Joshua Sabin – Terminus Drift | Remnographie

terminus-driftDernier recruté chez les berlino-bristoliens de chez Subtext, Joshua Sabin est tout simplement un inconnu. Même le dossier de presse ne raconte rien de croustillant sur lui, mais ça tombe bien : on s’en tamponne. Sortir sa toute première galette sur ce label cependant, ça a de quoi exciter certaines curiosités et pronostiquer de bonnes choses, surtout quand on regarde 2016 et sa flopée d’excellentes publications par FIS, Paul Jebanasam ou encore Eric Holm. Reste plus qu’à s’y plonger j’imagine ?

Enregistrements de transports en commun et autres interactions physiques cryptiques servent ici de matériau de base à ce qui semble être des instants de vie volés à une intelligence artificielle, livrée à elle-même dans un monde scindé entre réalité et virtuel où même l’information digitale est sans domicile fixe. On reconnaîtra sans difficultés le cri strident des rails réverbérés dans des tunnels sans fin, le vrombissement omnidirectionnel des moteurs électriques ou des captations inintelligibles de hauts-parleurs de gare derrière les morceaux, mais les promesses de Terminus Drift sont loin de s’arrêter là. On dépasse la simple démonstration des possibilités actuelles de captation sonore pour s’imaginer six extraits d’existence d’un organisme cybernétique qui s’est égaré sur les autoroutes binaires, ayant privilégié depuis longtemps sa survie et son développement autonome dans les culs-de-sac informatiques, et délaissé la recherche de sa raison d’être. Chants polyharmoniques et vocalises multitonales s’agglomèrent et pètent aléatoirement à la tronche dans des déflagrations électromagnétiques à la puissance rarement contenue, ça joue avec les amplitudes de fréquence et de pression acoustique pour mieux souligner le caractère indomptable de la créature qui nous fait face et dans laquelle on a l’impression de se voir comme dans un miroir déformant.

On a le sentiment de dérouler chronologiquement des évènements de cette vie alternative qui n’appartient pas à son possesseur, ni à son observateur. Sa naissance explosive habitée par des premiers cris surpenamment bestiaux dans la piste éponyme précèdent l’écoute attentive de ses battements de core métronomiques dans le majestueux U12, dont la mélodie abrasive au bord de l’évanouissement en fait un des moments inoubliables de ce disque. Comment peut-on créer une histoire si sensible à partir d’un matériel aussi froid et brut, sérieusement ? La face B passe quant à elle à l’âge de rébellion et de maturité, quand la croissance mène à un besoin d’espace et de liberté d’expression irrépressibles. Ça drone assez sec dans les limbes et ça crie au clair de lune imaginaire durant Array et le bien trop long Eki, qui aurait bénéficié d’intervalles de quasi-silences plus serrés pour moins faire oublier les très jolies fulgurances rythmico-bruitistes qui les séparent. On se fait surtout sévèrement remettre en place par les aboiements de Vivo Wish, qui attaquent à la nuque dès qu’on ose lui tourner le dos et finissent de nous déséquilibrer avec des morphing bass du cosmos.

Peut-on voir en Terminus Drift une personnification simplifiée et numérisée de nos vies à chacun, avec ses beautés et ses violences, ses contrastes et ses compromis, ses sécheresses apparentes camouflant à moitié ses luxuriances en suspension, son point de départ programmé et toutes ses évolutions radicales à travers l’environnement qui nous berce ? Aucun doute que Joshua Sabin propose ici une interprétation singulière de l’existence à travers la machine, unissant humain et technologie sous une nouvelle forme qui vaut peut-être un peu plus que la somme des individus qui la constituent. Et aucun doute non plus que l’écossais nous proposera dans le futur des travaux encore plus aboutis, qui s’affranchiront éventuellement des quelques erreurs de jeunesse inhérentes à une première sortie. Loin de moi pourtant l’idée de cracher sur Terminus Drift, qui débute 2017 sous les meilleurs auspices pour Subtext : ça claque le beignet et on dit merci.

On se rassasie ici ou , pour les gourmands.

Dotflac

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