James Murray – The Sea in the Sky | Là-haut

The Sea In The SkyBritannique évoluant paisiblement dans les océans de plus en plus fréquentés de la musique ambient et drone, James Murray a déjà sorti des galettes dans des maisons qu’on porte dans notre cœur. Eilean Rec., Ultimae (dans un registre plutôt downtempo qui a quand même du mal à s’affirmer face aux buteries à répétition qui paraissaient à cette époque), Hibernate, ou tout simplement sur son label Slowcraft Records où il a récemment clôturé une trilogie de travaux aux résonances tout à fait intimes. Mais tout en étant d’abord prometteurs, ces albums emmenaient moins les auditeurs en territoires mystiques et aériens que sur les bancs d’une église désaffectée lors de la messe dominicale, les condamnant à convoiter les cieux d’ici bas sans jamais les atteindre. Malgré quelques fulgurances qui n’ont jamais terni mon espoir de le voir composer ze album, les écoutes me laissaient globalement sur ma faim, un peu rebuté par un manque de relief et des phases mélodiques parfois faciles. Mais alors, pourquoi chroniquer sa dernière sortie avec un bilan si mitigé ? J’entends déjà des brasseurs au fond me répondre « Parce que c’est chez VoxxoV ». Ce n’est pourtant pas pour satisfaire quelque ego (à part le mien) que j’écris ce papier, mais bien parce que The Sea in the Sky est une tuerie qui voit passer James Murray au niveau supérieur, sa perle que j’attendais sans trop y croire.

Malgré sa construction en cinq longues pistes aux intensités progressives et calculées, c’est sans aucune attente que l’on est projetés dans le firmament, transcendant les lois de la physique et nous immergeant dans un océan d’éther. Les drones se réverbérant dans les abysses célestes nous accompagnent souvent durant l’intégralité d’un morceau, mais là où l’idée de base passe du chiant au fascinant, c’est quand ces profondes strates sonores à la dynamique imperceptible se condensent au contact de signaux grenus virevoltant dans la haute atmosphère. Et tandis que la force gravitationnelle s’inverse, on observe le ciel tel une vieille photographie ou une peinture abstraite : quand on fixe son regard sur un point précis de l’image, l’impression initiale d’immobilité laisse place à d’infimes changements hors de la zone de focus ; dès lors qu’on cherche à percevoir nettement ces mouvements, ils s’évanouissent pour réapparaître ailleurs en limite de mise au point. Des paysages faussement figés qui se transforment subtilement sous la seule impulsion de l’observateur. Cette sensation se transpose sans effort à The Sea in the Sky, superposant les volutes de basses fréquences et les courants de textures granuleuses dans un ciel a priori sans turbulences, mais révélant patiemment un ressac sonore qui délite l’enveloppe corporelle dans la troposphère et dissout l’esprit en cirrus balayés par les vents.

Aidés par des crescendos à la puissance exponentielle et une spatialisation sonore démentielle, on se perd progressivement dans l’immensité insondable qui nous toise, soumis à la convection ascendante des drones mais aussi délicieusement piqués par la fraîcheur cristalline des sons granités perdus dans les airs. Et plus on avance dans l’album, plus la musique s’affranchira de son attraction terrestre ; la marée haute nébuleuse est unidirectionnelle et nous fera voguer vers l’Élysée, au-delà des arches cosmiques. On n’attend plus qu’avec impatience le moment où notre essence se désagrégera dans les alizées en arabesques de coton, rejoignant cette peinture sans cadre qui nous tend les bras.

Bien que j’ai de très légères préférences pour certaines pistes, je ne souhaite pas orienter les potentiels auditeurs dans leur découverte, car The Sea in the Sky doit être abordé d’un bloc pour se savourer complètement. Un voyage où il est nécessaire de se distiller dans l’azur avant de s’y égarer, au risque de ne pas saisir le mouvement global de cette fresque et de ternir l’expérience. Il ne faudra pas non plus hésiter à enquiller les écoutes successives qui ne fatigueront jamais, chaque nouveau passage révélant de nouveaux détails intriqués dans ces compositions aux profondeurs insoupçonnées. Bousculer la thermodynamique pour ne plus seulement s’évaporer, mais se sublimer.

Irréprochable et indispensable, cette sortie est une pierre angulaire dans la discographie de James Murray, et sa plus belle création à ce jour. Dépassant enfin la zone de confort qu’il s’était créé depuis quelques disques, l’artiste ouvre son champ des possibles et le fait avec brio. Nul doute que l’album titillera les tops hivernaux dont vous êtes si friands.

La belle et sobre édition physique se retrouve toujours chez les gars de VoxxoV, quelque part par .

Dotflac

Publicités

Un commentaire

  1. Pingback: James Murray – Killing Ghosts | Spectres sonores | Tartine de contrebasse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :