Elegi – Bånsull | Derrière le murmure

Ça faisait huit ans que Tommy Jansen n’avait pas sorti un truc. Silence radio après deux albums chez les qualitatifs Miasmah, où l’on retrouve régulièrement avec pas mal de plaisir des personnes comme Svarte Greiner et ses différentes apparitions groupées avec B/B/S/ ou Deaf Center, et d’autres collègues aussi délectables tels Andrea Belfi et Jasper TX dans une esthétique souvent sombre et épaisse mais toujours léchée. Autant de blessures superficielles qui saignent puis coagulent sous des lunes décroissantes entre dark ambient tangent et électroacoustique dépoli ; sauf qu’aujourd’hui, ben Elegi va voir chez Dronarivm s’il y est, sans trahir son style entendu sur Sistereis et Varde dans le passé.

Le titre du disque suffit déjà à replacer le contexte dans lequel vous aller évoluer à travers l’album, « bånsull » étant un substantif norvégien d’une époque oubliée signifiant « berceuse ». Et tout comme son sens et ses origines, Bånsull dépeint lui aussi une musique émergeant de temps trop anciens pour être remémorés par les aïeux mais trop récents pour faire partie de l’histoire populaire. Neuf mélopées funestes qui projettent l’auditeur dans un manoir vivant mais vraisemblablement inhabité du XIXème siècle, nous laissant perdus et démunis dans un labyrinthe qui ne nous permettra de sortir qu’après l’avoir parcouru entièrement durant une nuit de solstice d’hiver. On peut sentir le vieux bois mangé par les termites et l’âtre crépitant d’un feu timide dans les textures délavées et âcres des morceaux, entendre au loin l’aiguille d’un gramophone suranné sauter sur la poussière accumulée depuis plusieurs printemps sur un disque gondolé, subir les dissonances des cordes et d’un piano fantomatiques qui obscurcissent une atmosphère déjà pesante, et s’ajoutant à des éléments volontairement caricaturaux de manifestations spirituelles dans l’imaginaire collectif, comme des enregistrements vocaux qui bouclent sinistrement en fond d’espaces sonores ou même une valse funèbre de scies musicales (!) à peine vintage dans des tentatives de révélations de l’invisible et du à peine audible.

La bascule entre tension sourde et relâchement salvateur se meut en permanence, alternant les phases quasi-mélodiques de statu quo et l’agitation maligne des esprits malicieux mais pas nécessairement malveillants habitant l’endroit, au travers de séquences faisant la part belle aux sonorités caverneuses et courants d’air dans les angles morts. Un vent froid naît sans explication dans les coins de pièces mal éclairés, nous traverse de part en part en nous arrachant un frisson puis va s’échouer dans les objets du quotidien en les animant furtivement : grincements de portes métalliques dans K-141 ou sonnerie impromptue d’une horloge de parquet dans Elevte Time traduisent autant d’incarnations physiques des vibrations existentielles impalpables qui nous accompagnent dans notre découverte prudente des lieux. Les flammes des rares bougies parsemant notre chemin vacilleront en précédant notre arrivée durant Gejnganger ou Messe comme les avertissements muets d’un futur proche incertain. Les vocalises granulées et effacées de Mørtemann ou Fordum ne s’expriment jamais en plein champ et se révéleront sur les photographies sépia encadrées croisées dans des couloirs sans fin, à moitié brûlées par des flashs photographiques au magnésium et ternies par la course effrénée du temps qui ne s’écoule visiblement pas de la même manière dans Bånsull.

D’abord créé comme d’inoffensives berceuses nocturnes qui, sans surprises, donnaient des cauchemars à sa fille, ce disque trouve un second souffle dans les esprits plus mûrs de ses auditeurs, qui y trouveront un confort suffisant pour s’y lover, et incertain juste ce qu’il faut pour ne pas se laisser hypnotiser par les limbes. Une césure mortifère pour les nostalgiques de l’hiver.

Comme d’habitude, tout se trouve ici.

Dotflac

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