bvdub – Hard Times, Hard Hearts | Photovoltaïsme

Hard Times, Hard HeartsJe vais tout de suite commencer par vous épargner le meublage du paragraphe introductif, moins par paresse (un peu quand même) que pour éviter des répétitions éhontées : en effet, le cas Brock Van Wey a déjà été étudié en détails par ici ou par là. Rien d’obligatoire hein, je ne mets pas ces liens juste pour augmenter les statistiques de clics sur le site, mais les idées soulevées et les émotions transmises à travers ces deux albums spécifiques se condensent particulièrement bien dans l’objet du jour, qui paraît chez les rares nippons d’AY.

Partagé en deux chapitres complémentaires, Hard Times, Hard Hearts ne trompe pas. De la même façon que Mika Vainio, Stephen Hitchell ou Tim Hecker, dans des styles tous diamétralement opposés, on reconnaît tout de suite le son bvdub : paysages sonores luxuriants, voix entre deux mondes, pistes kilométriques… Un mélange propre qui possède la capacité déconcertante de nous traverser avec une énergie solaire débordante tendant vers l’infini. Les compositions pourraient aisément être oppressantes voire asphyxiantes, tant elles sont chargées ; pourtant, le sens du détail et la mise en avant du fond des émotions avant la forme des sons rend l’ensemble enveloppant et étrangement familier. Des réminiscences d’une époque oubliée, ou les désirs d’un futur fantasmé. La vision aveuglante de l’aube après une longue nuit polaire, ou le diamant d’Airy du soleil à l’instant qui précède une éclipse totale de l’astre. Une dualité qui s’imprègne ici dans le disque, divisé en deux chapitres nommés Complexity et Simplicity. Le premier investit des territoires rythmés inscrits dans la poussière de nos rêves déchus, dont les cœurs battent encore sous les cendres lourdes du quotidien. Des mélodies aux retentissements universels touchent profondément, luttant pour leur survie mise en péril à chaque instant par l’attrition des éléments et des évènements. Saturées, compressées et distordues, malmenées jusqu’à n’en laisser paraître que l’âme, sans fioritures. Même traitement pour les parties vocales d’une autre dimension et les lignes percussives frénétiques, qui resplendissent de mille feux en un dernier sursaut de vitalité avant de se consumer avec les phénix qui les ont vues naître, puis de préparer leur renaissance dans les cendres.

Simplicity continue l’épure de ses traits, penchant sévèrement vers l’ambient expansif que bvdub a fait sien depuis longtemps. On se déleste progressivement de chaque strate pour sonder les ultimes retranchements de notre essence, on s’affranchit du superficiel pour toucher une certaine forme de vérité. De réalisme et de relativisme aussi, car les pistes ne versent jamais dans l’unilatéralité d’expression ou d’émotion. Je perçois toujours cette teinte clair-obscure dans les sonorités de l’américain, mélancolique mais certainement pas fataliste, aux évidentes inspirations vécues et surtout survécues, à leur puissance intrinsèque nécessairement incarnée car impossible à simuler. Le traitement sonore, donnant l’impression que de la musique produite actuellement a été renvoyée dans le temps pour être mise sur bande magnétique, sied parfaitement à ces propos ; la bande son idéale d’une période incertaine, dont la grandeur des aspirations n’a souvent d’égal que l’immensité de leur désillusion. Nous avons été poussés par l’espoir de leur réalisation, et finissons par regretter leur avortement ou leur impossibilité face à l’adversité. Je me vois là à bord d’un train, accoudé à la fenêtre et perdu dans une observation nonchalante de la forêt qui défile de l’autre côté de la glace. Statique, passif, presque piégé de mon siège, alors que la réalité des autres s’échappe simultanément si près et si loin de moi. Prisonnier d’un vaisseau qui avance invariablement devant un panorama flou que j’aimerais détailler, sentir, toucher. Mais le train ne s’arrête pas, car les rails du temps sont une constante inflexible. La seule véritable problématique sur laquelle je peux influer est un choix : rester assis dans les coussins confortables de la routine mais appelant toujours les crampes frustrantes du regret, ou se laisser une chance de croire qu’associer abnégation et résilience est un bon moyen d’activer un aiguillage en aval, de changer de voie et de découvrir de nouveaux horizons pleins de surprises. Peut-être mauvaises, certes. Mais peut-être radieuses, aussi.

bvdub, c’est un peu tout ou rien ; on aime ou on déteste, mais pas de demi-mesure. Et je conçois que son côté maximaliste en rebutera certaines et certains. En ce qui me concerne, je vois dans ces méthodes d’écriture la spontanéité de Brock Van Wey, d’où découle une sincérité permanente de son art, et au final une vérité. Sa vérité. Et c’est en s’alimentant dans des extraits du journal intime de son parcours qu’on s’y reconnaît le mieux à notre tour. Le cœur ne ment pas, et Hard Times, Hard Hearts se place dans les sommets d’une discographie qui ne demande qu’à être explorée.

Plus de double CD, évidemment. Reste le digital pour vous, fidèle public.

Dotflac

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