Dronny Darko – Spira Igneus | Photophobie

spira-igneusD’abord issu de netlabels obscurs et confidentiels, Dronny Darko a été révélé au monde avec son album Outer Tehom fin 2014, publié sur l’instance incontournable du dark ambient actuel qu’est Cryo Chamber. Un album terrifiant maîtrisé de bout en bout par cet ukrainien aux inspirations drone (sans déconner) des plus sombres, errant entre magie noire, exo-spiritisme et cataplexie permanente. Si je vous en parle, c’est que malgré la sortie d’un Neuroplasticity moins puissant mais tout aussi jubilatoire entre temps, son dernier Spira Igneus retisse des liens forts avec ce dark ambient sub-fréquentiel horrifique qui m’a tant marqué il y a deux ans maintenant, et ça me donne forcément l’envie d’en causer un peu.

Les premières écoutes retrouvent ces touffeurs rituelles intimidantes tant chéries, nous submergeant sous des lames de fond inarrêtables qui semblent lentement respirer, soustrayant à chaque râle le dioxygène environnant de notre itinéraire en terres couleur vantablack. La lumière rouille d’une éclipse totale de lune éclaire les toges opaques de quelques fanatiques d’une secte occulte dans Scriptures, réunis en cercle autour d’un brasier surnaturel alimenté par des incantations inintelligibles d’un autre âge. Les paroles s’échouent dans les flammes, puis s’éparpillent avec notre esprit interdit en volutes incandescentes vers la noirceur impénétrable des cieux qui nous surplombent. L’expérience extra-corporelle peut alors vraiment débuter, repoussant de façon constante les limites de la raison et de l’imagination.

Chaque étape de l’album prend désormais l’apparence d’un gigantesque monolithe taillé à vif dans les ténèbres originelles, aux gravures ésotériques pulsant métronomiquement d’un rouge sanguin, tel un cœur de charbon nourrissant les artères d’un corps corrompu en hydrocarbures visqueux. On perçoit des plaques tectoniques invisibles qui dérivent leurs masses incommensurables autour de nous : certaines se fracassent avec une puissance exponentielle et font osciller le continuum spatio-temporel de leurs vagues sub-hertziennes ; d’autres s’éloignent en laissant derrière elles des fractures béantes, comblées par des trous noirs supermassifs qui absorbent toute chose différente du vide intersidéral. L’abord frontal très glacial et minéral des sons sera régulièrement équilibré par les apparitions fugaces de textures bouillonnantes ou ligneuses rémanentes de Neuroplasticity, et même parfois animales aux origines exoplanétaires, dans un White Eyes qui me renvoie aux fulgurances sur le Strange Attractor d’un certain Lustmord.

Le seul fil directeur qui pourra nous guider sera celui de la tension permanente, se frayant un chemin à travers chacune de nos cellules et nous emplissant d’une terreur palpable de l’obscurité et de l’inconnu. Après s’être envolée en cendres dans l’ouverture de Spira Igneus, notre âme ne cessera de s’éloigner malgré elle des sources lumineuses avoisinantes pour trouver refuge dans des recoins enclavés de l’éther. Minimalisme malsain, fréquences troglodytes et pichenettes complémentaires de sound design incisif, tout mouvement est calculé pour nous mettre mal à l’aise mais nous rendre d’autant plus dépendant à cette musique magnétique. On panique car on ne sait pas pourquoi on est si fascinés par ces extraits de vide absolu, dont les murmures distants nous attirent inexorablement vers la non-existence, jusqu’à passer de l’autre côté du miroir dans Grey Echoes. Une vénération forcée des ténèbres dans un totalitarisme acousmatique qui retournera le psyché pris à contre-pied.

Même s’il ne dépasse pas un Outer Tehom magistral que je continuerai à placer comme une de mes références drone / dark ambient, Spira Igneus est tout de même un parfait accompagnement sonore d’une soirée d’Halloween (et de bien d’autres), entre des titres de Fausten et de The Haxan Cloak. Enfant de dark ambiances enracinées dans les sols les plus noirs et poisseux du genre, le dernier Dronny Darko est aseptique, hypnotique et thérapeutique à souhait pour ceux qui aiment se nettoyer le corps aux braises éteintes.

CDs et digital 24 bits par ici, n’oubliez de jeter une oreille par là aussi pour encore plus de cauchemars.

Dotflac

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  1. Pingback: Dronny Darko – Abduction | Rencontres du troisième type | Tartine de contrebasse

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