Kali – Riot | Se perdre

Impossible de me souvenir d’où et de quand date ma première rencontre avec le trio Kali. A l’image d’un rêve, ma mémoire à ce sujet est floue, et les informations vaguement remontées font état de quelques pistes égrainées sur Soundcloud, il y a un an ou deux, comme l’ombre d’une démo d’un groupe en recherche d’un appui suffisamment solide pour sortir de l’ombre. Mais quelques recherches plus tard, il apparaît que ces fameuses pistes n’existent pas, ou du moins n’existent plus. Un passé volontairement effacé, bêtement oublié, ou bien même carrément inventé. Qu’est-ce que le passé sans les souvenirs ? Plus grand chose, certes.

L’existence d’un événement fondateur à ma kalimania ne peut pourtant pas être remise en cause. Les ayant suivi depuis maintenant quelques temps, je les vois tourner régulièrement, offrant des prestations lives assez fréquentes, le plus souvent en Suisse – leur pays d’origine – et auxquelles je souhaite depuis pas mal de temps avoir la chance d’assister afin de mieux cerner les contours de leur musique, et par conséquent l’appréciation que j’en ai. Le manque de matière aurait lentement eu raison de mon obstination si un retournement de situation, annoncé il y a quelques mois, n’était pas venu chambouler mon histoire chaotique avec Kali. un album – un vrai – était en préparation, et pour couronner le tout, c’est sous la bannière du label Ronin Rhythm Records que Riot – c’est son nom – verra le jour.

Sitôt, l’histoire reprend forme et vie. Nik Bärtsch, compositeur de génie, et fondateur dudit label, est bien derrière tout ça. Suivant ses pérégrinations musicales depuis quelques années, notamment sa formation Mobile (généralement en tant que « Nik Bärtsch’s Mobile » (pour celles et ceux qui ont suivi, on vous en avait touché quelques mots ici)) qui me fascine au plus haut point, c’est par son biais que j’avais donc découvert Kali, via une première partie peut-être ? Voir passer Kali sous le radar de Nik Bärtsch est donc forcément un jour spécial pour moi, une consécration, mais aussi la promesse d’un nouveau venu sur cette scène que j’affectionne si particulièrement. Afin de boucler cette introduction, précisons finalement que Nicolas Stocker, percussionniste de Kali, est également passé par Nik bärtsch’s Moblie et Nik Bärtsch’s Ronin. Autant dire que les surcouches de polyrythmies et de géométries – deux termes que je m’efforcerai de ne pas trop surutiliser dans cette chronique, mais je ne vous promets rien – ne sortent pas de nulle part.

 

Dès les premières secondes de Trope – le premier morceau – l’affiliation avec Nik Bärtsch parait comme un évidence, tellement on croirait entendre le début d’un nouveau Module de la formation Mobile. Une musique de pendule, un piano délicat (je ne vous avais pas encore présenté Raphael Loher, c’est maintenant chose faite), sur un tempo à vous rendre fou (spoiler alert : c’est du 11/11/14). Très vite néanmoins, la composition prend de l’ampleur, la guitare prend le train en marche, et monte en intensité. Au fur et à mesure que les mouvements se suivent, pour construire autant que pour déconstruire ce qui apparaît désormais comme la patte du trio Kali, une écoute trop attentive peut vous filer mal au crâne autant que vous perdre dans les limbes. Miam. Cette volonté de nous perdre se retrouve d’ailleurs dès le second morceau, Bist du ein Schmetterling?, mais dans une trame plus minimaliste. Ces trois gars sont de sacrés coquins.

 

C’est à ce moment que débute le titre éponyme – Riot – qui, du haut de son quart d’heure, s’impose de fait comme élément incontournable de cet album. Si Riot prend son temps, il occupe également tout l’espace. Une montée interminable (en 7 temps, évidemment), avant de déboucher sur tout ce que l’on était pas du tout en mesure d’attendre venant d’une formation rock, mais qui parait pourtant si cohérent dans une composition jazz. On perd ensuite le fil, non plus du fait d’un tempo ravageur, comme nous commencions à en prendre l’habitude, mais par l’absence de tempo. Rapporté au titre du morceau, le cœur de cette piste est bel et bien le calme avant la tempête, une nouvelle montée (ou est-ce une descente ?), semblable à la première mais paraissant pourtant pousser l’exercice à son paroxysme, amorce ce qui sera l’aboutissement d’un grondement qui semble emprunter à sa cousine free sa catharsis si caractéristique. Inutile de vous égrainer le reste de l’album : si vous avez tenu jusque là, c’est que vous êtes désormais mordus. Bienvenu.

S’il y a bien deux courants musicaux au sein desquels la recherche de tempos atypiques est plus représentée qu’ailleurs, ce serait sans nul doute le jazz et le rock. Alors pas tous les rock, bien sûr, mais pas tous les jazz non plus. Si l’ancêtre commun à ces deux familles musicales est aujourd’hui bel et bien éteint, plusieurs phases ont par le passé permis de les rapprocher. En termes de composition, ce sont d’ailleurs deux visions totalement opposées qui auront œuvré dans le même sens : la scène free, d’une part, produisant depuis quelques décennies des formations free-jazz, free-rock, et tous les intermédiaires imaginables entre les deux, dans laquelle l’improvisation revêt évidemment une place centrale, et la scène « modern », millimétrée, parfois minimaliste, berceau d’un acharnement rythmique, d’une précision d’horloger helvétique (famille dans laquelle on retrouve également Plaistow, dont nous vous parlions ici). Les amateurs de métal ou de math-rock comprendront aisément de quoi je parle. Sans vouloir parodier cette dichotomie, qui n’est pas si imperméable que cela, la seconde convergence est néanmoins plus récente, et l’un des intérêt du trio Kali réside bien ici. La présence d’un guitariste – Urs Müller – au sein de cette formation n’y est évidemment pas étrangère, bien que l’on évitera de tomber dans les écarts simplistes du guitare = rock. Si Kali nous perd, c’est pour notre bien.

Adrien

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