

Faut bien l’avouer, ça plaît toujours beaucoup de trouver les genres dans lesquels classer telle ou telle sortie. On aime étiqueter nos disques, déterrés à force de temps et d’implication dans des contrées musicales que nos proches, sains d’esprit, étiquettent à leur tour comme des refuges pour malades atteints du syndrome d’Asperger. Et encore, au mieux. Chambers interviendra là comme une muraille contre laquelle les troubles obsessionnels compulsifs les plus retors iront se fracasser lamentablement, tant l’album du jour est étranger à toute tentative de classification. Mais attention, objet sonore non-identifié ne veut surtout pas dire portnawak désarticulé, nous sommes ici en présence d’une galette captivante, dont les fondations métamorphiques capteront l’attention de ses auditeurs sans aucun effort. Un huis clos en huit actes prenant place quelque part dans notre esprit torturé et se réverbérant à bout portant dans la cage thoracique, sans chercher à étendre plus loin son champ d’action. Un confort dans l’exiguïté entraînant un malin plaisir à faire entrer des rythmes pachydermiques en collision avec un sound design pruritique, une volonté maladive de coudre ensemble lignes instrumentales organiques et matériaux artificiels pour les déchirer et les rassembler en leurs opposés sans même que ça nous dérange. Relents pseudo-industriels sont martelés désespérément dans un brouillard modern classical épais mais omniprésent qui donne son caractère inclassable à cette œuvre effectivement singulière.

C’est donc sous notre peau que WSR tente vainement mais compulsivement de coller les pôles positifs de deux aimants ensemble, mettant en marche un courant alternatif à intensité variable qui fera passer les sujets de l’expérience de pièces structurées enfumées au charbon incandescent telles Carved Out ou Exclave (Unlearned), à des essais ambient-expé-noise-bolognèse paranoïdes avec Ceremony ou These Buildings Will Outlive Us, utilisant le volume restreint de notre corps et toutes ses imperfections comme son terrain personnel d’expérimentations. Expérimentations toujours guidées de manières plus ou moins évidentes par un violoncelle, une contrebasse, ou tout autre instrument à cordes personnalisé, qui se montreront tantôt sous leurs plus simples appareils, tantôt dans des formes défigurées et reconfigurées ; en témoignent d’un côté les déflagrations brutes et les lamentations auto-destructrices dans All Your Lies ou le bien nommé Descent, de l’autre les drones repitchés et grognements féroces de The Drowners et Carved Out. Un amour de l’archet et de tous les visages qu’il peut prendre transpire de chaque pore de Chambers, mais ne verse jamais dans l’évidence ni la facilité ; les plus attentifs sembleront même entendre l’artiste respirer derrière leur épaule, ou leur murmurer quelque discours inintelligible durant l’album, prenant le risque de réaliser qu’ils ne sont que des pantins dans les mains de ce marionnettiste, manipulant les sinusoïdes avec la dextérité dérangée d’un chirurgien orthopédiste reconverti dans la découpe de carcasses bovines.

Animal bestial cherchant à se terrer dans les profondeurs de ses auditeurs plutôt qu’à s’échapper vers d’autres horizons, Chambers est une curiosité qui s’essuie avec les notions de convention ou d’appartenance. Avec celles de compromis également, mais on n’en attendait pas moins du label dirigé par Samuel et Hayley Kerridge. Ne vous attendez à rien en essayant cette dernière édition Contort, car vous n’avez jamais entendu ça, ni ne l’entendrez ailleurs.

Un petit tour chez Contort et vous y trouverez peut-être votre bonheur (moi, j’attends toujours le digital).

Dotflac

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2 Commentaires

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