Vargdöd – Brutal Disciplin | Syndrome de Stockholm

Ça fait déjà quelques temps qu’Opal Tapes ne nous bouscule plus autant qu’à cette époque où les claques s’enchaînaient les unes après les autres ; on citera parmi celles-ci des sorties par Lumisokea, KETEV ou Karen Gwyer, qui auront fait le bonheur de pas mal d’amateurs de techno transversale il y a encore trois ans. Comme très souvent quand une chose marche, on persiste à l’explorer en large et en travers puis on s’y enlise un peu, réduisant d’autant l’intérêt qu’on pourrait porter aux nouvelles parutions. Pourtant, il y a toujours des éclairs de lucidité qui sortiront de nulle part, et Vargdöd en fait partie. Collaboration suédoise entre un des fers de lance de Northern Electronics et habitué de Posh Isolation qu’est Varg, et un vieux briscard de la scène électronique nordique qu’est Celldöd, le duo balance un LP plutôt crade et viscéral, comme on aime.

On remarque déjà l’aspect très mitoyen des morceaux créés par le duo : influences techno évidentes mais jamais frontales, utilisation quasi-omniprésente de caractéristiques noise suffocantes mais sans la crispation qui y sont souvent associées, reflets industriels acides mais pas dans la surenchère facile pour autant. Des intitulés des morceaux à la pochette du disque, on nous orienterait plutôt vers la tentative de traduction sonore d’une forme de discipline canine extrême, une manière de plier et d’annihiler tout esprit d’indépendance et de rébellion pour soumettre mentalement la bête à sa volonté. Rien n’empêche cependant d’assimiler l’animal à un humain : les six entre-deux prennent tout leur sens quand on s’imagine que Brutal Disciplin est la bande sonore diffusée plein pot dans la cellule souterraine où vous serez enfermés pendant 37 minutes qui peuvent tout aussi bien paraître une semaine, maintenus réveillés par une musique jamais foncièrement violente dans sa nature, mais dont le potentiel anxiogène suffira amplement à malmener l’esprit jusqu’à la folie irréversible d’abord, puis la dépendance physique et psychologique ensuite ; la torture initiale devient progressivement un besoin vital, le trouble de stress post-traumatique se mute en un irréfrénable syndrome de Stockholm.

Bon, je préfère oublier très vite Starved to Death et ses incursions deep house qui n’ont pour moi rien à faire sur Brutal Disciplin, et ne m’attarderai pas non plus sur Elite Dogs of War avec ses airs d’introduction qui ne décolle (et ne décollera) pas sur sept minutes trop longues. Cet avis commence mal ? Rassurez-vous, le reste du LP rattrape largement ces trébuchements. Les exhalations métalliques sur fond de néons stroboscopiques dans Kennel Murder Case, la course jusqu’à l’épuisement dans un labyrinthe sans sortie avec Bitten ou l’effondrement de l’instinct de survie dans des mâchoires rouillées et un cercueil de béton à la fin de No Dogs Go to Heaven pétriront vos esgourdes sans accalmie, mais ça n’était pas prévu de toutes façons. Reste ma petite sucrerie au charbon et à la poussière sur K9 Warrior, véritable matraquage technoise étouffé par la terre que Vargdöd est en train de vous jeter à pelles pleines sur votre corps, allongé au fond d’un tombeau ajusté à ciel ouvert. Et surtout, vous aimez ça.

Belle surprise que fut cette collaboration donc, dépeignant un univers brutal aux contrastes en noir et blanc très marqués et au grain abrasif qui écorche juste assez pour que le gros sel des suédois pique un peu après son application. Les rares écarts n’enlèvent en rien leurs qualités aux autres morceaux, dont la violence contrôlée risque de devenir votre obsession quotidienne, et c’est tout ce que je vous souhaite (bande de malades).

Vous serez tristes d’apprendre qu’il n’y a plus de cassettes disponibles pour Brutal Disciplin, mais au pire il reste quand même des vinyles et du digital ici.

Dotflac

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