Franck Vigroux – Barricades | Des compositions

Comme on dit, chassez le naturel et il revient au galop. Franck Vigroux avait beau dire que Rapport sur le Désordre serait son dernier album en rapport avec les thèmes de la technologie hors de contrôle et de ses origines dans de possibles dystopies pas si fantaisistes que ça, ça ne l’a pas empêché de remettre le couvert en fin d’année dernière avec Barricades. On a déjà présenté le français comme il le faut (ou pas) dans une autre chronique, je vous épargne donc les redondances et vous invite à vous faire bousculer de suite.

Contrairement à l’approche extérieure de la corruption de l’Homme qui intoxique notre espèce pour lui faire complètement oublier qui elle est et quel est son but, sa dernière itération est une fresque explosive des mécanismes viciés endogènes qui brisent nos défenses mentales une par une jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à combattre ni à espérer. Des sons faits de lames rouillées lacérant la chair pour blesser l’âme, des rugissements artificiels provenant des peurs enfermées jusque là dans les plus profonds recoins de notre cerveau et finalement relâchées, des implacables coups de botte en tungstène accompagnés de caramels enrobés de laine de verre pour retourner nos faiblesses comme un gant. Il y a ici peu de place pour la diplomatie, Vigroux préfère miser sur sa force de frappe calculée afin d’inverser les tendances et faire revenir ses auditeurs dans sa réalité. L’attrition des sens est son arme de prédilection pour brusquer la torpeur ambiante, les lignes synthétiques pulsatiles se muent en faisceaux laser de haute énergie et s’évertuent à pénétrer les esprits de toutes parts, et des murailles sonores émergent de ces territoires stérilisés dans le seul objectif de se faire éventrer puis répandre sur les débris du passé par des assauts rythmiques débridés sur nos points faibles. Reste plus qu’à s’allonger sur les plages de cendres fines résiduelles avec un cocktail de trinitrotoluène et de courant triphasé à la main, appréciant la poussière de métal qui embaume l’air et la chaleur étouffante provoquée par l’allumage simultané de tous nos neurones.

Car le vrai propos de Barricades est moins de supprimer les inhibiteurs de la pensée que d’éveiller la réflexion de son public. Certes, il faut se débarrasser du superflu avant de tenter de planter une nouvelle idée dans sa tête, mais à quoi bon si nous n’avons rien à apporter pour prendre la place des parasites narcotiques de l’esprit critique ? La puissance intrinsèque des morceaux fait table rase du passé, mais Barricades n’est pas qu’une histoire de violence, c’est aussi une histoire de raison. Derrière l’abrasion se cache l’émotion, le bruit n’oublie jamais d’être suivi de la mélodie, et le ralentissement global du rythme permet de marquer les sensibilités de manière inversement proportionnelle. Comme plusieurs artistes l’année dernière, Franck Vigroux s’inspire du contexte social et politique incertain qui nous entoure et catalyse dans son art à la fois une catharsis personnelle et son souhait d’éveiller les consciences. Huit taquets qui nous incitent à réagir face à un monde qui, sous de nombreux angles, ne tourne plus vraiment rond. Un manifeste en langage musical qui nous crie à sa manière de nous indigner, et surtout de contre-attaquer. Qu’attendons-nous pour prendre des risques, pour sortir du moule ?

Peut-être qu’écouter un disque comme Barricades, c’est déjà imprimer le début d’un mouvement contraire à la masse. Écouter différemment, c’est aussi penser différemment ? C’est sur ces paroles faussement élitistes que je vous abandonnerai à votre sort, car l’expérience ne vaudra jamais les mots qui tentent vainement de la décrire.

Y a du vinyle et du digital chez Erototox Decodings, comme ça, tout le monde est content.

Dotflac

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :