Ben Frost – Threshold of Faith | La tempête avant l’ouragan

Bon, pas de grosse chronique aujourd’hui, vu qu’on recausera d’ici fin septembre du prochain long player de Ben Frost. Mais quand même, la branlée infligée par cet EP méritait qu’on en lâche plus qu’une ligne et un lien sur les zéros sociaux.

Faut dire que rien que sur le papier, le casting fait rêver ; on sait que Ben Frost (et ses collègues de la Bedroom Community) est un génie du mixage, mais qu’en est-il lorsque c’est lui qui écrit de la musique ? Ben apparemment, il va chercher un mec répondant au nom de Steve Albini, producteur émérite d’à peu près tout ce qui contient de la gratte qui tâche les sous-vêtements, et fervent défenseur des méthodes d’enregistrement impliquant matos analogique, sessions d’improvisation et installations sonores grillant les amplis et fissurant les murs. Ajoutez à ça une volonté d’aller à contre-sens de l’industrie musicale de masse et de ne pas hésiter à l’ouvrir quand il le veut, et vous devinez que c’est le genre de profil qu’on aime bien par chez nous. Et l’australien aussi apparemment, puisqu’il a passé 10 jours chez Albini l’année dernière pour en tirer 120 minutes de musique. Ou de son. Ou de bruit. Ou les trois.

Dire qu’on attendait cet EP (et par extension son prochain album) au tournant est un euphémisme, vu que le dernier machin qu’il a sorti n’était autre qu’A U R O R A (rien que de le nommer me donne des sueurs froides). Soyez rassurés, on en revient là aux fondamentaux, à savoir contrastes vertigineux et réactions en chaîne incontrôlées entrecoupés de passages flottants contemplatifs à tension connotée, sans la débauche et la prétention délirante de son dernier disque. On reconnaîtra même des saillies de cordes frottées bestiales réminiscentes de By the Throat, pour notre plus grand plaisir (ou plus grand soulagement). La preuve par le son avec la piste éponyme qui ouvre magistralement l’EP : on retrouve là le Frost viscéral, celui qui s’attache à l’impact corporel des fréquences sur ses auditeurs, celui qui traite la musique comme une bête sauvage qui rôde dans l’ombre de la saturation puis attaque à la carotide dans des blasts claqués. La physicalité des compositions évoque là une création qui ne peut fondamentalement pas se plier aux exigences de son artisan et veut s’émanciper de son cadre, s’agitant frénétiquement de colère au rythme des séries de compressions et décompressions acoustiques, tout en laissant transparaître un fond de gratitude dans les passages plus légers. Mais c’est globalement un affrontement en apnée qui sera déplié ici afin de décider qui est le maître du duel. Des brûlots vrombissants laissant couler la bave entre leurs crocs (Threshold of Faith, The Beat Don’t Die in Bingo Town) mènent aux observations nerveuses entre les adversaires (Eurydice’s Heel – Hades, Threshold of Faith – Your Own Blood) et laisseront jusqu’au bout le doute sur l’issue du combat. Le tumulte ambiant mettra les convictions du public à l’épreuve lorsque viendra le moment de choisir un camp, et si nos cœurs souhaitent âprement que l’Homme gagne, on entend nos tripes murmurer secrètement que les deux seules issues qu’on désire réellement sont un combat éternel ou une double exécution.

On espère poursuivre cet apéritif le 29 septembre. Voire oublier ce qu’il s’est passé il y a trois ans ? Tout semble possible, car cet EP met sérieusement l’eau à la bouche pour The Centre Cannot Hold. Réponse d’ici là.

Allez hopla, on va .

Dotflac

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :