Tout ce dont on aurait du vous parler en 2015

Bestof of 2015 albums

Pour les nouveaux, on vous réexplique le concept. Notre activité chroniquienne est proche de celle d’un agent de Pôle Emploi 3 mois avant sa retraite. On chronique peu, c’est peu dire, mais on a toujours en réserve des tonnes d’albums dont on aimerait vous parler. Ci-joint se trouve donc le déversoir de notre année 2015, albums notablement notables et dont on ne vous aura pas touché un traitre mot, par manque de temps dirons-nous. Comme les années précédentes, nous nous abstenons d’aller pomper les tops des collègues, histoire de ne pas vous bouffer la même liste d’albums 43 fois. Pas de classement spécial (si ce n’est chronologique), pas de réel top (car on y inclut évidemment pas les trucs dont on a déjà parlé), juste une série d’incontournables (d’après nous) dont il serait bien dommage de vous passer. Comme vous allez pouvoir vous en rendre compte, l’année fut faste et chaotique, il y en a pour tous les goûts. Le cru 2015 dénote aussi un glissement perpétuel d’Adrien, de plus en plus dangereux, vers toujours plus de distortions, d’onanisme enfumé et de psychédélisme mou. Ehoarn, quant à lui, est proche de la radicalisation totale. On le retrouve parfois seul la nuit, debout devant l’ampli, à manger du harsh-expé-noise-quiche-wardrone en salivant. La fiche S (pour « Susceptible ») s’impose. On espère néanmoins maintenir le cap et continuer à vous proposer, tout au long de cette année 2016, contre vents et marées, malgré Manuel Valls et Concrete, de la musique qu’on estime de qualité, sans trop se prendre la tête, ni pour des esthètes. Bisou.

26/01 Uncle Sinner – Let The Devil In (autoprod)

Parce que celui qui ne prend jamais le temps de replonger dans un truc pareil ne mérite pas de vivre.

30/01 Jasmine Guffond – Yellow Bell [Sonic Pieces]

Un peu de gentillesse dans ce monde d’attentats.

13/02 Kerridge – Always Offended Never Ashamed [Contort]

Le cavalier de l’apocalypse vous fait un bisou.

10/02 Hecq – Mare Nostrum [Hymen Records]

Attention, attention. Les parents du petit Ben Lukas Boysen sont priés de venir le chercher à son studio. Parce que s’il continue comme ça, il va finir par nous sortir un album de harsh noise. Et nous faire aimer ça. Dites bonjour au nouveau passe-temps de Hecq, j’ai nommé le drone-ambient (et ça surbute des tartines) :

24/02 James Place – Living on Superstition [Umor Rex]

Umor Rex nous a gâtés cette année. Entre les meilleurs bidouillages d’un Oneohtrix Point Never et les harmonies légères d’un Holden, parfois teinté de technoïde, parfois étonnament minimaliste, ce premier LP de James Place a de quoi attiser la curiosité. Si ça manque encore de maturité, ça n’en reste pas moins franchement original.

26/03 Metzengerstein – Alchemy To Our Days [Yerevan Tapes]

Il n’est vraisemblablement pas encore venu le temps où l’on arrêtera de vous parler de la scène psyché italienne. Alchemy To Our Days est le deuxième album de la formation la plus kraut de toute la toscane.

06/04 Strië – Struktura [Serein]

Ni la motivation, ni le temps nous ont manqué pour vous parler du dernier album de Strië, mais les mots. Toutes nos plus plates excuses. Alors sans plus s’étaler, découvrez ou redécouvrez une des meilleures choses que nous ayons entendue en cette année 2015.

14/04 Robert Aiki Aubrey Lowe & Ariel Kalma – We Know Each Other Somehow [Rvng Intl.]

Douzième et derniere parution de la série FRKWYS, cette collaboration nous a forcément fait craquer la pupille. D’un côté, Robert A. A. Lowe (aka Lichens), l’afro le plus peace de la scène modulaire, et de l’autre, Ariel Kalma, le pape antédiluvien le plus hippie de la scène jazz indo-parisienne. Le résultat ? Des frissons.

17/04 Acid King – Middle of Nowhere, Center of Everywhere [Svart]

On parle rarement dans nos lignes de choses qui se rapprochent de la constellation « rock ». Le pot-pourri est l’occasion de rappeler qu’on ne fait pas que se palucher sur du noise-drone péruvien en sirotant des smoothies. Un des monuments de la scène Stoner / Doom revient après 10 ans d’absence, et Lori S. envoie toujours autant du pâté de cervidé. Pas de costumes, pas de fioritures satanistes chez les Acid King. Jean, chaussures de sécu, gros riffs qui tâchent, côte de porc et une bonne dose d’autodérision, on dirait un bon vieux barbecue american working class du sud sauvage agrémenté d’un énorme doigt au temps qui passe.

