Traka – Maktub | Pandémonium

MaktubUn p’tit plaisir coupable tous les 36 du mois d’une année bissextile du calendrier républicain, vous me l’octroierez bien ? Question rhétorique, bien sûr. Depuis son avènement (plus que suspect d’ailleurs, sur les cendres encore chaudes de MethLab Recordings) il y a un an, YUKU continue d’être responsable des savates les plus intéressantes du drum’n’bass-jeu récent, n’en déplaise aux haïsseurs qui haïront quoi qu’il arrive. En attendant, que ce soit en misant sur des valeurs sûres (et cyclothymiques, je le concède) en appelant Current Value et son siamois Machinecode, ou en exposant des inconnus au bataillon dont j’aurai déjà exposé mon attirance dans le plus récent des sauvetages de meubles, la maison tchèque ne laisse pas indifférente. C’est cette seconde catégorie qui va finalement inspirer un papier en bonne et due forme. Le label accueille donc le collectif Traka avec ce long format intitulé Maktub, après un EP furtif en début d’année.

Lorsqu’on a la curiosité de s’intéresser à la signification de leur blase, « traka » se traduisant par « piste » ou « bande », on se rend compte qu’on a immédiatement une bonne indication de ce qu’on va entendre. On se doute déjà qu’en paraissant chez YUKU, l’album investira plus ou moins les territoires bornés en surface par des genres comme la bass music, le half-time ou la drum’n’bass. Il ne faut pourtant pas s’y méprendre : Maktub se développe au-delà de deux dimensions, explosant sans vergogne des étiquettes maintes fois rincées par le passé. Il prend de la hauteur pour transcender ses origines et défier les (im)postures éculées qui, il faut bien le dire, ennuient désormais fermement (je ne vous dirai pas vers qui et où se porte mon regard appuyé, n’insistez pas). Et il y a là pour moi deux visions intéressantes et complémentaires de ces pseudo-néo-genres qui, sans réinventer quoi que ce soit, adoptent un bon goût de reviens-y : la drum’n’bass sombre et asphyxiante d’artistes comme Pessimist et Overlook, aux paysages pétrolifères embrumés en niveaux de gris, et une frange parallèle traversée de tunnels kaléidoscopiques, jouant une carte vivante aux airs d’extravagance à la limite de l’ostentatoire. Mais plus c’est gros, plus ça passe, pas vrai ? Pour ma part, oui. L’objet du jour, et par extension YUKU, entre dans cette surenchère contrôlée piochant partout en évitant soigneusement d’aller nulle part.

Ce parti pris s’explique, comme je voulais y venir, avant même la première note : le nom du groupe donc, mais aussi ses origines serbes et les activités de ses membres. Musiciens, bien sûr, mais aussi baroudeurs ou graffeurs, bercés dans une société payant l’ex-Yougoslavie et la post-guerre, celle qui respire mieux dans les artères brutalistes d’immeubles entre deux vies, à l’ombre du passé qui agonise dans leurs replis. Une musique à la confluence des histoires et de l’Histoire, à la croisée des genres et des arts, qui voit plus loin que ce qu’on pourrait encore en attendre, élitistes bobos franchouillards que nous sommes. Feux d’artifice saturés et mélanges de couleurs impossibles, angles obtus et courbes improbables, dimensions cachées et constructions imbriquées, Maktub est une structure aux mille et une facettes qui se succèdent plus vite qu’on a le temps de les détailler. L’ensemble du disque semble articulé comme une mixtape inspirée, ou un live sous épinéphrine, jonglant sans répit avec les instruments et les échantillons sonores ; au mieux pourrons-nous deviner comme fil directeur un sens aigu des lignes de basses contagieuses, mais c’est inutile pour apprécier le tout. Collisions calculées de rafales de saxophone et de riffs de guitare dans des murailles électroniques en ébullition, joutes verbales entre samples vocaux aux origines obscures et MC possédé, collaborations à la pelle, variation incessante du tempo et des charpentes narratives pour accoucher d’un produit valant définitivement plus que la somme de ses innombrables parties… Rien n’est laissé au hasard, et le bordel apparent est en fait un cyclone luxuriant, dont l’œil de cohérence met toutes les pièces du puzzle à leur place légitime. Un trou blanc qui attire en son sein le moindre élément qui a le bonheur de franchir l’horizon de ses évènements, avant de condenser l’intégralité des extraits en sa singularité, exposant à nos yeux une débauche jouissive de couleurs et de sons.

Bel exemple donc, de ce que cette musique peut encore offrir quand elle est prise en main par des esprits qui regardent loin devant eux, sans oublier d’où ils viennent. Et je peux enfin citer une autre entité artistique serbe qu’Ontal, et ça, avouez que ce n’est pas rien.

Quelques double vinyles traînent encore par .

Dotflac

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