James Murray – Careful Now | De l’ambivalence

Careful NowAh, James Murray, un de ces artistes qui a forgé mes amours ambient depuis The Sea in the Sky. Minimalisme de composition et maximalisme d’interprétation, dans la pure tradition de Home Normal, où il a sorti ses plus récents solos et quelques collaboration bien inspirées (à l’exception notable du fantastique Remote Redux chez Ultimae Records). Et dans cette introduction expédiée (z’avez qu’à lire les autres papiers , lààà, làlààààà, làlàlààààààà ou même làààlàlllàlàlà où je détaille déjà le bonhomme), je conclurai sur le fait que trois ans d’attente, c’est long. Mais dans une période de refonte du business plan labelien en plein virage à 180°, dans lequel Murray a une place importante depuis les dernières années aux côtés de Ian Hawgood et Stijn Hüwels, quoi de plus indiqué qu’une édition en toute discrétion intitulée Careful Now ?

Étant familier des travaux de l’anglais, je reconnais immédiatement son sens inné de la mélodie simple et entêtante, envoûtante et éphémère comme l’odeur du pétrichor qui sature les récepteurs olfactifs un matin d’automne pluvieux. La facilité déconcertante de modeler des macrocosmes sonores avec des paramètres somme toute limités, au niveau de détails fractal. Et c’est en notant ce point que des différences se manifestent : j’ai rarement décelé de telles débauches texturales si délicatement contenues. C’est souvent piquant mais jamais douloureux, abrasif sans être destructeur. Plus Careful Now a tourné, plus je le voyais comme la balance parfaite entre les deux plus hauts faits musicaux, à mes yeux, de l’artiste : The Sea in the Sky et Killing Ghosts, joignant la synthèse granulaire et la vastitude du premier aux mélodies lacrymales et l’intimité du second. C’est à ce moment que j’ai aussi trouvé pourquoi ces compositions fourmillant de minutie étaient malgré tout douces comme un drap de soie qui nous protège de la bise nocturne : un travail subtil, quasiment inaperçu au premier abord sur les basses fréquences, enveloppant les égratignures dans leur cocon réparateur.

Une ode, comme d’habitude certes mais je ne m’en lasserai pas, aux ambivalences de toutes sortes, propres à chaque individu. L’apprentissage à cause des blessures, la sagesse de les éviter grâce à l’expérience. La force de traverser une nuit sans étoile car l’on sait l’aube finira par se lever. L’attention attirée par la beauté des formes, le lien consolidé à travers l’essence du fond. Un amour sans borne pour les couleurs invisibles à l’œil seul et les odeurs suggérées par l’association de molécules volatiles croisant les souvenirs. Paréidolies sensorielles pour béatitude bien réelle, avec en trame de fond l’avertissement bienveillant de ne pas succomber au piège du fantasme. De nombreuses strates viennent donner un valeur multidimensionnelle à cet album, et au final, je retiens toujours cette attention de lapidaire aux aux lames de fond subhertziennes, équilibre offert aux océans de textures chatoyantes, semblant vivre une existence détachée de toute considération extérieure. Une démonstration de simplicité tant dans son approche sonore pure que dans ce que James Murray raconte, m’évoquant par exemple l’harmonie d’un flux laminaire de pensées constantes diffractées par des vitraux multicolores de créativité au travers d’Open Secret, ou l’amour maternel capable de panser et soulager n’importe quelle souffrance grâce à son aura durant Clearings (assez réminiscent de l’ambiance de Falling Backwards, au demeurant). Mention particulière à Drawing Lights, dont le titre semble inviter à peindre un ciel crépusculaire avec des pinceaux de lumière, pour prolonger un peu plus la chaleur de l’astre solaire ; puis, l’arrivée inévitable de la mélancolie ténébreuse, dont la fraîcheur se dilue dans nos battements cardiaques distants mais étincelants. Magnifique et touchant, comme un adieu en demi-teinte et le rappel que les nuances de la vie ne sont pas toutes radieuses.

Aucune chute dans le pathos cependant, juste la mise en lumière des paradoxes relatifs qui donnent leur sel à notre petit chemin personnel. Faire attention à oser plutôt qu’attention en osant, et anticiper le lever chaleureux du soleil plutôt que de redouter la scrutation des étoiles distantes dans l’obscurité. L’invitation à rester du côté des vivants plutôt que de celui des oubliés.

Un des rares CDs qui sortira encore chez Home Normal juste ici. Ou du digital, bien évidemment.

Dotflac

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