18/04 Gnod – Infinity Machines [Rocket Recordings]

2015 fut l’année Gnod. On ne saurait réellement vous dire si Infinity Machines est leur meilleur album ou non, mais il a le mérite d’avoir propulsé les mecs de Salford sur le devant de la scène, et à ce titre remporte la mention très honorable parmi cette humble liste. La mutation free-jazz-indus-darkness est époustouflante, et fut appréciée à sa juste valeur. Quasiment deux heures d’un monolithe aussi dense qu’un mémorial de l’Holocaust. Be prepared.

28/04 Colin Stetson & Sarah Neufeld – Never Were The Way She Was [Constellation]

Les aficionados de gros cuivre savaient déjà que Colin Stetson n’était pas le dernier des clampins en la matière, et s’extasient depuis déjà quelques années sur sa technique de souffle continu hors normes. Avec Sarah Neufeld, le duo repousse avec une facilité déconcertante les limites de leurs repères respectifs. D’une beauté simple ou d’une âpreté sans concession, les études de CS & SN s’étirent jusqu’au point de rupture, sans jamais le franchir. Un album plein, éprouvant, émotionnel, et vous savez à quel point ça me coûte d’utiliser ce mot.

11/05 Lakker – Tundra [R&S]

Avec Tundra, le duo irlando-berlinois Lakker entre dans la sphère somme toute assez réduite de la techno qui prend le risque de s’éloigner du tout dancefloor. Rien que pour ça, ça méritait d’être souligné. Bien que n’étant finalement qu’un pot-pourri particulièrement bien vu de choses absolument pas inédites dans le style, l’ensemble fonctionne à merveille, et sait oser un certain minimalisme et une certaine naïveté qu’en d’autres circonstances on reprocherait sans sourciller. Mais allez savoir, ici, ça marche.

22/05 Konntinent – The Empire Line [Home Normal]

On découvre Konntinent grace à cet album, et on est heureux. La scène néo-classique n’est généralement pas des masses représentée dans nos sélections, voici probablement la meilleure occasion qui nous a été offerte cette année pour nous repentir de nos péchés. Poussière et volupté.

29/05 Expo 70 – Solar Drifting [Zoharum]

Le concept de « space music » pourrait paraitre mort et enterré depuis belle lurette. C’était sans compter sur ces quelques irréductibles comme Justin Wright qui, du haut de son imposante discographie, continue de repousser les limites du riff astral.

08/06 Container – LP [Spectrum Spools]

Ya pas à tortiller du popotin pour déféquer en ligne droite. C’est tout.

09/06 Jannick Schou – Fabrik [Experimedia]

Originaire de l’ambientland, Jannick Schou a récemment émigré en technoland. Une techno lente, étouffée, granuleuse à souhait, qui aura bien bercé notre année. Une preuve s’il en était besoin que les flux migratoires sont une force pour nos économies austères.

12/06 Bong-Ra & Deformer – Voodoom [PRSPCT]

Parce que la drum’n’bass ressemble de plus en plus à une énorme tartine de merde, et que Bong-Ra c’est un peu notre Sufjan Stevens à nous, on ne pouvait pas ne pas parler du dreadeux le plus fameux de Rotterdam. Bon, par contre, si les amen breaks vous filent de l’urticaire, passez votre chemin. Mais sortir un disque aussi convenu dans sa forme comme dans son fond et pour autant aussi qualitatif et efficace, ça commence à relever de l’exploit, et quand cet exploit est assaisonné avec une telle dose de rien à battre et d’autodérision, on ne peut que tirer notre chapeau.

23/06 Artificial Memory Trace – Amfibion [Flaming Pines]

Collectionneur de sons à travers le monde, Slavek Kwi porte haut et fort les couleurs de la musique concrète depuis bien trop longtemps pour qu’on puisse le signaler ici sans passer pour les néophytes que nous sommes. Cette année, il nous a emmené loin, très loin, nous faisant ainsi passer instantanément au stade d’aficionados.

15/07 The Observatory – Continuum [autoprod]

Le petit orchestre rock originaire de la petite île de Singapour a le secret pour composer une musique (presque) bruitiste, minimaliste, un bordel rock à la fois calme et cosmique. Comme quoi l’extrêmisme libérale n’empêche pas l’inspiration.

24/07 Liberez – All Tense Now Lax [Night School]

Chelouterie industrialo-noisy-kraut, cet espèce d’ovni venu d’on ne sait où s’est abattu sur l’hexagone en plein été, ajoutant à la torpeur ambiante sa chape de cordes acides et de voix dérangées. Grosse, grosse qualité.

01/08 Sluggart – Mnesic [Xtraplex]

Sluggart n’était déjà pas très joyeux lorsqu’on en avait parlé l’année dernière, mais là ça frise la déprime post-attentats. N’empêche. Tout en oscillations beatless, ce nouvel opus sorti chez Xtraplex annonce une nouvelle étape dans la description minutieuses des états d’âmes tourmentées, tout en conservant une finesse et une justesse qui finiront par devenir la marque de fabrique de Sluggart. A écouter seul.

06/08 Rainbow Lorikeet – Tail Biting [Seagrave]

On commence à avoir du mal à délimiter les limites de ce qu’il advient encore d’étiquetter « techno » ou « IDM » et de ce qui n’est plus étiquettable du tout. Le dernier Rainbow Lorikeet nous a donné du fil à retordre, mais on ne peut pas vraiment lui en vouloir.

