Pact Infernal – Monad XXV | Terre brûlée

On pourrait presque croire que OAKE a balisé la route pour Pact Infernal. Ou bien que Stroboscopic Artefacts a tellement aimé le Monad XXIV des allemands que sa nouvelle itération ne pouvait que reprendre les rênes de la série là où le précédent EP les a déposées. Peu importe. Le duo encapuchonné a sorti récemment le vingt-cinquième épisode des Monad donc, né sur les terres détrempées de houille par OAKE, et explorées dans un format qui sied parfaitement à la musique des hawaïens. Je ne dis pas ça innocemment, surtout que j’aime toujours autant la brièveté des EPs, mais l’affirme en repensant à leur tout récent double-album Infernality paru chez Horo, dont la longueur excessive portait pour moi préjudice à presque toutes les qualités d’une musique qui semble bien plus à l’aise quand elle s’étale sur 25 minutes ajustées que sur une heure qui en paraît trois. J’en retiens d’ailleurs volontiers Death & Rebirth et le tryptique final, qui auraient formé un quatre pistes exemplaire et sans temps mort. Vœu désormais exaucé avec Monad XXV.

Rappelez-vous les friches industrielles balayées par l’éternel cisaillement horizontal du vent de OAKE, aux formes de vie reniées puis oubliées par leurs créateurs. Même les intelligences artificielles qui avaient temporairement dominé la surface et résisté à la rouille et aux poussières de terrils font maintenant partie d’une époque révolue. Les magiciens noirs de Pact Infernal ont vu là un sol des plus fertiles pour y planter les graines d’un nouvel ordre et y faire pousser les fleurs sombres d’un monde souterrain qui n’attendait que son heure pour se manifester. Des veines de pétrole fissurent anarchiquement les plaines minérales qui nous entourent et parasitent la surface, telles des sangsues battant au rythme du cœur d’obsidienne dont cet avant-goût de l’enfer est issu. Les failles géologiques deviennent des poumons qui aspirent l’atmosphère et crachent en échange un épais mélange de poussières de charbon et de dioxyde de soufre, corrompant l’air et camouflant l’horizon. La rage et l’impatience des êtres encore prisonniers de la croûte terrestre explosent à travers les chaînes volcaniques sorties de leur sommeil et soufflent leurs cendres afin d’éclipser le soleil pour les prochains siècles, ne laissant que des sillons remplis de lave incendier les cieux opaques de leur lumière de sang.

Difficile de décrire autrement l’imaginaire dantesque proposé par la musique Pact Infernal. Y deviner des cérémonies ancestrales prononcées dans une langue interdite depuis l’aube du Temps ne demandera qu’un pas, que l’on franchira allègrement. Les lourdes structures rythmiques, ralenties à l’extrême et laissant l’impression qu’elles sont produites au loin par quelque démon battant du taiko étouffé par les fumées ambiantes, semblent poser les bases de rituels en vue d’ouvrir le paysage en deux pour libérer des démiurges bannis de la terre jusque là. L’intelligence des artistes est ici de créer une tension palpable non pas en jouant sur leur force de frappe percussive, mais en misant quasiment tout sur une dynamique sonore folle et un sound design épidermique : la brise maligne nous souffle des mots à l’oreille dans un délire paranoïde, des crotales rampent hors de leur cachette et répandent la mauvaise parole avec leurs sonnettes, les basses fréquences se condensent en particules toxiques nous asphyxiant assez lentement pour qu’on puisse profiter du spectacle à venir, mais nous assurant malgré tout un destin traversé par l’agonie, la douleur et la terreur avant le trépas. Cor Aut Mors et Capax Infinity ne manqueront pas d’illustrer parfaitement le propos.

Comme évoqué plus haut, le format de ce Monad XXV efface le seul défaut d’Infernality, qui avait la fâcheuse tendance à faire oublier toutes les fulgurances de Pact Infernal. En résulte une expérience similaire mais cette fois idéalement distillée en un petit bijou de techno lente, sale et diablement cinématographique qui vous donnera envie de goûter à la bile sécrétée dans ses tranchées, pour éventuellement vous y noyer dans une béatitude paradoxale.

Le digital se trouve chez tous vos revendeurs préférés. Ou sur le site de Stroboscopic Artefacts.

Dotflac

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