01/09 Rémy Charrier – Cowries [Umor Rex]

C’est l’histoire d’un petit français installé au Mexique qui produit son premier album et décide d’aller frapper à la porte d’Umor Rex. Un album polymorphe, étonnant et minutieux, pour lequel une qualification « bass techno chamanique » serait néanmoins réductrice.

04/09 Frank Riggio – Psychexcess II – Futurism [Hymen Records]

On pourrait penser qu’avec la sortie du Hecq, l’electronica est morte et enterrée pour Hymen Records. Fort heureusement, Frank Riggio est là pour sauver la mise, grâce à son electronica mystique et texturée. L’avenir du genre se dessine ici.

22/09 Understated Theory – Juxtapparition [Sparkwood Records]

C’est de l’ambient. C’est du post-rock. C’est du folktronica. C’est du drone. C’est un peu tout ça à la fois, et pourtant c’est très bien. C’est surtout le premier album du duo Understated Theory, et c’est globalement d’une beauté sans failles.

06/10 Plaistow – Titan [DYFL]

Dans la noble lignée des trio étiquettés « post-jazz », on pensait ne plus jamais trouver quoi que ce soit d’intéressant à écouter depuis la sortie de Dysnomia. Avec Titan, Plaistow nous a néanmoins apporté cette année un élément de réponse. Abstraction, minimalisme, trance, saccades et calembours. Un album unique.

30/10 My Disco – Severe [Temporary Residence]

Percussif, percutant, percutout-c’que-vous-voulez, le moins que l’on puisse dire c’est que le dernier My Disco envoit du bois. Tonnerre et frustration.

06/11 Volcano The Bear – Commencing [Miasmah]

Les vétérans de l’impro anglais reviennent chez Miasmah avec un « album » de 64 morceaux pour 4h d’expérimentations surréalistes de haut vol, faisant autant office de best of que de compilation d’inédits. Une mine d’or pour oreilles averties servie par une édition physique de toute beauté.

11/11 Osmo Nadir – Singularity (autoprod)

Sorti de nulle part, le polonais Osmo Nadir nous a pondu une galette catharcique devant l’éternel. Instrumentations DIY et mises en scènes grandiloquantes, pour l’un des vinyles les plus dispendieux de l’année.

20/11 Kazuki Koga – The Salathé Wall [Apothecary Compositions]

Kazuki Koga s’est lancé dans l’ascension auditive d’El Capitan du Yosemite, mais n’a vraisemblablement pas choisi la voie la plus aisée pour y parvenir. Le résultat est rude, abrupt, sans conscessions. Toute l’association des grimpeurs névrosés du 93 se joint néanmoins à nous pour lui souhaiter un prompt rétablissement, et une bonne continuation.

04/12 Sunn 0))) – Kannon [Southern Lord]

Les légendes du drone metal noise minimaliste reviennent avec leurs soutanes et leurs guitares sur les épaules pour un 1372e album. De deux choses l’une. Soit vous connaissez déjà Sunn 0))) et vous étiez donc au courant de la sortie de Kannon, soit vous ne les connaissez pas, et il y a a fortiori peu de chances que ça vous botte, car officiant depuis 96, si vous aimiez, vous connaîtriez déjà. N’empêche qu’on ne pouvait pas ne pas mentionner cette édition limitée phosphorescente qui s’échange à près de 60 boules sur Discogs.

Bonus : 05/02 Paskine – Progression Performance [Voxxov Records]

Pourquoi « bonus » ? Parce que si le premier album de Paskine était un objet qui se suffisait à lui-même à l’écoute au casque, on pense que Progression Performance est (oh surprise) plus proche de la performance que de l’album. A ce titre, il est tout à fait acceptable que vous l’écoutiez au casque, mais si vous le faîtes, il est absolument indispensable que vous dénichiez un concert de Paskine pas loin de chez vous. Parce qu’un concert de Paskine, c’est une expérience radicalement différente qui vaut son pesant de drones, et qui vous huiledevidangera le cerveau jusqu’à plus soif.

Vous l’aurez compris, avec 32 sorties torchées en un seul article, on poutre notre record historique de pot-pourri (et de fénéantise). Non, plus sérieusement, on sait pas vraiment s’il y a eu plus de sorties intéressantes en 2015 qu’en 2014, ou bien si l’on a moins chroniqué que l’année dernière. Peut-être les deux. Dans tous les cas, on ne peut que vous souhaiter de prendre votre pied avec les 32 albums sus-cités, sans oublier pour autant les rares dont on a pondu des mots plus ou moins spacieux, spatiaux, ou suspects. A très bientôt pour le pot-pourri 2015 des formats courts (si si).

(crédit photo : Lernert & Sander)

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3 Commentaires

  1. Les frissons sont aimes.. Salutation-Benediction … Happy New You … Le Pape Indo-jazz…

  2. Pingback: Les oubliés de 2016… | Tartine de contrebasse

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